‹ Une Macédoine 4 tom (volume 2)Chapitre 5 sur 10 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Lever.

«Oh, oh, Baptiste, que vous est- il » donc arrivé »? Baptiste fut le premier individu de ma connaissance que je rencontrai. Il avait un œil noir, enflé, et paraissait de fort mauvaise humeur.

« Monsieur, il m'est arrivé cette nuit » une aventure extraordinaire. — Gon- » tez-moi donc cela. — J'étais couché.

» — Ah , vous étiez couché. — Dans un

»lit détestable — Pauvre Baptiste!

» — Où je ne pouvais dormir. — C'est » tout simple. — J'entends un bruit » sourd. — Oh , oh ! — Je me lève. — » Ensuite? — Je sors de ma chambre.

» — Enfin? — Je me trouve nez à nez....

« — Avec qui? — -Avec un grand homme » tout blanc — Qui vous fait peur.

» — Fi donc ! monsieur. — Hé bien , ce » grand homme blanc ? — Je lui de- » mande ce qu'il fait là. — Il vous ré- » pond?.... — Par un coup de poing sur j> l'oeil , dont vous voyez les suites. — » Cet homme est un brutal. — Je ne le » suis pas mal, quand je m'en mêle. — » Ou'avez-vous fait? — Je l'ai pris aux • » cheveux, je l'ai roué de coups, et je l'ai » jeté du haut en bas d'un petit escalier, » qui est là-bas à droite. — En vérité?

» — ^^Vous n'avez pas entendu le tinta- » marre qu'il a fait en roulant? — Pas » du tout. — Vous dormez donc d'un » bien profond sommeil! — Enfin, votre » grand homme blanc? — Je descepds

» après lui — Avec l'iij^ention de l'a-

» chever? -— i Précisément. — Il méritait ïi cela. — Le fantôme était disparu, et il » m'a été impossible de le retrouver. — » Voilà en effet une aventure extraordi- » naire. Je la raconterai à ces dames, elle i>les amusera. A propos de ce» dames,

9B xrttÊ MAciÉDonnE.

» fait-il jour chez elles? — Oh, tnon^ Ysiear, elles se sont couchées si tard!

i>Et puis je crois qu'elles ont causé » long-temps avatit de s^endormir». Et le drôle souriait d'tm air malin !

Tout-à-coup il me tourna le dos et disparut Je me tournai aussi pour voir te qui effrayait le tueur de fentômé ^ c'était Fanchette. J'afurais désiré ne pas ta revoir. Elle ne méritait pas cependant que je la reçnsse mal. Je fiis au-devant d'elle en lut souriant «Prenez cela, me » dit-elle, vous en avez besoin ». C'était un potage de fort bonne mine, et dont l'odeur me séduisait. « Petite Fanchette,»

» prenorts-le ensemble. — Il peut entrer » du monde dan* cette salle; vous seriez » compromis, et je dois vous ménaget » autant que je vous aime. J'ai été nti » moment votre égale là-haut : permet^ » tez qu'ici je redevienne Fanchette ». Je

la regardais, je l'écoûtais, je rêvais ..-

}3tte peâtci mercière* penser ainsi ! Hé ^

Pamour désintéressé ^ Tamonr vrai t^:

rend-il pas capable de tout?

Sur la table où elle me servait, où.

jefêtaisi son pou^, étuit iltiéécritoire , une plume et du papier. S^ pe^isai que ^ ferais bien d'écrire : c*était un nVôyen.

sur de lie pas la regardefi Mais^ qit'é*èrire? des vers? J'en feis de- fort itiaii^vaii quand jMt ift tête libre, à phts forte ralsoaàprésent...... De la prose, oui, de

la ppose^^c'est plus facile. Une lettre

Hé, à qui? Parbleu , à mon homme d'afâôres..

« D&ns ttti quartier populeiit et éloigné du centre de Pari^, vou^ louerez «ne pretite boutique et uneou deux pièces deitière.

» Dans une dé des pièces, vous mettrez ce qui est nécessaire pour faire un peu de cuisine^ dans Tautre, un lit garni, simple, mais bon^ et surtout très -étroit; une iîômtnodej- un secrétaire et: une table de bois dife' noyèf ^

88 UN£ MACl^DOINie.

quatre chaises et un fauteuil couViert en paille.

i> Dans la commode, deux paires de draps, deux taies d'oreiller, six serviettes et deux naperons; six chemises de femmes, ni grosses, ni fines, six mouphpirs blancs, six paires de bas de coton, quatre aunes de mousseline à vingt francs , six : aunes de petite déa* telle à cent sous, et de quoi faire quatre robes de jolie indienne de couleurs di& férentesu

» Dans le secrétaire, papier, plumes, encre , un livre de : compte , et cent écus dans un des tiroirs.

