XL
LÉCHO DES CIEUX.
Une orpheline, en sa douleur amére, Se dit, au soir: J'irai pleurer demain Devant la croix du tombeau de ma mère! Mais on voit tant d'étalage en chemin,
D'un riche amant l'œil a tant de puissance, Tant de secrets pour tromper l'innocence, Et de pleurer, le cœur si vite est las —
Hélas ! hélas !
Minuit sonné, la jeune mère assise Prés du berceau de son fils endormi, Rêve au bonheur quelle s'était promise Et que l'hymen a lâchement trahi; Mais un sig-nal fait tressaillir son être, Un chant d'amour s'entend sous sa fenêtre. Et de lutter, le cœur si vite est las —
Hélas! hélas!
Veillant encor quand le matin se lève.
Blasé d'ennui, de science et d'amour, L'adolescent qu'a trompé quelque i*êve,
Ne veut plus croire à l'aube d'un beau jour ; Mais dans la mort il entrevoit des charmes, Sa main se plaît à caresser ses armes, Et d'espérer, le cœur si vite est las —
Hélas ! hélas !
Sans pain, sans rien, dans la saison mauvaise, Quand le travail a trompé l'ouvrier. Un père entend, prés du foyer sans braise. Pleurer sa femme et ses enfans crier; Mais , du prochain la porte peu solide Offre un trésor à son regard avide, Et de souffrir, le cœur si vile est las —
Hélas î hélas!
Le repentir tend sa main au coupable. L'autel sacré lui montre son fanal; Mais le mépris de la foule implacable
Le pousse au bord de rabîme infernal.
Le meurtre impur se revêt d'une étole Le sang versé se transforme en Pactole, Et de prier , le cœur si vite est las —
Hélas! hélas!
Dieu créateur, en sa grâce infinie.
Quand l'univers s'échappait de ses mains. Comme un tribut qu'il devait à la vie Avait livré le bonheur aux humains; Mais le bonheur est chose fugitive, Il veut le guet d'une garde attentive, Et de veiller, le cœur si vite est las —
Hélas ! hélas !