UNE MAC£D01«E
» driez. Moi, je Taime de tout mon cœur, ^ parce qu'elle vous aime, parce qu'elle ^^ » s'est attachée à vous par la reconnais- "* V sance. Combien elle est digne de tout
» ce que vous avez fait pour elle!
» A propos, je vous dois mille et mille » remercîmens. La tirer de l'état de do- »,mesticité, lui assurer un sort indépen- » dant, uniquement parce qu'elle a paru » me plaire ! porter la modestie au point » de la faire partir secrètement, pour » vous dérober,, selon votre usage, à » des éloges bien mérités , et m'établir j» votre légataire, au moment qù vous » alliez mourir pour moil..... Les trésors » de l'univers ne m'eussent pas conso- » lée de ta perte; mais cet acte de géj) nérosité ne me dit-il pas que ton der- » nier soupir eût été pour ta Sophie ».
Elle m'embrassa tendrement, si tendrement! « Je ne dirai plus rien à mon » ami : les médecins défendent de lui » parler. Mais pouvais - je résister au
4 2 rNE MACÉDOINE.
» besoin de lui adresser quelques mots » de consolation et d'amour » 1
Fanchette étendit les bras. « Il a par- » lé, ma chère amie; il a parlé distinc- » tement , s'écria Sophie. Il vivra pour » moi, pour jouir du bieii qu'il vous a »fait, et que vous méritez à tant de » titres! Ah, Fanchette, comme la joie » t'embellit! il n'y a plus de traces de » lassitude sur cette figure-là ».
Fanchette fit un mouvement vers mon lit , et s'arrêta. « Embrasse - le aussi , » bonne Fanchette ; il te doit ce prix » de tes soins». Fanchette me baisa, bien modestement, au front. £lle était rouge comme du corail.
Il est clair que mademoiselle Fanchette a fait une histoire à Sophie sur sa boutique de mercerie , et «ur sa disparition subite du château d'Ermeuil.
£Ue a couvert les alarmes de Tamour du
voile innocent de la reconnaissance ,.
Mensonges sur mensonges ! que je suis
tJNE MACÉDOINE* 43
injuste! Â'*t*U dépendu d'elle de modérer ^es transports , lorsque, sans l'avoir prévenue de rien, on m'a offert mourant à ses yeux, et pouvait-elle avouer le secret de son cœur?
Mais comment Sophie a- 1 -elle eu connaissance de mes dernières volontés?...^.... Ah, Soulanges aura donné à Georges la clef de mon secrétaire pour y prendre de l'argent Sophie était à rhôtel; le papier, roulé dans l'anneau du tiroir, Ta frappée : elle Fa lu. Me voilà au courant.
Je passai trois jours encore dans mon Ut, traité en véritable en&nt gâté. Fanchette, enhardie, donnait, à ce qu'elle appelait la reconnaissance, autant de baisers que Sophie à l'amour. Je parlaispeu; on me répondait longuement, et toujours pour me dire quelque chose de doi^x ou de flatteur. Mes petites sœurs, elles-mêmes, bien dévotes, mais gaies comme la folie décente, reraar-
44 tlNE ÀIACEDOÎNIS.
qiiaient en moi certain air de langueur qui in'allait à merveille. Si eltes l'avaient . osé) elles m'auraient baisé aussi.
Une fois, au moins, dans la journée, Soulanges et la comtesse venaient ajouter à l'enjouement général. Soulanges ne paraissait pas croire beaucoup aux baisers de reconnaissance ; je surprenais quelquefois certain sourire en-dessous, qui confirmait mes craintes à cet
égard Fanchette, dans les premiers
momens, aura mis son cœur à nu ...
au reste, je peux compter sur la discrétion de Soulanges.
Je reçus le jour suivant une visite à laquelle je ne m'attendais pas. Je vis entrer dans ma chambre, Claire, Eus- ;. tache, et leurs parens. Ils me trouvèrent dans un fauteuil, et leurs figures rembrunies s'épanouirent à l'instant Je reçus les félicitations et les embrassants de ces bonnes gens : celles-là étaient bien à la reconnaissance.
UNE MACÉDOIE(£. 4^
Fanchette leur avait écrit que s'ils voulaient revoir leur bienfaiteur, ils n'avaient pas un moment à perdre : ils étaient accourus. Le mariage devait se £aiire le jour même.' « Mais , me dit la » petite Claire, il n'y a de plaisir pour 2> personne, quand on craint pour mon- » sieur. Nous avons remis la fête, pour » venir vous pleurer , ou nous réjouir » près de vous ». Dites-moi, messieurs les spéculateurs, placez -vous souvent de l'argent comme cela?
ttMes amis, votre bonheur ne sera » pas différé. Mes yeux , fermés depuis » plusieurs jours , se rouvrent au sou- » rire des heureux que je vais faire.
