‹ Une Macédoine 4 tomChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Rëman cbgtponomique.

•ToTTT é'use, tout passe, jusqu'à Mes- "tBner, Ténaigle et Gall. Cette belle chaleur du sang s'afiPaiblit; ces émotions -voluptueuses se dissipent; les plus doufCea, TComme les plus brillantes illusions, cèdent à la voix impérieuse du besoin :

î*tinibitieux dort quelquefois; les amans tons les jt^urs plus ou moins cependant.

• Tl était tard quand je m*ëveillai. Sou* langes était déjà dans une bergère. Il attendait mon réveil , un livre à la main. «Il me semble, mon ami, que » TOUS ne perdez rien pour vous endor- D mir après les autres. J'ai demandé le » déjeuner. Un convalescent doit avoir n appétit en ouvrant les yeux. — Supé-

ia4 IINE MA.C£DOIB£.

» riçurement pensé , mon cher Soulan- » ges. Allons, je vais me lever- Geoi^es?

» — Monsieur? — Habillez -moi

» Qu'est devenu l'habit que^'avais hier?

» — Mon cher ami, vous n'avez plus » ici d'habits, de culottes, ni de dia- » peaux. Je me défie de mon sommeil, »je vous l'ai déjà dit, et j'ai .envoyé

» tout cela • — Où? — Je vous le di-

» rai quand je vous rendrai la liberté* » — Voilà qui est un peu fort. Georges ,* » où sont mes haliîts ? — Voilà , mon- » sieur, des pantalons, des robes de » clfembre du meilleur goût, des bon- » nets de coton , des madras , des cas* » quettes. Monsieur a de quoi choisir.

» — Où sont mes habits , vous dis-je ?

» — Je l'ignore, monsieur. — Vous mea- » tez. — Monsieur de Soulanges m'a y> fait faire une malle, m'a envoyé cher-

» cher. un commissionnaire; j'ai, aidé "k «charger la malle; monsieur de Sou- » langes a glissé une adressé dans la

tSE màcedoiite; 1^5

» main du porteur, il est parti. — C'est «bien joué, très -bien joué, mon cher » Soulanges. Mais, puisque vous atta- » quez, je peux me défendre. Des pré- » cautions aussi adroitement prises pi- «quent mon amour-propre, et m'invi- » tent à les déjouer. Nous voilà en état » de guerre : tenez-vous bien. -^ Oh, » c'est ce que je compte faire. Déjeû- 2> nons , mon ami.

» — Ah, mon Dieu! mon por-

» trait !.....•.. ce portrait chéri, qui me

9 tenait Keu de tout qu'en àvez-vous

» fait? Je ne supporterai pas cela, par «exemple.' — Mon ami, vous dormez » aussi bien que moi : je l'ai détaché , ^ sans que vous ayez donné signe de » vie. — J'espère , monsieur, que vous.

» allez me le rendre. — Je vous laisse » le choix entre deux partis. Vous vous » contenterez d'avoir quatre fois par » jour le portrait à votre disposition, et » pendant cinq minutes Jl|^@fque fois ,

tik^ mm MxcÉnoiam.'

» ou je le renvenraii à madame de Mir^

3> viHei ; — Vous ave9 une fiireur de fcire

)^ des réglemens ! et vous saveafr cota-«

» bien de temps ils durent. — « J'ésilends.

» Quand vous, tiendres Wportsnit, ycms » ne vous en dessaisirez plusr Mai» je » le reprendrai demain matin, et sans » pitié je le ferai disparaître pour quinze 1» jours. T— Cette nenace me ferme la «bouche.* Allons, je recevrai de vous » le portrait quatre fois .par jour, et je i> vous le rendrai Êdèlement. Déjeunons.

» — Déjeunons.

» — Le portrait, mon ami?. — Ce por* «tsait et une digestion facile ne s'a€« » cordient pas. — Vous êtes un tyran , » un tyran inexorable. — Pour que de j» grands mots produisent leiu* eff^t, il » feut bien se garder de rire en les pro-* » nonçant Prenez.- vous encore quel-* »que chose? — Le portrait, si vows^ » voulez me le dcmner. — Oh , le bel 4 effet delrilÉre ! Observez donc, mon

UHB ÙâCÉDOTBÏL ÏTkJ

j^smn^ ces rayons qui jo»eQ|^à travers «les -masses de tos maronniers. *— Béy A mon ami, j^aî t^nt vu le soleil! *^ 1^ Passons, sur ce balcon. Jouissons de ]^Ea fraîcheur de la matinée. — Son- * langes t vous voulez me déUmmer de 9 racm objet , et vous vous y pr^ex » gauchement Je connais tous les ré^ j»btts qui entrent dans la fabrication ». d'une idylle, la nature, la campagne, »les oiseaux, les coteaux, les trouj» peaux, les pipeaux. Tout cela ne vaiil »pas Sophie, ne va^ pas même son > portrait

» — Ce jugement est un peu hasardé.

\ » Madame de Mirviile est charmante, iisan$ doute, comme la rose qui est 9 éclose bi», et qui se flétrira à midi.

