L'ÉCRAN
Lorsqu'auprés du foyer à reflet fantastique, Ton petit pied chinois sur la soie endormi , Nonchalante et superbe, au fauteuil élastique Tu livres ton beau corps, comme aux bras d'un ami.
Lorsque ce frêle écran, qui dans ta main voltige Ainsi qu'un papillon sur un lys entr'ouvert, Suspend ton doux regard, par l'éclatant prestige Dont le fd et la perle en brodant l'ont couvert.
Lorsqu'il est proclamé chef-d'œuvre d'élégance Par le cercle nombreux de tes adorateurs, Dés qu'un hasard coquet, un instant, le balance Entre leurs yeux ardents et tes traits enchanteurs- -
Alors, ne vois-tu point flotter en ta pensée La pâle jeune fille, amoindrie au travail. Qui, sans feu dans la nuit et la tête baissée. De ses doigts amaigris a tissé cet émail.
N'entends-tu pas sa voix te raconter ses veilles. Ses sentiers épineux où rares sont les fleurs — Et ton bon ange qui murmure à tes oreiiïes: Madame! pardonnez; ces perles sont des pleurs.