BENI SOIS-TU
Dieu m'a donné le monde — 0 mon Dieu, sois béni ! Je n'ai rien, je suis pauvre aux yeux des fds de l'homme. Et j'ai plus cependant que les césars de Rome, J'ai pour moi l'infini.
J'ai les cieux et des cieux l'étincelante armée, J'ai Tazur recourbé comme un berceau géant, Et la nuit, et Forage au regard flamboyant, Et la folle nuée.
J'ai le flot qui remplit la couche des ruisseaux, Qiii dort dans les marais à l'ombre des vieux saules, Ou qui dans l'Océan, secouant ses épaules Fait bondir les vaisseaux.
J'ai de riches vallons, j'ai ces monts que la terre Dresse à ses sommités comme des fronts de roisr La coupe du volcan, le pic aux linteaux froids. Fantôme solitaire.
J'ai la vaste forêt où le soleil s'éteint. Où le silence dort, où le fracas s'éveille Quand, disputant au vent ses rameaux de la veille. Elle plie et se plaint.
J'ai le matin du jour, le matin de l'année; La fleur, frêle encensoir; l'insecte, armure d'or; L'oiseau qui, pour son nid, se charg^e en son essor, D'un brin d'herbe fanée.
J'ai mon rêve, mon rêve errant devant mes yeux. Comme fait un troupeau qui chemine sans pâtre. Comme un cygne bercé sur une onde bleuâtre, Ou comme un aigle aux cieux.
Mais j'ai plus que la terre et le fruit de ses sèves, Plus que le flot du lac et les flots de la mer. Que la cîme des monts échelonnés dans l'air. Que les cieux, que mes rêves.
Plus que tout l'univers, plus que tout l'infmi; J'ai, pour mon cœur, un cœur que mon amour inonde, Qui frémit à ma voix , comme au vent frémit l'onde — 0 mon Dieu, sois béni!