‹ Une lyre a la mer. PoésiesChapitre 37 sur 42 · DETRESSE · texte numérisé non relu

DETRESSE

Grâce! retiens ton bras. Grâce! Dieu de colère! Voici ton serviteur écrasé de misère,

Qui prie épouvanté.

Maître, tu m'as étreint du fort de ta puissance; Ton enfant à genoux implore ta clémence ,

Père, un peu de bonté!

Ohl tu m'as bien brisé. Sous ta droite inflexible J'ai passé, me heurtant à tout chag-rin possible

Comme on heurte à l'écueil.

Tout bonheur s'est pour moi desséché sans éclore. Tu n'as pas, sur mon front laissé poindre une aurore

Qui ne trainàt le deuil.

Oh! tu m'as bien brisé. Sur le nid que ma mère Avait pour nous tissé dans un coin sohtaire,

Tu fis planer la faim Comme un sombre vautour aux ailes étendues , Quand la couvée, au vent dressant ses têtes nues

Se désolait en vain.

Oh! tu m'as bien brisé. Mon ardeur inféconde S'est épuisée en vain, comme l'onde qui gronde

Et se tord sur ses bords.

En vain j'ai fait ployer mes épaules chargées; Mes sueurs , Dieu puissant ! en fiel se sont changées

Mes rêves en remords.

Oh! tu m'as bien brisé. Sur mes lèvres arides Quand la soif s'allumait, pour quelques eaux limpides

J'ai crié, mais voici:

De tous ceux dont mon cœur idolâtrait l'image, Tu m'as versé les pleurs , comme on verse un breuvage . . .

Où donc est ta merci?

Grâce ! retiens ton bras ! Au nom de ta clémence J'ose venir citer l'avare Providence

A ta barre au saint lieu.

Pardonne! si ma langue en blasphème est féconde: Je n'ai jamais été bien heureux en ce monde,

N'est-il pas vrai, bon Dieu?

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