LA JOURNÉE DU PATRE
Holà! sur la montagne, Enfant brun, qu'accompagne Ton troupeau blanc-vêtu; De ta longue journée, Au loisir enchaînée, 0 pâtre que fais-tu?
Quand l'horizon se dore, Je regarde l'aurore, Comme une fleur éclore Sur le penchant des cieux; Je regarde l'espace Où le grand aigle passe Si vite que sa trace Semble un éclair aux yeux; La plaine, la vallée, La brume amoncelée Sur la tête pelée Des géants rocailleux. —
Holà! de la montagne, Lorsque sur la campagne Ton œil s'est abattu; Du sommet de la roche Où ton troupeau s'accroche, 0 pâtre que vois-tu?
Ces plaines si vantées.
Je les vois tachetées
De forêts avortées Ou'iin nain franchit sans cheoir.
De lacs dont tout rensemi)le, A mes pieds, ne me semble Que la goutte qui tremble Aux brins d'herbe, le soir; De vos cités fameuses Qui se voilent brumeuses. Et qui toujours fumeuses Font comme un encensoir. —
Holà! sur la montagne, Lorsque la nuit te gagne.
Et que ton chant s'est tû; Pendant que ton chien veille.
Que ton troupeau sommeille, 0 pâtre qu'entends - tu ?
J'entends crier plaintive La brise, au bois captive, J'entends l'abeille active
Rêver des flots de miel; J'entends sur la bruyère Le g-rillon en prière; Le serpent, sous la pierre, Qui prépare son fiel; J'entends, concert immense!
A travers le silence, Tout ce qu'on croit ou pense Faire écho dans le ciel. —
Holà! sur la montagne.
Sans ami, sans compagne, Et d'orage battu; Si jeune et solitaire Quand tu sens ta misère:
0 pâtre! que crois-tu?
— Quand tout-à-coup l'orage Précipite en sa rage Des torrents où surnage
Le grand chêne qu'il fend.
Je me fais une fête
De la folle tempête
Qui bondit sur ma tête;
Car mon Dieu me défend.
Sa tendresse infinie,
A sa force est unie:
Jamais il ne renie
Tendre agneau, pauvre enfant. —
REITERLIED.
Euch Gei'r und Raben lade ich zum Schmaus.
Grabbe.
REITERLIED.
En avant!
A tout vent,
Malgré l'ombre glacée,
Et la pluie à nos pieds en torrents amassée;
Sur la route cassée,
A tout vent,
En avant !
A loi, la fille sur la porte!
Ce dernier verre ... il est à toi , Et ce baiser que je t'emporte Sera le dernier, sur ma foiî Car si la sang-lante mêlée.
De ma bonne lame affilée Ne fait que ternir le miroir, Demain, pardieu! je me régale De quelque baronne bien pâle.
Dans quelque vieux château bien noir.
En avant!
A tout vent.
Malgré Tombre glacée
Et la pluie à nos pieds en torrents amassée
Sur la route cassée;
A tout vent.
En avant !
De par le diable et sa lignée!
La nuit hurle comme un hibou , Et ma cavale satanée
Se cabre à me rompre le cou,
Elle danse, au bruit de l'orage,
Mieux qu'une fille de village
A l'archet du ménétrier;
Mais qu'il grêle, qu'il neige, qu'il souille,
Un vrai cavalier, pour pantouflle
Ne chausse que son étrier.
En avant!
A tout vent,
Malgré l'ombre glacée,
El la pluie à nos pieds en torrents amassée;
Sur la route cassée,
A tout vent.
En avant!
Sait-on nager, mon capitaine?
C'est bien : car, au nombre des feux Dont la ligne encore incertaine Là-bas se déroule à nos yeux,
Je puis gager, et sans ofFense, Un mois de ma paye à l'avance, A compter de demain au jour, Qu'en suivant au galop vos trousses , Nous aurons pour laver nos housses Du sang à noyer une tour.
En avant !
A tout vent,
Malgré l'ombre glacée,
Et la pluie à nos pieds en torrents amassée;
Sur la route cassée,
A tout vent,
En avant!
Assez chanté; les camarades!
Mais, quand l'ennemi paraîtra, Je vous promets des sérénades Où le pistolet chantera.
Corps-Dieu! nous aurons une fête
Où, mettant pour enjeu sa tète, Chacun pourra tenter le sort; Et, jouant d'estoc et de taille, Voir si c'est, durant la bataille.
Fer ou feu qui l'étendra mort.
En avant!
A tout vent,
Malgré l'ombre glacée.
Et la pluie à nos pieds en torrents amassée;
Sur la route cassée,
A tout vent ,
En avant!