CHAPITRE IIL Le Contrat de mariage
I1.1.LE me re^surdait d*un air indécis:
elle brûlait de parler; eUe tremblait que je parlasse. Je la poussai doucement, je la portai en avant^et je lui soiuis d'une manière, qui sans doute voulait dire :
Je t'ai devinée; jouis.
Il fallait bien que ma mine signifiât quelque chose comme cela, car elle me serra la main, et la sienne me disait :
Je t'entends et je te remercie-
Comme elle sait amener une surprise !
avec quelle délicatesse elle s'exprima! à travers quelles nuances variées de sensibilité, de douceur, de gaîté, elle fit arriver au cœur du bon Servent ce baume consolateur, qui efface le souvenir du passé, qui nous fait renaître à Tespérance. Oh, que je me sais gré de lui
TJIVE MACtDOî^r,. 3j
avoir cédé î Je me serais exprimé comme unu homme; j'aurais mis le bienfait à nu. Elle le parait de ces couleurs séduisantes qui lui donnent tin nouveau prix; Servent, à ses pieds, se rendait au charme inexprimable qu'une femme sensible répand sur tout ce qu'elle dit, sur tout ce qu'elle £siit Les enfans ne savaient ce que xî'est qu'être suisse ; ils n'avaient aucune idée d'une filature de coton; à peine entendaient-ils les mots aisance^ pauvreté; leur cabane, jusqu'alors , avatt. été leur univers. Mais leur^re pleurait; il pleutait de joie, d'attendrissement, de reconnaissance; oes enfans ne pouvaient rien définir; mais ils sentaient que les larmes de leur père étaient celles du plaisir, et sans pouvoir se rendre compte de l'impression qui les entraînait, ils tombèrent à genoux avec lui; Us pleurèrent comme lui; comme lui, ils baisaient la robe, les pieds, les maips de Theureuse Sophie.
it**
34 ^l'E MACÊbor^F.
Hs rgnoraient encore ce que c'est que bénir, et ils balbutient des bénédictions.
Seul , dans un coin de la cabane y je saisissais Tensemble du tableau. Etmoi aussi je trouvai des larmes. Oh! j'en \;erserai encore de ces larmes -là : j^aurai toujours cinquante louis dans ma poche.
Nous avions beaucoup Êiit, il nous restait beaucoup à faire. Après avoir donné rendez-vous chez le notaire à la famille Servent, noiis sortîmes pour aller annoncer à Claire et à Eustache la fin de leurs anxiétés et dp leurs privatio^is. Je marchais à côté de Sof^ie et je la regardais. Son cœur tout entier se développait sur^à figure, et lui donnait une expression que je ne lui avais pas vue encore; son œil, tmirné vers le ciel, était pur Comme la vertu. Elle ne parlait pas; mais son sein annonçait par ses mouvemens doux et réguliers qu'il renfermait la somme de bonheur à la-
ÙîfK MXCÉDOI^E. 35
«tiielîe une mortelle peut prétendre.
Vous le dirai «je? saisi de respect, je m éloignai d'elle; je me tenais à deux ^as-âe distancé; je ne me croyais pas éipte de l'approcher.
Tout passe , et malheureusement les .
sensations d|[rëables se dissipent plus promptement que les autres. Sophie sortit de son extase. Cet œil recueilli, attaché au firmament, redescendit sur !a terre, et me chercha. Un doux sourire me rappela et là dépouilla de son auréole. La divinité disparut, je retrouvai la femme aimante, et, ma foi, celle-ci vaut bien l'autre.
Un violon aigre, tm mauvais tam— hour; et quelques coups dé fusil nous annoncèrent la fête du maL Elle s'attacha à mon bras, et nous courûmes de tbutës nos forces : le spectacle de la^ gaîté franche n'est pas commun , et fait^ toujours plaisir.