» Vous garnirez les rayons de la boutique de menue mercerie assortie. Vous pouvez y joindre un peu de parfumerie, comme des gants, de la fîoudre, des savonnettes, etc. La totalité des marchandises n'excédera pas cinquante louis.

a Ah !.....,.•! vous, n'oublierez pas de payer uii' an. du l9yer. Vous ra'enver-

fJVlL MACÉDOIICE. 89

r€z les clefs, le reçu du propriétaire et les factures acquittées, au château d'Ërmeuil.

«Vous ordonnerez à mon valet de chambre de me faire une petite malle, de partir à la minute, et de venir me trouver p.

Hé, mais..... il est clair, me dis-je, que ces dispositions ne peuvent être £siites que pour une femme. Que pensera mon homme d'affaires? Il pensera Il pensera que je suis un libertin, et il n'en sera pas moins mon très^ humble serviteur : c'est l'usage.... Non, je n'exposerai pas ma réputation; je ne me mettrai point eti butte aux traits de la malignité. J'attendrai; je ferai toutes ces choses moi-même, à mon retour à Paris Mais quand y reviendrai -je? Il passe tous les jours ici des Baptistes.... et même d'honnêtes gens...»

comme moi. Une première faute amène quelquefois une surprise éîêè sens.

90 Tnns MAciBoiNv^

provoqués par la licence trop ordinaire

à certains voyageurs Je n'attendrai

pas. Je dois un asile à Fanchette, et sans délai je lui en procurerai un , où elle sera sage, si elle veut Tétre. « Fan- » cfaettc, foites-moi le plaisir d'aller je- » ter cette lettre dans la boîte. — Tout » ce que vous voudrez, monsieur »►

Pendant que Fanchette est allée à la

poste, je m'esquive, je monte Vous

devHiez chez qui; chez celle dont je ne suis plus digne, et que je n'ose nommer. Je prête l'oreille; j'entends aller et venir par la chambre; je frappe doucement.

«Qui est là? — Moi, madame. -^ » Âh, c'est vous, mon ami ». Son. ami!

« Je vous demande un quart- d'heure^ D allez m'attendre dans la salle à man*- » ger ». Je ne voulais pasr retottmer là :

je redoutais Fanchette et ma faiblesse.

Je me promenai dans les corridors.

Mais Mbntôt je réfléchis qu'il fallait

«[ue «eertaines portes s'ouvrissent; qu'en pareiUe circonstance on n^aime pas led témoins , et que lorsqu'on n^est pas pins sage que moi, oon'a le droit d'intriguer personne.

Au bout du corridô^était tm petit cabinet à porte vitrée. J'y entrai. Je tirai un rideau de mousseline, et je m'assis»

Un livre avait été oublié sur un tabou* ret Je Touvris».... J'appartiens à Fan* ékûdtît. Toujours Fanchette, m'écriai-je, el; je jetai le livre à quatre pas. Homme injuste, me dis-je aussitôt, que tVt-elle feit? Oublie-la; ne la méprise point Je me l^Él^i, j'allai ramasser le livre, et je le riè#is à sa place.

Je nç voulais pas lire dans ce livre, ^ et en le regardant seulement, j'étais tourmenté par des idées que la lecture eût peut-être interrompues. La tête appuyée sur mes deux mains, les yeux cachés»

je ne voyais plus le livre, mais je tombai dans une rêverie prolcmde, qoTh'avait.

9^ UBE MAClÎBOme.

rien d'agréable. J'en fus tiré par le bruit d'une, de deux, de trois portes, qui s'ouvrirent à-la-fois. Jamais je n'ai épié personne; mais le premier mouvement de tête est toujours vers le lieu d'où part le son. Li^nousseline qui formait le rideau était claire; le moyen de ne pas voir? Je vis donc Angélique et Louison, que conduisaient gaîment jusqu'au milieu du corridor leurs camarades d^ lit , en robes de chambre de hussards :

c'est ce qu'on appelle ordinairement ime chemise.

