CHAPITRE VIII
La Caiomnie.
Du Reynd éuît en vedette snr le balcon, tremblant sans doute pour le dîner.
B tient au* devant de nous d'un air riant; il présente la main à Soj^ie.
«Vous aviez eiicope une beure, nous ]iditr-fl; mais s'il 'hnt que quelquun » attende, il vaut mieux* que ce soit » TOUS que le chef i». Nous cberchâmes la comtesse; personne ne put nous dire où elle #aiit : -J6 crus fort inutile- de demander Soulanges. Sophie ne cessait de répéter qu'^elle voulait; leur donner fo boojoiur à tous dettx. le la conduisis partout ou j'étais sûr qu'ils notaient pas : pardonnons une Ëi'd>le9Sf à qui sait être tolérant l^es méchans seurU x^'ont pas le droit de fiûUîr.
3o4 vm jrACÉDourE,^
Ils reparurent enfin. un peu chiffonnés. La comtesse sourit, en me voyant; elle rougit en regardant Sophie. Prédicateur et prédication à part, la vertu aimable a un ascendant auquâ il est impossible de se soustraire.
Nous étions tous cinq assez contens de nous et des autres , et nous nous mimes gaîment à table.- Jamais je n'ai vu du Beynel d'aussi belle humeur. Il est vrai q(ie tout était assaisonné et cuit à un degré de perfection auquel le meilleur cuisinier n'est pas sûr d'atteindre deux fois dans l'année. « Messieurs^ nous » dit le gros garçon, dans son enthou- » sinsme gastronomique, lésions aiment » le termon; les autres, je ne sais quoi} » moi, j^ai la passion dé la célébrité, et )) pendant les cinq à six heures que j'ai » passées seul hier et ce matin, j'ai nha«^.
j> giné, j'ai créé. un plan^..... — r De forti- »fications, d'attaque > de défense? ->- » Bien mieux' que cela, mon cher Soii«
VISE MACiBOI^E* Qto5:
» langes, -r Mieux que Cela! vous éclip- )» serez les plus . grands ' hommes de » France. — Je le sais bien, parbleu. Je «perds de réputation les frères Proven- ^i^s^ix ; i'of^e; à la , sensualité unèt réù- «t^ion 4e m^ts^iju^ooitirà encore 'vvué ttxiullci part. Voici le nlenu du .repas »de noces d'Ëustache. Les yieillards 9 eu perleront avec admiration" à leurs 9 arrière-; petits fénfans. Écoutez bien»/ Il tire de sa poche et déroule une longue bande de.papier, il lit :
Horsrd'œuvres,
.Beurrte et sardines de Bretagne; .andôuiUèltes de t%â/6/ii;^ anchois, olives, thon mariné dQ^MArsefille; saucisson (le Lyon; huîtres de Cancale.
Potages:-
. A ' la. julienne y am berh^s^; nit riz , au veçmw^le* . J : ;;
9o6 uidi Mkcàwyvft^,
Vingt livre» de bqeuf de Poùiert.
Moutarde de Dijon*
Entrées.
Tnrbot de Dieppe; oie fercie d^d^ bnfon; anguiUe êfjéimiens'; pîfed^ de oochon de Sainie^Menehouli ; chapon de Boûrg en Breàse; saumon de ébblentz ; terrine de Nirac; pâté de foie gras de Strasbourg; pâté aux perdrix truies ^jingouléme.
Rôtis.
Dinde aux truffe^ de Térigueux; rognon de veau de. Pontoise; coq-vierge de Bolbec; perdrix rouges du Qju^rci.
Entremets.
Galantine d^jingoulême ; écrevisses de Dijon; macairaai» de Bergame; gâteaux d'amandes de Pithiviers; tourte à ta frangipane; tOorte à ta gelée de
groseilles; tourte à la marifn^dé d'à-
VV1R -xk^^owami ^k>7
bnootsi^ toiute à la, gçlée de p&mmes é^ Rouen. Ces quatre deniiers arlides' àc ch,ez Rouget.
Éj)wie*-^toetfe dé -flû^r; fruits secs de BtSgnollès; fromage de 'Rdquefbrt; figros dé Marseille; mirabelte de Me(z'; t^tsAnét dèi^/pfgTian; J>oîrjes-tapées dii Ëimoâih; pranefitqx de Tours; dragées dte f^erdun; confiture àe\Di/d/i^; paiii d^pices de /{éi>7tf; fruits en pâte du F'^de-Dâme; Tingt assiettes de menue pâtisserie de chex Rouget.
De BeaunCy de Tonnerre, ait Pomare y de Vfmgjpoty de /« Romanée^ A'jii, d^jérbois.
Liqueurs.
He Jfk^^ de GHnoKe, de jlfoii^-
ao8 niTE SCACEDOIITE.
pelUer^ de Niort y délVtmesydé Ver^
duTiy de Bordeaux.
« Observez que je n'emploie que dj^
31 productions indigène^ : il est d'un
» citoyen,. 5!^ faire valoir celles dje son
» pays. Que serait-ce si, comtne LcH
» cullus. j'avais mis à contributipn les
» trois parties du monde, a|ors conpu?