A^sis sous les tilleuls, M. La Bocha-
30 r3E XACtDi^uri:.
iaisait gravement les hoaneurs dTun bu£Fet ehars^é de TÙiades âroides et de fruits secsw Madame La Roche Teillait k ce qu*OQ ce TÎdit pas trop pcompte- TRent aoe pièce de tui livrée à Là bande jt^jeiise. Les jeunes filles et les jeones gens dansaient. A la fin de La contredanse, la fusillade recommençait, le broc circulait, puis les baisers pris ou rendus, puis les tapes sur Tépaule, puis la course sur le gazon — Les tapes sur Tépaule ! quel dommage de ne pouvoir marier toutes ces fiUes-là!
Mais où sont donc Claire et Eustache? pourquoi ne profitent -ils poiut d'une occasion aussi naturelle de se rapprocher?..... Non, ils ne sont pas ici. Il y a là-dessous quelque chose que je ne comprends point.
Je cours aux cuisines, et je vois la petite sur la porte. Ses yeux sont rouf;cs; elle a pleuré. « Quoi, seule ici, »> mon enfant, lorsque vos compagnes '
VN-E MÀCÉDOISTE. 87
^ dansent et folâtrent i — ^ Montsieur le » chef ne m'a point permis d'aller pren- »dre moa bonnet plissé et mon corset » des dimanches. — Et je conviens que » vous ne pouviez vous présenter comme »vous voilà. Quel, est donc ce chef qui .
D empêche les jeunes filles de danser?
» — C'est un s^ubergiste du village , qui » travaille iei, quand madame n'amène » pas sa; .maison. — Il est plaisant ce » monsieur-là. En dépit de lui^, vous » danserez,, petite Glaire : — Ah, mbn- » sieur, je ne m'en soutie plus. — Com- )>ment cela? — £ustache est retourné » chez lui. — • Et pourquoi? — Il ne clause >) point quand je. ne danse pas avçc hii. » -T- Vous danserez ensemble, et avant » oeiix heures, ce chef, qui effaroucha «les amours, sera votre très -humble » serviteur* -^ Je n'entends pas bien ce » (jue me dit monsieur. — Allez mettre «votre bonnet plissé, et votre corset • des dimanches. — Oh, monsieur, je
58' TTI«B MA^ÊIK)ITrr.
» n'oserais. — ^ 3é prends tout sur moi.
» — Mais, ma' place à la cuisine.... —Vous' » n'en avefe plus besoin. — Si monsisrtir
9 voulait itf expliquer. — Vdtre père-
» vous dira le reste; vous conterez cela » à Eustachey qtïi aimera mieux l'ap- » prendre de cette petite bouche-là qtte 3 de toute autre. Mais surtout que ceci » soit un secret pour le père Tachard.
«Partez, partez donc... vous m'im-
» patiehtez, mademoiselle »v
Elle me regardait; elle jetait un cou|)* d'œil.furtif dans ta cuisine. J'avais piqué sa curiosité; mais eUe craignait monsieur le chef. «Claire, Claire, cria-t-il » d*un ton dur. — - Je l'envoie enf conà- )rmis>sion pour madame la comte^^; )» elle sera de retour dans une heure ».
H n'y avait pas le mot à répondre à cela, et la petite y forte du silence de monsieur le chef, prit sa course et disparut.
ce Ah, méchant, vous mVvez ravi cett« y jpui0sance-cÎ3». C'est Sophie, qui a cher-^
UîfE MAGKDOIKE. 3g^
ché Eustache dans les groupes des viliageois et qui vient de me retrouver.
n JSon^mon aimable amie, Claire ne sait » rien encore. Je n'ai pas, comme vous, 3) l'art d'ajouter au bonheur par la ma- «nière de l'annoncer. D'ailleurs ilin'a » paru naturel et juste de laisser- cette » satisfaction au père Servent. -—Et la* » mère? — Elle est toujours là. . — Ah y » par exemple, monsieur, c'est à vdbn^ )y tour de- parler. — Et vous le fiLtes si* » bien ! r—t J'entre ».
