‹ Une lyre a la mer. PoésiesChapitre 6 sur 42 · LA PETITE SOEUR · texte numérisé non relu

LA PETITE SOEUR

Bon passant, dis-moi, je t'en prie, N'as -tu point vu dans la prairie, Dans les bois ou sur le chemin.

N'as -tu point vu mon petit frère Qui doit errer tout solitaire?

0 mon Dieu ! je le cherche en vain.

Sa tête est brimette et bouclée.

Ses yeux noirs, sa main potelée.

Un tout joh petit enfant.

Si tu l'avais vu sur la route Tu le reconnaîtrais sans -doute; On dit qu'il me ressemble tant.

Oh! pour lui je suis bien en peine

Depuis une longue semaine

II ne jouait plus avec moi;

Et quand j'en demandais la cause,

On me répondait: il repose;

Et je ne savais pas pourquoi.

Un jour j'allai dans sa chambrette ; Je le trouvai sur sa couchette Aussi blanc que son oreiller, Que son oreiller à dentelle; Je l'appelai comme on l'appelle; Mais je ne pus le réveiller.

Il était joli comme un ange:

Il avait mis sa robe à frange.

Qu'il met quand il va promener Son beau tablier de percale Et les bottines jaune pâle Que l'on venait de lui donner.

Je m'nvançai jusqu'à sa couche Et je Tenibrassai sur la bouche, En me glissant le long- du bord; Mais, malgré toutes mes prières.

Il n'entr'ouvrit point les paupières . . . Il fallait qu'il dormît bien fort.

Plus tard, j'aperçus en grand nombre Des hommes au visage sombre, Portant quelque chose de noir.

Ils sortaient de notre demeure; Et maintenant ma mère pleure Depuis le matin jusqu'au soir.

Et je n'ai pu revoir mon frère; Je l'ai cherché dans le parterre.

Dans les jardins et dans les cours, Partout où nous jouions ensemble.

Sous le grand chêne, sous le tremble Tu vois, je le cherche toujours.

J'ai cru le trouver dans ces plaines , Qu'une fois je vis toutes pleines De fleurs que nos jardins n'ont pas, Et de papillons dont les ailes Brillaient comme des étincelles, Et j'ai voulu suivre ses pas.

Mais vois, partout dans les prairies Les pauvi'es fleurs se sont flétries; Les papillons avec effroi Ont fui pour éviter la bise Partout la terre semble grise, Ne sens -tu pas comme il fait froid?

Oh! dans quelque forêt bien sombre Mon frère s'est perdu dans l'ombre; Je suis sûre qu'il a bien peur.

Qu'il a bien froid, qu'il pleure, crie. Ou qu'à genoux peut-être il prie Le bon Dieu d'appeler sa sœur.

Il faut que jo trouve sa trace, Je ne suis point encore lasse, Et Dieu doit l'avoir entendu; Ma niére serait trop heureuse, Quand je ramènerais, joyeuse. Son tout petit enfant perdu!

Oh! dis-moi, dis-moi, je t'en prie.

N'as -tu point vu dans la prairie.

Dans les bois ou sur le chemin.

N'as -tu point vu mon petit frère, Qui doit errer tout solitaire?

0 mon Dieu! je le cherche en vain.

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