Après ces demoiselles, parut un joli sous-lieutenant qui sortait de ^btroisième chambre. On lui passa, ''^^ la porte entrebâillée, une main potelée, que je ne me serais pas soucié de baiser en ce moment, et qui le fut cependant avec l'expression de la reconnais <- San ce. A cette main était une fort belle étincelle, que j'avais vue la veille au doigt éé madame de Yalport.

VKE MACEDOINE. gi

Une quatrième porte s'ouvrit bientôt, et je reconnus l'officiçr qui\vait cédé sa chambre à madame d'Allival.

On poussa le verrou dès qu'il fut sorti, et si j'eus la conviction qu'on était encore deux dans cette chambre, il est constant qu'au moins je ne la cherchais pas.

Bon, pensé -je, Préval et Mautort n'ont rien vu. Ils ont le sort de bien des maris, et n'en feront pas plus mauvais ménage. Pas du tout ii à l'autre bout du corridor était un second cabinet, qUe je n'avais pas remarqué, et dont la portjB vitrée était également couverte d'un rideau de mousseline. Cette porte s'ouvre, et je vois sortir du cabiuet Mautort et Préval. Ils ne feront probableipéntr pas de scène., me dis-je. Je les ç|*pis de l'avis de Là Fontaine : Quand on ne le saU pcusy ce n'est rien; quand on le sait y ce n est pas grand' chose. De toutes &çon$ , je . ne . ■ peux inlervenir

94 ^^^ MACiDOTIŒ.

dans cette affaire : c'est bien ^fssez que ces <laines aic^lit k se disculper devaat leurs amans. Un tiers niettrsHt rameur' propre de ces messieurs en jeu; Tamonr-propre choqué éclate, et il est dans mes principes de ménager toutes les femmes, même cclïes qui le méritent le moins.

J*éppouvai un ^sntiment d*anxiété en •voyant Mautort et Préval frapper atS portes de ces dames. Le qui est là y est toujours la première réponse. « C*eat » moi, madame. — Comment, si matîbt » — D'autres vous ont vue plus matin » encore. — Que voulez-vous dire, mes- V sieurs? — Ce que vous savez, msK i»dame, et 'ce que nou^ savons comme «vonsw — VoiiJi! qai est ^'une inso- • lence.r... — Ouvres, s'il vous plaît, » ôu je vais m'expKquei^ par le trou â<s »èa serrure ». Les portes s'ouvrirent à rinstant

« MèliàmeSf dit Préval avec nn sang*

tjifs BiAciooiirx. 9&

» Êroid où il entrait quelque dignité, un » galant homme peut se tromper dans j^soa choix; mais le moment où il re- » connaît son erreur est cehii où il se » retire. ~ D'honneur, je ne vous corn* j> pcends pas. — Jurer par votre hon* » neur ne vous engage à rien.... Pardon, » madame, je m'oublie, mais vous m'en 9 avez donné l'exemple. Venez avec moi.

2wYous voyez ce cabinet? Mautort et moi ]k y avons passé la nuit; ainsi il est inu- » tile de nier. — - Comment , de la ja«»

Jalousie, de l'espionnage ! une scène » pour une distraction ! c'est tout an » plus ce qu'on passerait à un mari. — 9 Madame, on doit plus peut*étre à scoei » amante... •— Ah , du paradoxe à pré- V sent. — *- Une femme sensible, fatiguée 9 d'un ùœud mal assorti , mais à-peu- » près indissoluble , peut être Êûble , »sans être méprisable. Mais tromper D ua amant qu'on peut quitter avec dé^ » eence , c'est joindre la basseMe à ia

96 TTICK MACEDOlire.

» perfidie. Adieu, madame, nous retour- » nous à Paris ».

Us s'éloignèrent; ces dames rentrèrent chez elles, et je me préparais à descendre, lorsqu'une autre porte, qui s'ouvrit, m'obligea à refermer la mienne.

Je vis d'abord s'avancer un graïïd nez aquilin, qui ressemblait beaucoup à celui de Soulanges. Quand on prend des précautions pour sortir de chez soi, pensé-je, c'est qu'on a quelque chose à ménager. Au moins madame d'£r- • meuil est sa maîtresse, et elle ne trompe personne.

Soulanges, sûr que le corridor était libre, sortit sur la pointe du pied; la porte se referma doucement sur luL Je sortis à mon tour, en me mouchant, en chantant, moyens honnêtes d'avertir ceux qui pouvaient avoir quelqu intérêt à n'être pas rencontrés. Aussi ne rencontrai- je personne que du Reynel, qui ch^chait partout monsieur le chef,

et

et qui criait à tue-tête qu'il était inconcevable qu'à huit heures du matin il n'y eût pas dix casseroles suf les fourneaux.