De quel poid^ elle m'a déchargé ! Il &ut que la mère Servent aille aussi prendre ses beaux habita , et }e ne pouvais me résoudre à e<itrer da»s ces cui-
sine^ c'est là qqe se font tes fromages^
à la crème.
le montai, aux appartemens,oii y par-^
lait de notre promenade: matinale; on
interprétait; on plaisantait légèrement,.
4vec grâce. Les gens du graml monde
'^nt heureux dans le choix des motsL
4o UNE yiACiDOlKE.
mais le trait acéré perce, et il faut avoir l'air de ne pas le sentir, à peine de se donner un ridicule. J'étais bien aisé qu'on ne s'étendît pas trop là- dessus:
je me sentais rougir, en pensant que Fan-
chette 3e rompis la conservation en
annonçant le mariage ébauché. Il ne manquait pour l'achever que de l'argent, et- j'avouai franchement que je ne savais ou* en prendre.
Tout sert d'aliment à la frivoUté. On oublia notre promenade, et on exigea que j'entrasse dans les moindres détails.
A mesure que je parlais, je voyais croître l'intérêt que j'inspii*ais en faveur de Claire et d'Eustache. Les gens dissipés retrouvent quelquefois leur cœur. Ils ne vont pas au-devant du bien; ils le font avec plaisir, quand l'occasion s'offre d'elle-même. C'était à qui contribuerait ail bonheur de mes petits protégés; chacun voidait être admis à la cotisation^ Moi^ je voulais donner ma maison et ^
HVE MÀCÉDOlNf!. 4<
mon jardin en entier, et Sophie, qui venait de rentrer, n'entendait partager avec personne la satisfaction d'offrir son pré.
I^a comtesse éclata. de rire, et je tte savais comment interpréter, cette lubie.
« Il est plaisant, dit-elle, qu'on se dis- » pute à qui donnera ce que tous en- » semble nous ne pouvons payer. J'ai dix » louis, à-peu-près. J'en ai sept, ditSou- » langes^ et moi quinze, dit du Reynel ».
Sophie vide sa bourse sur ses genoux; je vidf ta mienne sur les genoux de Sophie, et il me semble qu'en ce moment j'établis entre noqs une sorte de communauté. La même idée la frappe aussi :
un cpup-d'œil a parlé. Honneur à qui le premier donna pour nourrice à l'amour,, l'illuision et. l'espérance.
Cependant entre nous tous nous pos^ sédionsiine soiitantaine de louis, et avec
cela on ne; paie point mille écus; d'ail- Jfeurs Soulapges, la comtesse et du Bey»
4a liHE VACÉDOm.
nd ne voulaient donner leur argent qu'à condition qu'il ne leur serait pas rendur Sophie se dépitait, et moi aussi. Je piXK posai d'envoyer Baptiste à Paris; on répondit qu on n'avait pas trop de deux domestiques. Je voulus sortir pour aller chercher un homme dans le village : on' fit un signe à ce coquin de Baptiste, et je compris qu il allait prendre les de* vans et s'ail^nger de manière à ce que* je ne trouvasse personne. La doiice, la timide Sophie éclata à la fin. « Il est A affreux, dit-elle, d'aller ainsi sur les )» brisées des autres. Quel droit avez'* » vous de concourir avec nous au ma- )).riage de ces enfans? êtes- vous les in- » venteurs du projet? en avez-Yous seu- »lement eu la moindre idée? S'il vous » arrive d'en avoir «ne semblable, irai- » je me mettre en tiers et vous priver » du plaisir de l'exécution ? de quel œil » verriez-vous une semblable présomp— ution? Je veux donner mon pré; fevù^
VVlt HÀGEbOINC. , ^3
» fends le donner seule, et je déclare que ■ » je me brouille avec quiconque m'op- » posera la moindre prétention.
»£lle a raison, dit madame d'Ërnreuik.
