‹ Une Macédoine 4 tom (volume 3)Chapitre 5 sur 11 · C)8 II WE MACÉDOINE · texte numérisé non relu

C)8 II WE MACÉDOINE

Les pots, les bouteilles- sont reinplis à Tinstant; la table em est ehaîgéç, Jef^é-^ vois que raction sera chaude.

Le fauteuil est porté à la pJace d'hon*neur. L'oncle Antoine est assis, et char cun se r^q^e à son gré. Un gardcsniourlin doit être modeste, et je me. meta au bas-bout de la table. Mais j'y ai vu la petite tonnelière, qui, d'après la règle de probabilité, devait m'attendre ta. On pouvait lui appliquer les paroles de l'Écriture : Nigra sum, sedformôsa, et ma iox^ faute de grwesy on mange des merles,

L'opcle Antoine paraissait résigné à se COI) tenter de deux plats simples, mats ragoùt^ns. La gaité, la franchise s'étar blissaient d« proche, en proche. Je faisais des contes à^a.voisine. Elle ne répon** dait rien, mais elle souriait à propos.-

Le vin circulait avec abondance, et bientôt les chansons commencèrent Le chanteur par excellence du hameau

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nous donna une ronde, dont le refraia &aissait par une embra&sade, et qui

avait cînquante^trois couplets. Ma voisine se prétait He fort bonne grâce, et je commençais à. trouver le jeu assez dr^e , lorsque Gustin rentra , suivi de ses deux camarades, et portant toujours le petit tiambin, qui criait plus haut que jamais qu'il voulait son polichinelle, qu'on n'avait pas trouvé, ainsi que vous pouvesi le croire.

•Trois hommes de plus ou de moins ne Êd&aient rien dans la circonstance pj^sente. Mais ce qui me donna l'éveil , et d'une terrible manière, c'est que Gustin annonça unrimposteur, un mal-intentionné, qui disait être l'oncle Antoine, et qui persistait à suivre son chemin , quoiqu'on lui eût déclaré xju'on ne serait pas sa dupe, et que le véritable onde Antoine était au sein de sa feimille.

J'avais oublié, moi, que cet oncle aivait écrit qu'il arrivait le soir. Le trou-

tOO UNE ^ACIÉDOÏNE.

ble, le mouvement, les incidens multt-' plies ne m'avaient permis que de m'oo cuper du moment. 3 e regardai^du Reynel ; il était j^lanc comme la nappe , et je n'étais pas plus à mon aise que lui.

Je regardai Jacques ; son œil étincelait.

Le plus profond silence régnait dans la chambre. Chacun semblait attendre la détermination du maître.

Je me rappelai la manière dont Mer*^ cure chassa Sosie de chez lui, situation retournée dé toutes les manières, et que j'avais le droit de reproduire tout comme un membre de l'institut. «Cet » homme, m'écriai- je, est un fripon, » qui voulait s'établir chez vous , pour ,» vous voler pendant la nuit, -r- I/garde- .» moulin a raison , répondit Jacques, » avec un mouvement terrible. Gustin , » apporte ici toutes nos longes; j'garot- » terons l' voleur, et si' résiste, j'iui fens jftla'tête avec c' coupret ». Il se lève aussitôt, et chacun se dispose à le se**

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conder. Je ne sais ce que peignait alors ma physionomie; Mais la petite tonne^ lière me dit à ^'oreille : <f Beau gardej) moulîp , si 'ous craignez queuque » chose , esquivez ^ vous , pendant qui » s'expliqueront ; suivez-moi, et j'vous » cacherons dans not' grenier à foin.... >>.

Toujours des greniers à foin! J'aurais

aiCcepté sans doute, si j'avais été seul; mais du Reynel, ce pauvre du Rçynel !....

J'entendais distinctement le roulcj ment d'une charrette qui entrait dans la cour. Jacques ouvre la porte, le hras gauche chargé de cordes, le couperet à la main droite. « Ah, ah, il arrive en » carriole ! Il est callé c' voleur-là. Ouais • »il a éune femme avec 'lui! C'est pour » donner, d'ia confiance. 'Qjis verrez , » repris-je , qu'i va vous dire qu' c'est » vot' tante. — Parbleu, mon homme, DJ'nous y attendons bien. J'allons l'i » parler à la tante ».