Je suivis du Reynel. J'étais bien aise de le mettre entre Fanchette et moi. Il ordonna, et moi aussi. Il ne voulait d'aucun de mes plats , et j'ordonnais toujours. Le chef ne savait auquel entendre, et, persuadé qu'on ne déjeûnerait pas tant que je me mêlerais du menu, je sortis, et j'allai m'enfoncer dans ce parc qui rappelle de si grandes choses.

• A quoi sert de courir? ne porte-t-on pas avec soi sa oJhscience et son cœur?

Je ne pouvais m'éviter. Je revins, et je trouvai tous no5^ gens rassemblés. Il suffisait de regarder nos dames pour avoir une idée des événemens de la nuit. La figure céleste de madame de Mirville, fraîche comme la rose qui s^entr'ouvre le matin, annonçait qu'elle avait dormi du sommeil de l'innocence.

gS tllTE MA€£l>OIir]E«

J'étais confus, humilié. Je n'osais TapK procher. Elle me prit la main, et me fit asseoir auprès d'elle ; j'avais besoin d'être encouragé.

Le dé jeûner fqt assez triste. U est certain passe-temps qu'on pourrait ap* peler l'éteignoir de l'imagination. Mftr daltne de Mirville soutint seule la conversation avec cette amabâUté djécente qui plaît toujours, même à cdles qui ont oublié la pudeur : on aimé à s'y rattacher, ne fût-ce que par le souvenir*

J'étais étonné qu'on ne parlât ni de Préval, ni de Mautort Madame d' Al' ' Uval voulut bien se donner la peiikc de me répéter ce qu'elle avait <léjà dit à la société : deux exprès étaient vq« nus en toute hâte chercher ces naesr sieurs, l'un de la part du nûnislxe de la guerre, l'autre de celle dfi sa femme, dangereusement malade. Cela était coulé avec une facilité, un air d'indifférence qui m'eussent persuadé comme les aur

UNE MACEDOINfe. ' 99

tires, sHl n'y avait eu là -haut un cabinet.

On parla enfin de partir, et on décida qu'on n'arrêterait plus de Chantilly au château d'Ermeiiil. On s'apercevait que les tuniques et les turbans faits avec des nappes et des serviettes ne produisaient plus autant d'effet que la veille. La nouveauté, le désir, le punch avaient rendu la mascarade piquante; la' satiété, la fatigue avaient détruit l'illusion. Quelle femme est jolie en sortant d'une loge grillée au bal de l'Opéra?

Oa? appelait, on cherchait Angélique

et Louisron : elles n'étaient nulle part.

Famchette rôdait autour de la table; je tremblais qu'un coup-d'œîl n'éclairât madame de Mirville; je voulais sortir de cette maison. Je mé mis moi-même à la recherche des deux femmes die chambre, et je les rencontrai sous une tonnelle, jparlant, tiant; gesticulant.

l6o UNE MACÉDOINE.

«Allons, allons donc, mesdemoisellesy » il faut partir. — Nous ne partons pas , » monsieur. — Pas de mauvaise plai- » santerie. — Rien n'est plus sérieux.

» — Et que voulez-vous que fasse ma- »dame d'Ermeuil? — Tout ce qui lui » plaira. — La laisser , ainsi que ces » dames , sans une femme ! — Nous » nous en passons bien, nous. — Quelle y> comparaison ! — Elle n a rien de cho- >> quant. Ces dames sont jeunes, et nous )> aussi; elles sont jolies, et nous aussi; » elles aiment le plaisir, et nous aussi; » elles lui consacrent leur vie, nous al- » 16ns lui consacrer la nôtre. — Et où » allez-vous pour cela? — En Espagne.

» — Comment, en Espagne?-— Où nous » n'aurons rien à faire que de soigner » le linge de deux officiers de hussards.

» — Ah, j'entends ».

Madame d'I^rmeuil, à qui je fus rendre ce dialogue, ne comprenait pas trop qu'il fût nécessaire de mener une femm€

VNE MACÉDOINE. lOI

de Chantilly à Rladrid, pour soigner six chemises çt autant de mouchoirs. Cependant, comme un officier peut avoir une fantaisie, et une fille aussi, que pe]> sonne n'avait le droit de s'y opposer,

. Soulangés fut chargé de régler le compte de ces demoiselles , et de les payer.