» Elle a raison, répétèrent Soulanges et
»du Reynel. Retirons -nous modeste-
» ment, et ne nous melons plus de cette
» Skfi'direAk,^... que pour nous faire avoir
de l'argent, m'écriai-je.
» Mais, mon beau monsieur, me dit
»la comtesse, avec votre noble cha-
» leur, et vous, madame de Mirville,
j» avec votre exquise sensibilité, vous
» êtes des étourdis. — Et en quoi donc?:'
» — Vous donnez une maison , c'est fcrt
» bien; mais où coucheront vos mariés?
» A terre, dit Soulanges. Et la huche,
i> et la table , et les chaises , reprit da
» Reynel? — Et l'armoire au linge? —
»Et le trousseau de la mariée? —- Et
p la pièce de via à la cave? — Et le sac
,^»de blé au grenier? — Et le quartier
' ».de lard à la cheminée? — Et les ins?^
44 ï^îfE MACÉDOINE.
» trumens aratoires? — Et l'âne qui » doit porter les fruits à Beaiivais? — » Ces enfans s'aiment, il faut les ma- » rier. Ils ne peuvent faire l'amoui: en » public ; voilà une maison où personne B ne les verra, quand ils auront fermé «porte et fenêtres- Du reste, ils manj» queront de tout, en attendant le foin » et les légumes. — Le joli plan qu'ont » trouvé là madame et monsieur. — -• Il » fallait être deux pour aller aussi loin ».
Nous nous regardions, Sophie et moi, un peu honteux, et piqués d'une suite de plaisanteries, dont cependant nous sentions la justesse. Et le moyen d'y mettre fin? Il fallait de l'argent pour faire taire les railleor s, et nous n'en pouvions avoir que par l'entremise de madame d'Ermeuil.
«Madame de Mirville, dit-elle, quand » il me vient une bonne idée, vous vous » gardez bien de vous mettre en tiers,- » et de me priver du plaisir de l'exécu-
UlTE MACEBOIWF. 4^
»tion. De quel œil verrai-je une préten- » tion semblable ? Vous donnerez à vous » seuls le pré, la maison, le jardin, mais »ricn dé plus, et, moins égoïste que »vous, je consens que ces messieurs » concourent avec moi à fournir ce que • vous avez si complètement oublié- » Baptiste, faites venir La Roche.
» Monsieiu* La Roche, il me faut
» quatre mille francs dans une heure.
» — Madame, je tâcherai de vous les » trouver. — Vous les avez, ou vous dej»vez les avoir. ^^ — Vos fermiers paient » difficilement, -r- Vous entendez les » affaires , et on m^'a appris à conduire »les miennes. Je suis laisse de m'em- > prunter à moi-même , et à des intérêts » assez hauts. — Contment, madame la
» comtesse penserait-elle?. — Mpn-
» sieur La Roche , quatre mille francs «dans une heure, ou remplacé dans » huit jours.
^ Mesdames et messieurs, dit du Rey-
^6 WE BIACÊDOlirE.
« nel , que Famour du prochain ne Qoiis » ÉissiÇ pas oublier ce que nous nous » devons à nous - mêmes. Pendant que v^ La Bocke va faire semblant de cher* }* cher ce qu'il a dans sa caisse , occu- » pons-nous du déjeûner i». A peine avaitil parié que la eloche se fit entendre* J'en fus fort aise : les courses du matin m'avaient donné un appétit dévorant, j'offris la main à ma charmante Sophie, et nous gagnâmes la salle à manger en riant ^ en chantant, en folâtrant, gais de nos projets, étrangers à toute autre chose. Je crois que si on passait la vie comme je venais d'employer deux heures dans la mienne, on aurait bien plus
d'empire sur ses passions Oui, mais
que serait la vie sans amour?
