‹ Une lyre a la mer. PoésiesChapitre 27 sur 42 · COMMENT LES ENFANTS VONT AU CIEL · texte numérisé non relu

COMMENT LES ENFANTS VONT AU CIEL

Elle était ma compagne, elle était blonde et pâle: Si frêle! qu'en jouant, ma jeune main brutale, Tout enfant que j'étais, tremblait de la froisser. Un jour — moi j'avais peur d'avoir pu la blesser —

Elle abattit son front sur son épaule nue, Comme font les oiseaux quand la nuit est venue; Sa mère, d'un baiser lui ferma les deux yeux, Et puis . . . quand je pleurais de jouer solitaire. Un vieux homme la prit qui la cacha sous terre Tout en me racontant qu'elle montait aux cieux.

Le regard dans les airs et la bouche étonnée, Pour la voir s'envoler, je passai la journée A la guetter de loin — mais ne comprenais pas Que, pour monter si haut, on descendit si bas.

Quand le soir, me tirant de ma verte cachette. M'eut blotti , l'âme en peine , au fond de ma couchette ; Mon sonuneil me sembla devenu transparent, Ma nuit s'illumina comme un palais de fée, L'univers s'étala dans l'alcôve étouffée. Plus brillant que jamais l'arc -en -ciel du torrent.

Des panaches de fleurs s'égayaient sur ma tête. Les arbres secouaient leurs fruits autour de moi. Les oiseaux, revêtus d'un plumag-e de fête. Sautillaient et semblaient plus heureux que le Roi. Les rayons du soleil en bruyantes cascades , Franchissant, bonds à bonds des gradins rocailleux Faits de purs diamans qui flamboyaient aux yeux, S'eflilaient au rebord des dernières estrades, Et coulaient, arroser les germes dans les prés, A travers des essaims de poissons diaprés.

Tout autre, interrogeant sa surprise profonde. Eût demandé pourquoi Dieu parait tout le monde, Pourquoi le soir ainsi s'était illuminé: Mais moi, qui savais bien que Louise était morte, Qu'en terre on ne pouvait la laisser de la sorte; Sans m'étonner beaucoup, j'eus bientôt deviné. —

En effet j'aperçus à travers l'étendue,

Du tombeau jusqu'au ciel une corde tendue;

Tandis que des danseurs, qu'à la foire un beau jour

Nous avions été voir, y montaient tour-à-tonr. Ils portaient gravement une bière mignonne Que semblait surcharger une frêle couronne. Où le myrthe, baigné par la rosée en pleurs, Brillait comme un collier de perles dans des fleurs. Leur manteau pailleté pétillait d'étincelles. Et me parut bientôt comme de vastes ailes; Car plus ils avançaient dans leur route des cieux, Et plus leurs brodequins échappaient à mes yeux.

On entendait des voix et des concerts étranges, Dont les sons se vêtaient d'ailes à faces d'anges. Et s'épandaient au ciel, comme en un vase d'or. Une goutte qui perle et qui prend son essor.

Sur ce fond que pavaient le ridiis, la turquoise, Le cortège passait, et son rayonnement Le faisait ressembler à quelque enterrement Qu'en son cadre de feu mène une ombre chinoise.

Moi, je battais des mains et criais: Attendez! Je puis peut-être aussi monter où vous montez; J'ai de blancs vêtements avec de larg-es manches Que, lorsqu'il fait bien beau , Ton me met les dimanches. Les anges m'aimeront, je connais tant de jeux Que je veux leur apprendre en jouant avec eux; Et puis, quand il me plaît, je sais être si sage! On le dit tout du moins dans notre voisinage, Interrogez ma mère, elle ne ment jamais — ! —

Sans doute qu'ils étaient trop loin pour me comprendre. Chacun d'eux dans le ciel se perdit sans m'enlendre. Et ma mère, en riant, m'apprit que je dormais.

Oh! que c'était bien hi le songe d'un vain songe! Un rêve de l'enfance, un mensonge au mensonge! Hélas! mon Dieu! plus tard, j'appris avec eilVoi Qu'il est plus mal aisé de monter jusqu'à toi. —

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