Nos hussards étaient allés manœuvrer : le moment était propice.

-Les chevaux de poste étaient arrivés.

Les postillons s'impatientaient et moi àussL Je m'avançais f)our offrir la main à madame de Mirville. Fanchette avait entendu ce que j'avais dit à madame

^'Ermeuil. Après avoir rêvé un moment, elle traversa rapidement la salle à manger, et s'approcha de. cette dame,

^rouge comme une cerise, et les yeux animés de quelqu'émotion extraordinaire» Je fus saisi d'un tremblement général. Je crus que Fanchette repentante allait s'humilier et faire sa confession.

Mais pourquoi donner dans les extré-

mes? pourquoi s'adresser. à madame d'Ermeuil, plutôt qu'à celle qu'elle nommait mon amie, et avec qui, en dépit de son repentir, elle avait bien quelqu'intérêt à me brouiller ? J'étais sur un brasier. «Madame, dit la petite, en regaiw » dant le carreau et le plafond, ces de- » moiselles vous laissent dans l'emhar- » ras; je n'ai pas leur adresse, mais j'ai » de la bonne volonté et le désir de » vous être utile et de vous plaire; pre- » nez-moi à votive service. — Que savezr » vous? — Peu de chose; mais madame » voudra bien me guider, et je n'ou- D blierai rien de ce qu'elle m'aura dit y> — Elle est intéressante. Baptiste, faites » venir la njaîtresse de l'auberge.... Ma* » dame , cette jeune fille désire entrer »cbez moi. — Madame, je serais fâ- » chée de la perdre , mais je la verrai » avec plaisir à sa place. Elle n'y est ^> pias ici, et c'est un- excellent sujet — » Allons j Fanchette, vous êtes à moi,

UNE MA.CÉDOI]fE. lo3

» Mesdames, nous mettrons nous-mé- » mes cpielques-unes de mes robes à » votre taille , quand nous serons arri- )»Yées. Fanchette nous regardera d'à- » bord, et elle finira par faire comme » nous ».

Fanchette sortit de la salle en sautant, en riant, et elle reparut un ins- .tant après, portant sous son bras im petit paquet de quinze pouces de long sur quatre d'épaisseur. Elle avait trouvé le temps de passer sa robe des diman^ «hes, le bas de coton blanc; elle avait rais le bonnet rond plissé; elle était jolie^ jolie. presque commet Chut,

ne comparons pas Fanchette à celle •qu'on ne peut comparer à personne.

Tout cela tourne pial, pensé-je; il y a aussi à Ermeuil des greniers à foin.

Mais je la tiendrai à une telle distance de moi, je lui marquerai une froideur si offensante, qu'elle évitera les occasions avec autant de soin que moi-même.

I04 r^E MACEDOINE.

Nous montâmes en voiture. Je m*étais placé dans Tune avec madame de Mirville. Il y restait deux places : madame dllrmeuil et Soulanges vinrent les occuper. Les délaissées avaient pris la cbaise de Soulanges; du Reynel avait fait venir un cabriolet de la poste, et le remplissait tout entier* Baptiste et son compagnon étaient à cheval, parce que le départ de Préval et de Mautort n<>us avait ôté un carrosse et changé nos dispositions : Fanchette restait sur le pavé.

Elle me regardait d'un air presque suppliant; elle regardait madame d'Ermeuil , qui ne s'occupait pas d'ella if Madame, lui dit-elle enfin d'un ton » timide,, qu'ordonnez -vous de moi?

» — Mais , je ne sais où vous mettre.

jo — lié, mon Dieu, dit madame de » Mirville, monsieur et moi tenons peu » de place; la petite est mince, et à » nous trois nous ne pesons pas M. du » ReyneL Faites-la. monter ici. — Puis^

urrK MACEDOiifE. io5

» que vous le permettez , ma chère » amie..... ^— Hé , madame la comtesse, » tout ne doit-il pas être extraordinaire »dans ce voyage '^-Gt?^'irailleurs Fan- «chette est très-proprement mise, et » elle a un air de candeur qui m'inté- » resse ».

Voilà cette Fanchette que je ne devais plus voir, la voilà courant la poste avec moi, à côté de moi, rayonnante de jeunesse, de charmes et de satis- Êiction*

jo6 CHB KxcÉvomn.

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