Femmes jolies, femmes aimables^ femmes aimantes, qui ne faites qu'un éclair d'un jour, d'une semaine, ^d^un mois, d'une année, faut-il donc renoi^^ cer à vous? Pour qui ces charmes a^.
ilttisan3y ces. caresses délectables, si ce- M-i^à y renoïice^ qui est tout yeux pour \^u& voir, toiit cœur pour vous aimer?
. £b pensant cette dernière phrase, je «fie tournai vers Sophie i Elle me regardait avec une complaisance! ■ Ses
lèvres, ses yeux, son sein avaient une.
expression î...... Le coup électrique
pa^sâ: dans mes veines. Ah! nte dis-je , rhomme est fait pour aimer^ comme le jfuisseau pour caresser ses rives : il faut remplir sa destinée.
L'arrivée des fromages a la crème me tira de la plus douce rcA^erie. Que de souvenirs venaient avec ces fromages!
Je voyais la * trace de ia main qui les avait pétris. Là, s'était fiiré cet œU^ al-* teruati veinent si vif et si langoureux ; >iDe gorge divine s^étaÂt inclinée vers le vase; sa bouche avait peut-être soupiré Je mot amonr^ ^n Êiçonnant ces cœurs sî.Uancs et si froids, et crtte bouche, .f jeetle gorge, cett« main, tout, tout fut
48 tNE MACÉD'OIITE.
à moi, peut être à moi encore -Quelle
pensée! Et c'est, auprès de Sophie, sia moment où mon genou vient d'imprimer doucement suî* le sien serment d'aimer toute la vie, ou son genou vient de répéter le serment, que j'ose..... Oh, je' m'en punirai; je ne toucherai point à ces fromages, qui font sur moi l'effet que produisait sur les Dieux l'ambroisie servie par Hébér
Qu'ils sont jolis ces fromages ! qu'ils sont appétissans! Non, je n'y toucherai pas. O Sophie, reçois ce léger sacrifice. Je te Toffre en expiation de* mes fautes.
Cependant du Reynel avait défiguré ces cœurs arrondis par Fanchette. Les arcs , les carquois étaient disparus sous la main du vandale ^ ce n'était plus que du laitage. Tout le monde était servi :
j'avais courageusement refusé.
« Voilà de mauvais fromages, dit mà- » dame d'Ermeuil ; qu'en pense madame^r^
de
UîTE MACÉDOIinE. 49
«de Mirville? - — Ils ne sont pas excel- »lens. Détestables, s'écria du Reynel.
» Ma foi, continua Soulanges, j'en pense » ce que disait Charles XII du morceau » de pain moisi : Cela n'est pas bon, mais «peut se manger»/ ^
Quoi , ces fromages ne^ vaudraient rien! Quoi, Fanchette peut mal faire quelque cbosç! J'en pris un peu au bout
de mon couteau Non, ils ne S|pnt
pas bons ; jjfiais Fanchette est-elle obligée de tout savoir? N'est-ce pas pour être utile à cette pauvre mère Servent, (ju'elle s'est avisée de ce qii^elle neur tend pas? Ne connais-je pas son motif?
Ne dois-je pas récompenser l'intention?
Bonne* Fanchette, je veux f épargner le reproche, toujours cruel pour un cœiu* sensible; je veux trouver tes fromages délicieux. J'en fis l'éloge le plus complet, et j'en chargeai mon assiette. Je la vidai, je la remplis, et à chaque cuillerée, je retrouvais cette main, cette 11. 5
5o TfVB, MikCÉDOINE.
gorge, ces yeux. ^... Ils donnaient vraiment un goût admirable au ^fromage.
Je ne laissai rien dans le coanpe^r, «et je me dis en finissant : J'ai Tengé Fanchétte et je l'ai justifiée.
« Mon ami, me dit du (Reynel, vous D a?vez des goûts liien bizarres : jamais » je ne »ferai de vous un ga^âtronome».
11-tira*son Cuisinier impérial de iia poche, et il allaitme faire'unelongue^nu- ^né^ation desfautes de l'igaorartte fromagère , lorsqu'un -bruit imprévti 'fit -oublier le livre, les fromages «t Fanchette.
