CONSEILS A UNE FLEUR
Sur un roc solitaire,
Asyle de mystère, Une fleur avait crû qui, voisine des cieux.
Se plaignait désolée
De fleurir isolée Et d'exhaler en vain son encens précieux.
Ah! sois petite belle!
Au destin moins rebelle, Afin que le bon Dieu n'entende pas tes pleurs;
De crainte qu'à la bise
Il ne commande et dise:
Va -t'en la transplanter parmi les autres fleurs.
Car tu verrais en plaine
Une poudre vilaine Eteindre les rayons de ta frêle beauté,
Et l'abeille égrillarde
En sa course pillarde Enlever tes parfums avec ta chasteté.
Puis, ma pauvre insensée,
Te sentirais blessée Par le pied vagabond du promeneur brutal ,
Et, pour dernier mécompte,
Irais mourir de honte Enchaînée au corset d'une coquette au bal.
)-@OOOo