CHAPITRE VIL
"' ' . Le Sermon.
Il est venu, ce sommeil réparateur, qui rafraîchit le sang, qui calme l'infortuné. Les douleurs de la veille sont déjà loin de moi; il n'en reste qu'un .
souvenir, que je m'efforce d'éloigner.
Je vais entrer chez Sophie, la voir, l'entendre, lui parler, prendre de nouvelles forces, tout oublier près d'Mle.
J'étais attendu. Le déjeûner est servi; je me J)lace vis-à-vis d'elle. Qu'elle est bien dans son déshabillé du matin,! Point d'ornemens superflus, rien qui annonce les efforts, si souvent inutiles , de l'art.
Elle est belle de sa seule beauté , et elle n'est comparable qu'à elle-même.... si ce n'est pourtant à F Ne prononçons
plus ce nom-là.
. Nous voilà. chez nous; nous sommçs
190 UKE M^ciBonns.
à notre aise , nous avons Tair d^étre à notre petit ménage. Elle change d'assiette avec moi; je prends son verre, elle prend le mien. Le morceau que j'ai touché lui parait le meilleur : le meilleur vin est celui qu'elle a goûté. Je retrouve des idées , des mots , et le mot que je viens de dire en amène un autre plus heureux : elle y a si tendrement répondu !
Elle est tout à Tamour, et cependant elle n'a pas oublié le prédicateur à la modoi Quelle figure a cet abbé Aubry?
Son OFgane est-il pur? son geste noble?
Mérite- t-il enfin sa réputation? C'est ce que nous allons voir.
Je vais écouter un sermon tout entier, un sermon eu trois grands prâEits!
En eùt-ii six, qu importe ?^ Je serai âû« près d'dlle, et l'ennui ne l'$ipprodhie jamais.
Caroline lui fait observer qu'elle n'a que le temps nécessaire pour s'habiller.
mire MACKDOiifE. 191
Il Êiut que je sorte, cest tout simple.
Je monte chez, moi, et j'appelle Georges. Je ne suis pas connu à Beauvais; je vais conduire une femme qui fixera tous les regards; je suis bien aise de ne pas trop la -déparer : je choisis ce qu'il y a de mieux dans ma garde-robe de campagne.
Vouloir se foire juger sur son habit, c'est avoir une assez mince idée de smmême; c'est user d'une ressource bien ordinaire ; c*est être la plate tfopie de plus plats originaux. Mais, après tout, sur quoi jugerait-on un homme qu'on ne connaît pas, et qui ne peut foire valoir im peu d'esprit , puisqu'il est réduit à écoHter,' sans pouvoir répondre ?
Ma foi, je dirai comme tant d'autres :
Oh, mon habit, que je vous remercie!
- Sophiç est parée, très -parée. L'amour de Dieu s'accorde fort bien avec Tamonr de soi. Ces deux amours -là n'^n font peut-être qu'un. Peut-être
îQa UNE MAGKDOIirC.
n'aime-t-on Dieu que par le besoin qu'on croit en avoir, ou par le plaisir qu'on trouve à aiiher quelque chose.
Semblable aux rois, il est rarement aimé pour lui-même.
Caroline aussi a fait un brin de toilette Elle n'est pas mal du tout cette
Caroline A quoi vais- je penser?
Nous partons. Je m'aperçois bientôt qu'on nous remarque, qu'on nous suit.
Les jeunes gens de Beauvais sont connaisseurs, et je les en félicite.
«^0h, la jolie femme, dit l'un; char- » mante, céleste, répond l'autre». Ces exclamations sont jetées à demi -voix; ipais de manière à ce que^Sophie ne perde pas un mot. A Beauvais , comme à Paris, un jeune homme sait qu'une jolie femme pardonne aisément à l'imagtnation qu'elle exalte. Moi, j'étais enchanté que le suffrage universel justifiât mon choix. Je cherchais à mettre dans ma démarche l'aisance d'un homme du
grand
num JdAG£DOlK£, t^S
-gr^ud moBtde, et je crois qtie j'annon* çais/ malgré, moi ^ la fierté d'un con«> quérant.
1 ; Comment donc ! les femmes s'en n^élent aussi ! Elles paraissent même Iqnet avec franchise. Des femmes rendrai. : franchement justice à la beauté!
Sophie est donc bien belle, ou les femmes de îBeauvais sont faites autrement qu'ailleurs.
. gt moii ^ussi j'obtiens ma part d'éloges jlohi^c'^t bien fort J'entends mur* .murer derrière noue ; Oh, le joli coufie 1 qu'ils sont bien assortis ! quel dom- .mage s'ils n'étaient aiïiaifs ou époux!
Sophie rougissait jusqu'au blanc des yeuKt.J^ seotais.que je me tenais plus .droitqu'à l'ordinaire. * *
Nous entrons à là cathédrale. Mêmes murmures, mêmes signes d'approba* tion^.On s'écarte, par un mouvement naturel et général; on nous ouvre un passage. Peu£-<âti?e ces prétendues mar-
394 ^^^ KAtUÉDOIHfi.
ques d'àttentioG 9 cet honitiiAjg;^^ c[iti4lie parait iu volontaire, û'exprimeiit^ls t|^^ ces égards qu'on accorde si faôtleiilékit à des étrangers à qui en veut dcmiier une certaine opinion 4e spA tn'bànité.i...