C'étaient le père et la mère Servent; c'étaient les quatre ^marmots; c'était Claire, palpitante de joie, conduite pAr son EustaéhB, Tayonnant 'dé plaisir :
c'était enfin le père Tachard, -que -je ti'attendais pas, qui ne devait pas ^tre ià, mais avec qui le'bon Ëust^che n'<afvail; pas eu la "force de dissimuler, «allons, ^) allons; dis-je à Sojthie, pardonnonij^
f» ^ .ce jeune ibomuie. A quoi nous : eût » menés $a discrétion? A aigrir des jD^QS {qui ,ilé3ormais doivent s'aimer.
dvEustaobe ^!est .conduit en enfant.aen- - » sible et soumis; il s!e&t empres^ de ,»)pdcta§er son bonheur avec .son père, !i«>«t :Qelui qui se môntce bon «fils doit i^Àtteibim époux». *
(On.était dans ses grands atours. Ta-
^cbard et son Ëustache ont, ma foi, Tha-
bit de drap . dlElbeuf et >le bas . de coton
«bku. iLe pauvre Servent »n'a qu'une
«^este^tencore lestrelle.éx'aiUée .au coude.
iluiu petite Glaire oaehe fies .charmes nais-
isiaos ($ou5 le i juste . de ; moleton , le j upon
-de eotoiiaderpuge,etlejfichu de grosse
impiiSseUne. (C'iest>bien peu de chose;
mais cela «suffît à qui est parée de «es
;<|inpze:ans. Ah,. diable, il y a un trou
-au^fichu! Sans doute elle n'a pas eu le
:^tmfps de le boucher. Ëustache ne :lui
-en parlera pas. Trou perfide, qui tra-
, :.bitileS'Sea!^ets.de^la pudeur, qui laisse
cntrerobr le pli2> j«jli boulocL. Eh
bien, ne vais-je |tt$ e&core m'occopcr de celuî-li? — Oh. quel homme, qad vilain homme je sois! Baissez les
Serrent parait gène dans sa veste , propre, mais usée. Son amour •propre souffiie. — Morbleu, je le mettrai à son aise, et, le jour de la noce« il aura aussi Thabit de drap d*£lbeuf sur le corps, et le demi-castor sur l'oreille.
Les deux pères s'observaient Servent semblait craindre le propriétaire Tachard; Tachard ne savait comment se rapprocher des Servent. Je pris là main de Claire, â Venez , ma belle pestite, embrassez votre beau -père, et » demandez-lui sa bénédiction ».
Tachard s^exécuta franchemmit :
tt Claire, dit-iF, je t'ai toujours esti-
M mée , toi et tes parens : j'en appelle
• D à monsieur. Mais un homme raison-
»nable ne marie ses eii£sins qu'après
UHE MA.CÉDÔIWE, 53
savoir pourvu à leur subsistance. Tu »n'jvais rien; je ne pouvais rien don-^ y> ner ; le ci^l a jeté sur nous un regard » de bonté : sois heureuse mère, comme » tu vas être heureuse épouse ».
Le* deux jeunes gens s'inclinèreût, et leurs parens les bénirent. Je l'ai dit quelque part : je ne sais si cette bénédiction est bonne à quelque chose mais j'aime les f^fans qui la reçoivent avec respect.
Tous les nuages étaient dissipés; une joie pure brillait dans tous les yeujc^ Tachard et Servent s'embrassèrent cor-^ dialemeni:, et baisers de plaisir et de reconnaissance circulèrent dans la salle.
B^rsonne ne fut oublié. Je reçus aussi un baiser de la petite Claire , et ce diable
de trou obligé de me baisser, pour-
v^is-je né pas le voir?
Qui frappe si doucement à la porte?....
