REVELATION
Enfant — j'avais alors le désir d'un colosse: Je voulais à ce monde arracher ses secrets, Et vaguais, front baissé, comme l'ardent molosse Qui demande une piste aux bourbes des marais.
J'inteiTog-eais les champs quand la moisson s'y couche ,
Le coleau quand le vin y perle sur sa souche,
L'abeille qui se plonge en ses palais de miel:
J'interrog-eais le ver, favori de la poudre;
Le pic impérial, favori de la foudre;
Et le vol des oiseaux dessiné dans le ciel.
J'interrog-eais ma mère , âme ignorante et sage Qui, suivant au hasard ma prière et mes vœux, S'émerveillait de voir passer sur mon visage L'ombre de la pensée entre mes blonds cheveux.
Je suivais les destins pas à pas dans leur course. Je mécoutais sentir. J'épiais à leur source Ce qui naît, ce qui fut, ici-bas et partout. J'interrogeais l'esprit qui germait sous mes tempes. Les anges mordorés de ma bible d'estampes. Tout ce qu'on voit des yeux, tout ce qu'on croit — Et tout :
Les champs verts des troupeaux, les champs bleus des nuages. L'aigle au dessus des airs, l'algue au dessous des eaux, Tout ce qui tombe au vent, tout ce qui n'a pas d'âges. Le rocher sans émoi, la vague sans repos.
L'atome et le soleil, la chair et la pensée. L'aube du lendemain et l'ère trépassée.
Sourire qui promet, larme qui se repent. L'homme ici, l'ange aux cieux, tout répondit: Mystère! Avec ce Lruit que fait le premier jet de terre Qui tombe sur la tombe et fait froid en tombant.
sous LE CHAUME.
Sieep seenis llieir only refuge. For alas ;
Cowper.
sous LE CHAUME.
Mère, entends-tu comme la bise Passe en criant à pleine voix?
Comme les branches qu'elle brise, Craquent là-bas, dans les grands bois?
Avec les rameaux qu'elle emporte Elle vieut frapper à la porte:
Mère, as-tu peur quand il fait noir?
La voix qui répondait répondit, triste et sombre: Enfant, les loups hurlent dans l'ombre; Il faut dormir quand vient le soir.
Aux pieds de ta sainte Marie Dont Timag-e pend au foyer.
Lorsque l'angélus a dit: Prie!
Mère, tu t'es mise à prier.
Depuis que la lampe est éteinte Ta prière est comme une plainte:
Mère, as-tu peur quand il fait noir?
La voix qui répondait répondit, triste et sombre Enfanl, le cœur saig^ne dans l'ombre; Il faut doriiiir quand vient le soir.
Mère, on (lirait que la froidure Parfois te fait claquer les dents ; Viens dans ma paille, sous ma bure.
Te réchauffer quelques instants.
Je l'ai, vois-tu, fait grande place . . . Mais ta main est roide et me glace:
Mère , as-tu peur quand il fait noir?
La voix qui répondait répondit, triste et sombre: Enfant, les pleurs coulent dans l'ombre; Il faut dormir quand vient le soir.
Quand à la tour s'est fait entendre L'heure enfin où l'on peut manger.
Tu nous a forcés à tout prendre Et n'as pas voulu partager.
La faim cependant est bien dure.
Un jour à jeun longtems nous dure:
Mère, as-tu peur quand il fait noir?
La voix qui répondait répondit, triste et sombre Enfant, l'avenir est dans l'ombre; Il faut dormir quand vient le soir.
Le père est parti dés l'aurore Pour aller nous gagner du pain.
Il n'est pas de retour encore; Peut-être il s'ennivre de vin.
Quand il reviendra sans salaire, Il te battra dans sa colère:
Mère , as-tu peur quand il fait noir ?
La voix qui répondait répondit, triste et sombre; Enfant, le bon Dieu voit dans l'ombre; Il faut dormir quand vient le soir.