» Bonne petite Fanchette, où est Geor- » ges? il me semble qu'il y a long-temps » que je l'ai vu. — Monsieur , il s'est »'mis à la tête de votre maison. Mais » il vient, ou il envoie souvent savoir j) <;omment vous êtes, — Va le chercher, » {;.ustache. C'est le moyen de l'avoir
V plutôt : uo amoamix de tOD âge • aroir tics aiks X.
Je demandai bîcn bas k Clûre si eUe s'était encore perdue depuis mon départ du château. Elle répondît mm :
ses Tenx disaient ouL
Mes docteors entrent en corps. Ib prononcent gr av em ent que Tart m'a sauvé Je croîs que la nature a &it au moins autant que Fart Ah^ laissons* leur le petit plaisir d'annoncer partout la cure merveilleuse.
Mon régime est changé. On me permet un riz au gras, le blanc de poulet et deux doigts de TÎn généreux. J'ajouterai quelque chose à cela de mon autorilé privée : je me trouve en appétit Il y a beaucoup d'analogie entre les médecins et les confesseurs : tout-puissans sous la Êuix de la mcHrt, à mesure qu'elle s'âoigne ils perdent de leur autorité; il ne leur en reste bientôt que l'espoir de la ressaisir à la première occasion.
Ah, voici Georges. «Mon vieil ami, ]> vous allez conduire toute cette famille » dans un hôtel garni , où vous les lo- V gérez convenablessent Vous irez, rue » Notre - Dame - des -Victoires , arrêter » une diligence entière pour Beau vais.
» Vous mettrez dans les coffres les pro- » visions nécessaires pour un dîner de j» noces de campagne , et demain vous 9 ferez partir ces braves gens^là. Ah, le p lendemain du mariage, Servent, sa D femme et ses enÊins viendront s'éta- » blir à ma maison de la Chaussée d'Anixtin. Servent ne sait pas encore ce que » c'est que garder une porte ; mais il >> ne &ttt pas bien du temps pour ap- »|xrendre à ne rien faire, à brûler le 9>bois et Fhuile du propriétaire, et à » répondre : Moniteur est visible, ou il » ne Test pas.
jÊ Après demain y vers onze heures , }y je penserai qu'on se marie là-bas^ et )».pensers de B(iiajFiQ.ge ont toujours quel-
48 UNE MACEDOlKE.
» que chose d'agréable. Je verrai d'ici le >» diner, qui ne vaudra pas celui qu'av&it D arrangé du Reynel; mais un repas est D toujours bon , quand il amène les ta- »pes sur Tépaule. N'est -il pas vrai, )) Eustache ?
» A propos de du Reynel , pourquoi » donc ne l'ai-je pas vu? Monsieur, me j» répond Georges, je n'ai pas cru néy> cessaire de dire à tout Paris que vous » êtes chez mademoiselle Fanchette ; • » mais tout Paris s'est fait écrire à votre » porte.
» — Adieu, Claire, adieu, Eustactie; » adieu, Tachard , adieu, père et mère » Servent; adieu aussi aux petits frères...
» Ah , ces pauvres enfans paraîtront-ils V à la noce comme les voilà!' Georges, j> vous les ferez habiller sur le quai de » l'École ».
Vous jugez bien que je recueillis encore quelques bénédictions. Mes petites sœurs voulurent savoir pourquoi on me
bénissait
UNE MACEOOIire. 4f)f
bénissait. Fanchétte leur raconta avec beaiicoiip d'emphase ce que je vous ai dît trèis-simplement, et pendant qu elle contait, je prenais mon potage, je cro* quais l'aile de poulet, une aile tout entière, ma foi.
Hé, mais, les petites sœurs, enchantées du récit de mademoiselle Fanchétte, me bénissent aussi. Elles prétendent que j'ai tout ce qu'il faut pour faire un saint, a La canonisation le plus tard possible , » mes chère^s soeurs ».
J'ordonnai, j'exigeai que Sophie, Fanchettff^et une de mes religieuses s'allassent coucher. Elles résistaient : je déclarai que^je ne me coucherais moi-même que quand elles seraient sorties. Elles cédèrent à la crainte de me voir abuser de mes forces renaissantes. Sophie ^voya chercher un carrosse de place; elle offrit un lit à l'fine des sœurs; Fanchétte se retira, je ne sais où, et je iif. 3
6o V1XÊ, MACI^OflfE.
restai seul avec la petite sœur Elisabeth la plus jolie des deux.
A ta manière dont elle s'y prit poua me désha,)>iller, il fallait qu'elle eut mi< haute idée de ma sainteté, ou fa conviction intime de mon impuissance. J< remarquai, moi, qu'elle avait tout a qu'il faut pour damner un élu.
Je dormis fort bien, quoique je ftissi auprès d'dne très-jolie fille. Mais je m'a perçus le matin que le diable et le vii de Beaune ne tarderaient pas à agir^.e qu'il était temps de congédier les pe Mes sœurs, si je voulais me conduir esi bomme à principes. Je résdms d rappelerCeorges : une figure de saixanl ans est pour moi i» plus pui9#sint dci
tnn. ttAGÉDoivf. 5i