AJtij c'est le notaire. Il a su que ses ac-
■': qwéreurs sont ^omnjensaux du château
<fTi Ml l'r, ^ ± X ur^ thiitiÊ ^«tiscC le cfone sai&« «t TccnfiMe Jr pocbe dir pn&sivjcis b pane dTattcr cIm9 lui — Em
entra, je fvcssù daut»; nrs bias^
celle — Ob. Sepkie. pordkn: p»daii,
La porte s'oime CBCoce Cet le
bon curé qui TÎmt uous fi^ficitcr tooSL 'c Qoe la pfc^ideDce accorde ses biens A à ceux qui font des leurs un si (Kgne j» osdge s. rétais Tniment bontenx de receroir tant et d'aToir si peu donné.
Bfadame d^Ermeiûl et le l^er Soutanges même paraissaient nous porter envici^ Leurs cœurs TibnHent à Tunisson des nôtres. Je vis nne larme.se foncfere sur la joue de la comtesse, et cela me fit plaisir.
Nous voilà tous attendris; voilà ub^ l^céne touchante, qui £ût du lôea à
VHtE. !itACɻ01WE; 55.
tout: te mootle, et cela parce cplivne petii«?fillev<|iiû.^iHifichn' troué, s'est endtomie^ sur une chaise de eunmne^
Grands, efifei»', petites eauses': on ne voit- que celai dans . le monde; Qui peut répondre V eu s^drtanb de ehez' tiiâ ,. de ce HtCû, £eraj dans: la^ jouméei^ L^hamme^ de $a «ais^ance à sa mort, est be^ ta:ès^ humble semrôtettr des ciroofistan^es.
Une gaîté' dduce saceède- bientôt aa pathétkpAe; «Youa Tenea^àpropos, mon-^ » sieus le çuE|é; dib lài comtesse; Madame 1»^ de MîrviUet eb monsieur vont, signer »Ies contrats de vente et de maria^^:
» Nous alloiid, Q^uâ^nt^ua occuper d'aiir- » tpe cbase;:e%.CQm!me un pasteur vigt-** )»-lairii ne doit jam^ être oîstf^ vous< ' ^-prDoéderez.aux fiançailles : cetix^ ce-i»^rémome n'iest pas étran^èDe à la fête » dUivfoi. Répondons aiDVûeQ de cesen^ )^ Êms.: Iibns4es autasitque huim le per-»
«met* Ofav lauMiottSy dilr Eust-aehe^ £t «bien fbrt^ répondit 6lûce ;9>^
^ Qui diable vient encore? « Allons » donc, mère Servent, allons donc, » petite Claire. Tout est à faire là-bas , » et je vous cherche partout Je vous » reiî verrai, si vous n'êtes pas plus exac- ' » tes ». C'est monsieur le chef de cuisine, tyran en sous-ordre, et ceux-là ne sont pas les moins exigeans. Il n'ose montrer que le bout de son nez. 11 l'a long ; il dépasse l*ouvert!ire de la porte entrebâillée. Oh, celui-ci paiera pour le père Tachard : il me faut unç victime ,r. Ne soyons pas trop dur cependant.
« Monsieur le chef, la mère Servent )) et sa fille sont de fête aujourd'hui.
«Madame la comtesse va faire l'inau- » guration de la maison du père Fir- )>min^ qui appartient à Claire. Vous » avez raison, dit madame d'Ermeuil.
» Rapprochons-nous un peu de la na- » ture. — Vous.avez entendu, monsieur )) le chef? Distiriguez-voui, je vous en
VVE MACÉBOlWiî. 67
«prie. Songez que vous allez travailler »^our une jolje fille, et surtout pour j»4ine fille sage i»*
Ah, mon Dieu, mon^eu, qu'ai-je dit! Je n'ai pas vu Fanchette debout derrière un fauteuil, recueillant ines pa-, roles^ comme la fleur printanièr<e pompe • U rosée du ratatin. Quel coup je lui ai
porté ! j'ai froissé son cœur Pauvre
cœur ! et je ne puis le soulager!....
