SI TU SAVAIS
Quand tu souris je n'ai pas de sourire; Enfant, vois-tu, je ne suis plus enfant. J'ai vu de prés ce que l'espoir admire, Et depuis lors je souris moins souvent.
Si tu savais comme dans le silence La nuit parfois se traîne avec douleur; Comme le soir effeuille l'espérance Que vit germer l'heure où s'ouvre la fleur; Comme notre âme est de bonheur avide; Comme la terre, en bonheur est aride, Promet toujours, sans accorder jamais; Comme le cœur parfois est une tombe Où l'on n'entend que la larme qui tombe. Si tu savais!
Sous l'humble toit, assis sans défiance, Tu ne sais rien de l'or et des grandeurs. Enfant du pauvre, et tu n'as souciance Ni des puissans ni de leurs vils flatteurs.
Si tu savais, quand on est sans richesses. Comme à chacun l'on est de peu de prix; Comme un instant est prodigue en tristesses Comme un sourire a des flols de mépris;
Comme, oubliant qu'il porte tête blanche, Le vieillard même et se découvre et penche Son large front par devant nos palais; Comme à prix d'or la vertu se trafique; Comme l'honneur est une ombre cynique.
Si tu savais!
Enfant, pour toi la vie est un mystère. Lorsque le soir vient fatiguer tes yeux, Tu dis au ciel de te garder ta mère Et ton sommeil a des songes pieux.
Si tu savais comme la route est sombre; Comme à tout pas on rencontre le mal; Comme en aveugle on chemine dans l'ombre Sans se fier au reflet du fanal.
Si tu savais, quand on sonde la vie, Comme on n'y voit qu'une froide ironie,
Un fou mirage en des sables épais.
Et comme alors le ciel est solitaire; Comme on a peine à faire sa prière.
Si tu savais!