Cependant le véritable oncle Antoine

loa Tins MAciBOiirf. ^

était descendu de sa cso^riole, et parais- ^ sait étonné de la manière dont on le recevait; «Voyez-vous, disais^je , voyez*- »vous son cBd^arras. V voit qu'vous »êtes sur vos gardes. J'sutô sûr quT » voudrait et' loin.

»Mais, reprit Gatherine, i' m'semble * qu'il a queuque chose d'i'oncle An- » toine, tel que j'iavons vu i'a quinze ans.

)) Bah, continuai-je, i'a tant d'figures qui » se ressemblont ! N'm'a-t-on pas pris à » Paris pour l'prince d'Transylvanie qui » courait les rues incognito?

»Ah, mon Dieu, mon Dieu! c'est »not' tante, c'est elle. J'ia reconnîà-»

» trons toujours s'tel'la qui nous a éle- »vée». A ces riiots de Catherine, 'mon audace m'abandonna. Je reg^jrdai autpur de moi; l'orage se>formait, mais je ne voyais plus du Reynel. Puisqu'il a pu s'échapper, pensé- je j je suis décidé; je vais suivre la tonnelière Il

' n'était plus temps. J'étais observé.

Je trfe rapprochai insensiblement de k ^le, et le cercle âe seï*rait autoar de moi. Te saisis mi grand couteau, dé-> terminé à me défendre et à périr plutôt que de soul&i^ la moindre indignité* « Écoutcsa-rtoi , criaî-je à Jacquet. — Je » nVoulotts rien entendre ; la justi^ce en » déei-der^— île bien, je vous suivrai, » maisjibre. —Garrotté. — Jamais.

» J' vous prenons tou%à témoin qu'i' » noAs force à l'tuer *>. Et il s' avance, le couperet levé. Je pouvais me fendre sur lui , et lui enfioncer le couteau iians la poitrine. Je n*en eus pas le courage, tHi plutôt la cruauté) Je pris la table à deux mains, et je la lui jetai sur les deux jambes. Elle le renversa avec trois ou quatre de ceux qui me serraient de plus près. Je saute par-dessus la table; je ramasse le coiiperet, que Jacques a lâché en tombant; je m'élance par la fepétrt, et je ¥ne trouvé dàAs les bras de Gustin, qixi peul ose entreprendre d^

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m'arrêter. Je lui assène iiu coup terrible du manche du couperet dans le creun de l'estomac, et je le jette à quatre pas de là, le derrière dans la mare. Je vem^ gagner la porte de la rue ; Jacques et ses amis se sont relevés, sont sortis de la maison par une issue voisine de cett^ porte, et me barrent le chemin. Je me retranche derrière la carriole d'Aptoine^ et je menace lej plus intrépides dtt couteau et du couperet. *

« La pelle et Tcrochet du four, s'écrie » Jacques. jTassommeront d'six pas , » p'is qu' j' n'pouvons le prendre au » corps ». Gustin , que j'ai le plus maltraité-, est aussi le plus prompt à exéj cuter l'ordrje de Jacques. Il vole, il re* vient. Je vois déjà le croc de fer qui menace ma tête; mes armes me deviennent inutiles;' il ne me reste plus d'espoir. '

/ Tout-à-cotip je distingue le bruit de plusieurs chevaux au galop ;.la; vie req-

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tre dans mon cœur flétri. «Tremblez, » m'écriai-je; il m'arrive du secours ».

Soulanges, les gardes-chasse de la comtesse, Eustache, Baptiste', Andr^ entrent ventre à terre dans la cour, et sont armés jusqu'aux dents. La scène change de £ace. Mes adversaires s'arrêtent, incertains^ irrésolus. L'intrépide Jacques lui-^méme laisse tomber de ses mains le redoutable croc.