Fanchette, ne me regsffde pas ain^i ,
Veux -tu qu€ je tombe à tes pieds, dans tes bras^ en présence de vingt persouneji! , h .:: .
Ah, bon, voilà l^a Roqhe et ses Siacs; on va agir; jamaisî je n'eus tant de hef soin de m'occuper. Je saute sur un sac^ jjB le vide sur le parquet; je mets les écus e^L pile^. Ma charmante Sophie prend 1^ second sac, et compte, sans ménagement pour les plus jolis petits .çloigts! Bienjtôt Qette jai'^in ;délicate ressemble ^ celle.
4'unç mâirchande dç cerneaux, fille jba
SS TTltÉ itÀiCÉDOWt.
fit i'ob^eï^vaitien ë^ riant. « Jaiùàîâ^, lui » Aîs^je, Ckiîpe et Ensta^lîe ri€ là tro«- » veront plus belle, et pow moi,^^ éefte^ » mata' est toBjours cteHe die^ Sophie yj^.
Nous pirettons^ee qu'il nous fertit. Nous àêpoBom te Somme stïf le btft^ëàtf ék^ vsénf lequel s^'esil placé le notaire. Il nousli|î 9ès coûtp^y rempët kte hôms, qiit étaifent encorié en blanc , et lious com-' munique le- certificat du conservateuï^^ des hypothèques, qui atteste que les' biens acquis ne sont grevésr d'aucune chai?ge......;.. G'^s^ tin homme entendu,
un brave homme que ce notaire^lâ. Xê Efe pensais pâ5= k^ deiftan^f des sûreté :
ma têteetition éœup étaiêiltàcenÊliette»^ dXi^ bureau des hypothèques. C'cist te rio^ t^iPe aux sabots et m boftnet de cotom cjui- i<ê€è?vra mon ^stafiïent lAystique, sSjift«iaiô j'en Mw uri . ^
Voilà le p«*emier de ces moniens pré^ cieulÈ, à travers lesqueb Eustache e/t^ Glail^ arriveront à la célébration dur
tf^ ]#A€iï#oiiie. 59
mariage, te mcym^at d^^Id sigtMyif^ ^ contrats. Les futurs épouit et fes- psitens^ déttlàÊètf^im^ ^vdtr s^ner, pa»ce que Ieiirs{|)àrts«pavâttefil^jugékmti)é({ue teigiFS'
Coftmi^ ^(9 bM^e ^i^tlf^ Glai^ tùèvAlAsAv m^ hksMï sa^ eromy Gommei cfie* élàiitv rdugqt G'es4 une si ^î^pàA^ ebo8i& qi#é fe' itlâ^ag^F Fillette tiaïvcr' t^embl^ tèUffëors* erv p^etisfanf à cela, et ce^^dant ette- n^è*nè pàrtfe^ jîiMaîs sans sourire.
Eustache se présenta d^un air décidé.
Il écrasa sa plume en formant ses deux traits, et il regarda Claire d'un air qui voulait dire: je briserai tout comme cette plun>e. Je ne sais si la petite l'entendit ; mrais elle baissa les yeux, et rougit plusfort. Comme elle me parut gentille! C'est que le fard de la nature sied toujours si bien!
Le tour des donateurs vint ensuite^ Je plaçai mon npm à côté de celui de?
Ho CVE MACÉDOINE.
Sophie, et un 9iéme parafe les entoura et les unit ;
Madame d'Ervjieuil, Soulanges et du Beynel signèreiit aussi au contrat de mariage. Tachard.nous assura que la%ignature de g^ns respectables porte toujours boiîheur. Le yrai bonheur estxleî ^ner pour soi. Ah, Sqphie, Sophie ^ si ce tableau si intéressant, si naïf, si là.
force de l'exemple...* ,.. Non, non, le
ipoment n'est pas venu encore,./...^ Lais** sons mûrir pensers d'amour.
UITE MKCÉDOIVIK. 6f