Mais non. Mous Voilà assîs^ et cm demitercle se fonsne ^devimt ticms^. Les jêiâi<e6 gems qui nous suivaient ^ placent vis-àvis de Sophie. Ils la teg^difêk..u..... il^ la regardent!
A «travers quelque^ voiles tx^ès^ailrs...
Ce meuble-là h été imâelgibé &»lb ^damb pour cacher les tidè^ «îaisiMintes, et tifÈtflre, t)ar tin ireâet faeureutiL, sMi tenM ipassé ou refait, le p^âvôh* de lfedi*e^|M9- ^es dopes d'un moment. Le% feMtt^ 90^ le retota* entendent kurs Intérêts:
elles otlt fait faire ces voiles as^éis t^^ «rfae», pow qu'Hébé'élie-méïhe cotiSignte 4l eacrifiek* au luxe uoè partre de ses ^avantages, et quand là* mamati ' gagne «en proportion de ce que peiid ka :fille, 4:out est à-p'6tt-prèségaifc*.ii-- A travers
U3CE MAGÉOOnrE. 19^
àonc quelques vmhn très*clairs^ je sut^ {Hreaaisides if«ux COI» tamment fixés sur moi. '<j€S yeux -là 9:yaîent-*ils qiuu^nté 9kM^ >n-en avatenUils que ^ingt, ti'im«»
porte; H «est toujours flatteur d'in^irer it riotérét.... Ah, mon Dieu ! je crahrâ bien que Tabbé Àubry ne soit écouté que de Sophie, qui peut-être eneore n'en aura que Tair.
Il parait;ûl commence. Petit, maigre, dans lorgane, ^ans noblesse dans son daéhit^ homme de beaiïcoup d'es^prit^ mais itoujom^ au-^ desjiôtiB du sublime qw convient à la -chatte, il tne psffàît yakso: moins que sa ittéputation. Des réiMdjrtians ! Hé^ne tsi^'en Mt^ûn pas à Pans oomme on Veut:? ^o^fez là belté littKNsadière et 1^ C>$|[vdi4lions.
11 pvéche BWt i'd continence. Et moi «iwsi J'ai prêché la continence à Claire :
poisse ràbbé ^tibi^ ia.pratiquer mieux (pnem^it - ^ ^ Il M, Eni i U ttoas -a 4odnë âa hén<édic^
igÔ UtnE MAOÉDOINC.
tion d'un petit air atâez leste; lioqs noua levons, et nous voyons, dans uu banc en face^ de la diaire, Tévéque de Beau«^ vais, qui ressemble .un peu aux vieilles filles , qui V nje pouvant se marier, se eonsojent \en faisant des . mariages. Il avait marié madame de Mirville; il la reconnut d abord , et la sidua avec des marques de considération qpi n'échap*»
pèreut ppijPLj: à l'auditoire. Une femme çbi^ruiante, qui parait riebe^ et qui est considérée de monseigneur! Nous n'a* vions obtenu jusqu'alors que des élogei^ en nous approchant du baiu;, nous repeyio^ de droite et dfi gauche de gran-»»
^63; réyéreûjçjBS,, ,que nous ne pouvions r.énij.re qu'en gros. I^ peine avions-nous s^lué m.Qnseignç^u' ) que son banc fiit entouré de ce qu'il y avait de |>lus distingué dans la ville^ le ne sais quelle p^rt s'attribnj^ Icîpréh^t .dans tét empres^ sèment général; mais je sais certai^ que §aphig jgn.itai^.rujoiquQ <>l)jet. U
ITNE MACÉi50I]NrÊ. iTQ^
est si naturel de vouloir connaître si la douceur de l'organe, si la' fraîcheur et 4e charme des idées répondent aux grades Me la personne qu'on voudrait bouvet* accoinplieS
Monseigneur nous fit l'honneur de nous cngag»* à dîner. Sophie me re-^ garda d'un air qui voulait dire : Qu'en pensez-Tous ? Je n'aime paè les dîners, qui m'honorent, les dîners théologiques surtout. Je tournai à monseigneur un compliment qui parut lui plaire bestib»
coup, quoiqu'il servît d'enveloppe à uii refus -positif. Je surpris un sourire d'approbation siff des lèvres voilées et non voilées : ces dernières sans doute n'étaient pas les moins fraîches^ et je sortis du temple du Seigneur aussi, vain que le prédicateur qui venait de prêcher; qu'une^vieille coquette à qui on adresse quelques douceurs; qu^iin jeune officiel^ qui prend sa première épaiilette; qn'uii avoué dont le mémoire de i frais n'a pai^
igS rivB :vÀciDorm.