Eustache, indigné qu'on ait osé menacer celui à qui il doit sa petite Claire, saute à terre, et se lance sur Jacques, tête baissée. Par un mouvement de. gé* nérosité louable, quoiqu'elle soit peutêtre dans la natuve , il avait remis ses pistolets à Baptiste : il voulait combattre sans avantage. Par un autre mouvement, plus prompt que la réflexion^ je me jette entre Jacques et Eustache. Je les sépare,* et le proscrit prend le rôle de médiateur. Que de ibis dans la vie on change de rôle et

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de position , au moment où on s'y attend le moinSr

Jacques ne comprend plus rien à ce qui s'est passe , à ce qu'il voit, à ce qu'il entend. « 'Qus n'êtes donc pas, me dit-i), » deux cheÉs d' voleurs , et c'nest donc 7>pas là l'reste de vot' bande»?

Enfin la vérité peut se dire sans danger pour personne. Je raconte ce qui est arrivé à Soulanges et à 'Jacques. A mesure que je parle, les figures se dilatent, le sourire naît, les éclats se font entendre. Jacques se promet de n'être plus si violent à l'avenir, et il proteste que du Rejnel et moi nous jouons la comédie d'une manière ^gne du tbé&* tre de la Gaité, où il a pleuré pendant toute une soirée.

Le véritable Antoine et la tant^An* toinettç sont maintenus dans tov)S leurs droits. Les denx partis se mêlent, se }>arlent affeclueusement Jacques n'in* vite pas Soulanges et son monde à

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nery ptoce que le chien a fait son ptofit de tbnt ec qae j'ai renverisé; mais il proteste que de bravés gens comme Bods ne se (Juitteront pas sans trinquer ensemble. Il n'était pas possible de se j?eliisèr à cette invitation. Il fallait d'ailleurs retrouver du Reynel.'On rentrtf dan3 la charabia; on rétablit l'ordre en quatre tours de main; mais il ne restait d*entier à la maison qùé deux vetres et une Bouteille de grès. Jacques la prend , et va l'emplir à la pièce. If trouve de la résistance , il regarde, et il laisse tomber sa derriièf e bouteille en éclatant de rire.

• 11 ne cessait pas; il se tenait les côtés. Je m'approche et ]*édate à^mon tfotir. Soolanges neif>eut deviner la cause de éesr éclats; il vient à la pièce, voit, et rît avec nous , bientôt tous les spectateurs deviemtent acteurs ; on devait ùoni entendre. du grand chemin. D'joù vient cîone ce rire ihextinginble?.... Du Heynel s'est glissé dans la pièce .d;e via'ï

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il s'y est placé comme Tembryon dans son étui; le poids de son corps 1';^; affaissé sur lûi-méme; il ne peut faire le moindre mouvement^ et il est dans le vin jusqu'au menton.

Comme la frayeur iiiflue sur notre organisation ! Du Reynel, de sang-^ froid, ne descendrait dans un tonneau qu'à Taide d'une échelle double^ et il a sauté dans celui-ci, lorsque le bruit de la carriole nous a tous attirés à la porte et à la fenêtre.

Il est impossible de le tirer de là.

Jacques fera-t-il un dernier -sacrifice?

Perdra-t-il sa pièce, fût et jus? A son irritabilité près, c'est vraiment un excellent homme; mai|Lil croit qu'il vaut mieux boire le vin qu'/en laver le carreau. Il était de toute justice de le dédommager. Nous lui fîmes entre nous une dixaine de loui^, qui le déterminèrent tout-à-fait| et qui achevèrent de nous concilier s^n affection. Il fit $au«

ter ses cerceaux aussi gaîment qu'il nous eût versé à boire.

On déshabille du Reynel. On le lave, gp Tessuie avec du linge bien chaud; on le change de la tête aux pieds. U est assez mal fagotté , mais très-satisABjUe voir la fin de cette aventure. On le met sur son âne, on attache les arrosoirs^ la bêche et le râteau à la selle du cheval d'Ëustache, et nous reprenons tous en* semble le chemin du château.

II(> VKE MACinOITTE.

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