» Que, diriezr vous ^ si j'avais- tiré de la
»<p)atrièmô l'anana^', .le melon ^d'eaiï,
H le rhqm , le rack , et- la rosée h^lsa-
» miqpe des respectables successeurs
» de la veuve Amfoux? — Je dis*, iHon
» cher du Reynel , qu'à vous seul vous
» êtes capable ae donner une indiges*
» tion à tout un régiment. — Madame
i^la comteipse, Ven a pars qÙi veut, et
» après le ptaisîr de se l'être donnée ,
» vient celui de la guérir avec du kirsch
» de la Forêt-Noire, et le meilleur thé
» de la Chine.
- « }'èn voie pâlir le premier ceiirrier nion
UNE MACÉDOiwr. aog
)» admirable liste à mon marchand de 1^ comestibles de Paris > il £aut lui don^ » PW le temps de se pourvoir »i : : Le: menu 4u repas de nocfes ^d'Eusta- €k|0'liou$ amusa quelques instans. lïous <t^tîqu4liies; un peu le^ gros garçon :
fî^est le ipqyen tTentretenir lé nod>ie feu 4'an aiiteur. Soulanges lui dit. qfue des 9PclQuiUetté9^ne, sont pas bor&^d'ôeuvresr l;çgûj|itai .({lie la galaiitine ti?est pas en-^ tTÇ|fï>ets. !D'u Reynel trouva trente rai- $ôus jpour «maintenir sa galantine et ses»
aJidouÙtcrttesii.Miwi'Il était :éqit dans tè livri^du deëtie que le dîner ilniqùe.ne figui:ei!ait. que sur le papier.- . = : : i ' . ^ Ai pffppos-5 -dit la comt^esse^ sriYâiî* » yous.^ce qai é^t arrivé pendant votre » voyage d^.Bieaiivais?* :Fanchette :est » partie, plie , m'^a . écrit, dt la première » poste quelle était désespérée de ipe » qiâtter;. miais qp'ellç y ;était Coycée par » il^es r^c^s de la plus liaute impor^ » tance..^;. ».. J'étais sw les*épiaes. Je
II o xnm MJLctDotlfE.
sentais qn'il était impossible q&e je ne me décelasse point, si on parlait plus long-temps de Fanchetle. Sophie mar*^ qua de rétonnem^tt, mais ' en quatre mots, et Soulanges pa^rla d'anti^es gImm se& Les grands oublient siTite les p0tits(
Kous aUîons qilntter liar table^lorsqup La! Roche apporta, les^jotimau^ et les lettres du jour. Chacun prif tes siennes , et. je vis Sophie pâlir,; rougi)?, ^ntpar" courant rapideifDent œUe qn^elle yijnail d'ouvrir.' Je ne m'alarmais pas tr(!>p : je pensai sinipleiteilt qii'ilétait avi^îné quelque chose de fôcheux èi quislqù'un de sa connaissance : qlle est si' aimante î Bien- %ot elle laissa tomber laî lettre; sui la tablé; sa physionomie dev«^t j^xe;* ses yeux *à-attachàrént aa plafoûcV; :deux riiîssettcfs de iàrmes s'éfihrrifent
Je me Iève;pt*écfpitatttïftént-^je cours
à elle «Sbphiê, taH ébèrer Sophie ,
»qti*avez-vous ?...;..;. Hegafrd^'Ahoi; rép pond6£*«moiJ.... Piar grâce, répotidez-^
VHB HACEDmim. an
» moi. Ou'avez-vous »? Elle me mpntre dii: doigt cette malheureuse) lêttre^d^^a^ft
m:'autortser à la lire «Les soâéftatlS'!
» les monstres ! je les obmiaîtvaîi'Le'C^dr ^tîraent sert terrible »! ; *
VôUà ce que lui écrit sa mètô T' , «Votre Teuvage vous rend at| fond maîtresse de yoos-méme. Mâii^ toutes les femmes , celles de votre âge su)> tout, ne sauraient mettre trop de cir^ conspection dank leur conduite; jamais d^ailleurs eHes ne bitavent impunéftient Topûiioni Cki dit partout it;i que vous êtes allée vous cacber k k CBitripvi^w avec iin de» pin» beaux hommes iAt Paris; que vous avez passé ensemble une nuit tout entière dans la forêt d^ Chantilly ; que vous avouéa^ hau^ment ViAcUoatioa qu'il vous. a inspirée; qH^ v>ous lui prodiguez, même eq pubKc'^ des caresses que réprouve la décence.
» Je to!^ flatte que ces imputations»
dont j'ai été instruite la dernière, selon
ai 2 ri^c TliiACÈDOivM.
l'usage, sont au moins exagé|^es. Ce^ peo^ÂHit il est vraisemblabie que vous !avf» Eût qjiekjue .knj)rùdencey et on Veiit'^ en pii(afiter>poiir vous perdre de réputation. 3'igripre quels sont vos ennemis; mais il £àut leur imposer silence en ^reparaissant dans le monde V et en y tenajpïjiïne '^contluite irréprochable, il aime à croire ce qtiL flatte sa malignité; mais il revient facilement sur le compte 4*une jeune et jolie femme, à qui on n'a rien de positif à reprocher. • - »Si j'ai conservé sur vous quelque ^mpife, si vous avez pour moi un reste d'affection, vous partirez^ aussitôt Je l*eçevrai ma fille avec indulgence, si elle avoue en, avoir' besoin ».
p. Mon sang bouillonne. ma tête s'é*
^are^ je ne me connaîs plus.: Je vais à
Sopbic; je m'^eo éioigne, à l'idée du tort que je lui ai fait f: que je peux lui faire encore....... Je tombe au^ geifoux de la
comtesse > je la supplie, je la CQiïjure