été réduit par la chambre; qu'un petit abbé qui a opéré une oonrersioo; qu'un vieux niari qui se croit adoré 4e sa jeune femme; qu'oo' pauvre hàur néte homme qui a reiii$é la îonmi* ture d'une, armée; quun auteur qui vient.de réussir; qu'un sot qui se croit du mérite; que toute. une société Ctté* raire; qu'une femme autear; qn-un co* médien, etc. etc.
Nous sommes remontés dans notre calèche, et je presse Baptiste d'avancer, pvce qu'il £iut prévenir une scène iné^ vitable , si le rôti est ftfAd ou brûlé..
Msfdemoiselle Caroline est sur le devant, et je ne peux adresser un regard à Sophie qu'il ne soit intercepté. Â r stvh berge que nous quittons, Caroline allaiil et venait par la chambre; sa' présence n'avait rien de trop/incommode>^leesft trop près ici. Elle me gène, elle m'emn barrasse; jeme sais qudUe contenance prendre^ Oh, quand nous serons am
van KÀCÉDOmc. t<fçy
qhâteau , je la ferai reléguer dans sort c^ine 1 1) ck'y a plus de robes à arran^r poiM* Sophie*, rien à Êdre pour la com-^ te^^^ Ch^çu^ Sieira à sa plaée.
^ Baptisti^. oubUe dé temps en temp<( qu'il est cocher. IV r^arde ce qiii se passe dans la calèche.» ... No» ^ c'est Caf*olîne qu'il veut voir. Le coquin ne a^anqivs, jaa^^kia de TaYertir du coude qu'il va $e tourner; Caroline ne manque jap^is çte saisir le ioomeirt le le saisis .
aussi^ i^oi; j.e presse la main de Sophie $ur K^w Qc^w; t)ouA le mopi^ est occupé.
Le*S<%^^Oip^^$âïWt de Bapti$l)e cjsrt l^t à mo9\ ^:^^^t^e : je^iïi pardonne celui-^.
Il fapS çuelesijl'euii de Caroline aient * bîen.diuf^M»e^ car'.ceux de Baptiste SQ pwt^t cfimtiiiue^leinèBit du ehemia ^ Ç^^lin^^ eib de Grarolinc^ 90 chemi»w....
Pw. \ vfsk caboty^ tpAi le fait 'Sawter dv fi4%e 9W*le .pa¥é-.«. €rao^ 1^9 ohevauE qiii $-elSr^at, <p3à ^'empDf^tenit...' ÉOal Caroline, qui feint de trenibl'er pour
:iOO VtTE MACtDOlIfE.
elle-même, qui craint pour monsieur Baptiste, qui s'élance , et qui entraîne les rênes après elle.... Que diable, n^tmt^ ils pas aujourd'hui, demain, après de^ main pour se Êiire l'amour.....:.. Il me convient bien de to*ériger en modérateur des passions ! '
Me voilà seul avec Sophie , et j*ea suis enchanté. Si la voiture verse ,- je la prends, dans mes bras , je m'etpose
à la vioieuce*de la chute.. • Me voîià
k terre; j'ai reçu le coup. Je me suis cassé un braf,ou une jambe;- maïs j'ai épargné jusqu'à une meurtris^ré à l?oI> jet :qiie j'idolâtre. J'en serai plaint'; je ' )ui -serai plus cher; la reconnaissance se joindra aux saiitimens qui^nt le bonheur de sa vie; ellèt ' cédera iatol>le« 3Qin de soulager un cœuir (|ni né^pôlûfrà plus 5uâire aux sensatiônsiidoirt il sërï surchargé;! ellci ih'époHsera ; elle s*èn applaudira,' parce^qùe je s^râi ^^ètijours digne d'elle;*-!] y-l '^ i-'i i' ;» ,-: Iwh:.
Bahl rien de tout cela. Une oie est toujours une bête, et un cheval de charrette une rosse. No& <Jeux niazettes, qui couraient à tdût rotifiprey s'arreleni tout à c<Map sur ie*evers dû fos^é4 et s^ mettent à paître avéd la'^rdiiqfiliflttié • et ' là gourmandise du roussin de Sancho. Je descends : je relève les rênes, et je vois derrière nous mademoiselle Caroline et monsieur Baptiste, bras dessus, bras dessous, tout à jeyys^ affaires , et s'in-
quiétant fort peu des miennes Ma
foi, k leur place, j'en aurais fait autant.
Sophie voit tout, sans se douter de rien : les anges ignoreraient Texistence .
du mal, s'ils n'avaient été témoins de là chute du mauvais génie. Mais*Sophie s'impatiente; elle appelle, elle gronde doucement sa femme de chambre. Moi,
je n'ai rien à dire à Baptiste Depuis
qu'il fait l'amour à Caroline, le drôle l je paritt^is qu'en im quart d'heure iU a plus avancé que moi depuis notre
103 VMB ITAOBOOISE.
départ de Pacî&. C'est nne Jbien bdlê cbose, une dMse bien respectaUe que la vertu,..;. Le plaisû;iie faut-U pas mieux?
Oh, non, non» L'abbé Aubry yi&A de nous assurer le contrake. Le prédicar leur à la» made ne se tzwnfir jamais.