» Madame de Mirviile et cette rose se« »ront renvplacées par d'autres fleurs M dont on admirera nn moment Téçlat^ » dont on savoorera un moment le par- » fiun,^ et on ira ensuite cultiver la fleur

laS UTfE MACÉDOINE.

» nouvelle qui aura succédé à celle-ci , »*et qui Tatira fait oublier. Mais la na- » ture, toujours jeune, toujours forte.,..

» — Mais le papillon, qui suce le miel » de la fleur, vieillit et meurt avec elle.

» Ainsi tout est égal entre eux sous le » rapport de la durée. Mon portrait?

• » — Qu'appelez- vous, la durée? Le » temps existe en effet, pour une por- » tion de matière organisée, d'une mo- » dification à une autre; mais pour l'en- » semble des choses , il n'y a pas^ de » succession. — Ah , vous voulpz m'en- » traîner d'objets en objets, d'une dis- » cussion à une autre. — Ce grain de » sable sera peut-être verre demain; le* » verre sera cassé apr-es demain , et il » serait plaisant que le grain de sable •» et le verre voulussent avoir leiir al- »manach, non d'un an, d'un mois, » d'une semaine , mais -un almanach à » secondes, et qu'ils prétendisssnt hie-.

» surer le temps à l'univers , d^aprèg

UNE MA.CÉDOI5E. Iig

» leur ei^stence d'un jour. Voilà pouri> tant ce que nous faisons , nous autres n) grains de sable, qui, semblables à la «boule de neige, que grossissent les » enfans, roulons jusqu'à ce que le dé- » gel restitue à 4a terre les parties in- ^ » tégrantes de cette pauvre boule, qui » se croyait quelque chose parce qu'elle » était bien blanche ^ et bien grosse re- »lativement à une fourmi. Nous ne j> sommes qu'un point imperceptible , » saillant- ici , s'éteignant là , dans la » foula innombrable de points qui » meurent et qui renaissent sans inter- » ruption. — Ce que vous dites- là est » très-moral, p*ourrait être le sujet d'un » sermon, et n'a rieu de commun avec » un portrait.

» — Ce portrait est un jloint, comme » cette planète que xvous voyez là-bas.

» — C'est Vénus. Croyez -vous, Soù- » langes, qu'on fasse l'amour dans Vé- » nuSt? — Comment, si je le crois! Oii

]» fait Tamour partout où il y a dialeur 9 et mouvement — On ferait iàrbas^l'ar » mour comme ici! — Gomme ici prén cisémçnt,. cela né me pairak pas pro- 9 bable: — Comme ici,, ou comme là , » on. aime toujours bien,, quand on sent j^avec énergie. — Gomme ^vous. -^ » Comme moi. — Vous êtes modeste.

» — . Mais pourquoi avancez- vous, » Soulanges , . qu'une planète grosse » comme la terre n'est qu'ui^ poinJ: dans » l'univers? — C'est que cette terre que » nous considérons comme le pf emier » des mondes, parce que nous avonfi la » vanité de tout rapporter à nous ,. n.'est !»• elle-même qu'un poinf daas l'immeur » site ; c'est que s\; nous pouvions nou5 » transporter sur cette bôuIe , consajo crée , jie ne sais pourquoi ,. à la mère x> des amoilrs , naos verrions dans le j$- fond du tableau autant de mondes en- » «pre que. nous en apercevons d'ici, et » que, si nous allions au dernier de ces

jrittondes, nom 'n'aurions encore de-^ » vant nous que rinfiai "-^ Que l'infini !

rll Êiut pourtant qne tout finisse. — sOui^pour tegraitt de sable, le verre, » et la bdule de neige. Mais pourquoi , » être pensant et orgueilleux, ne voulez- » vous pas que le inonde soit infini? -« » Parce qile je ne conçois pas Tiiifini.

••—De ce fju'un sourd et muet, sans x> instruction , ne conçoit pas que deux:

net deux £ont quatre, s'en^uit-il que » la géométrie n'existe pas? — Les géoi> mètres se commimiquent, s'entendent; »je peux parvenir à m'entendre avec » eux. : donc làf^ométrie existe. Mais M l'infini ! ' «

» — Mon cher airoi, vous êtes bojpné,.

j» et vous voulez que tout vous tesseï»»

» ble. L'aversion que vous inspire l'idée » de la destruction de votre être, vous » fait admetti^ facilement une éterhité- » de choses, parce que vows voudriez «être éternel vous-même. —J'avoue

- Comme la. ^ ' ) .jg toujoHrs bi ? ^ .1 7 J ..

ereie. — ^ i ' / ^ ^

l[f * , lé chaos (

/' .oute nimnr, ni

l3o CDE MACIÎDWSE.

» fait l'amour partout où il y

s et moavement. — On ferait

mour comme ici! — ^*'~* >^ - ^

» cisément, cela ne me gf % W' ^

» bable;

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B avec énergie.

» Comme moi. — J ï j i ■

,>- Mais Pf.^lyl ' '

H Soiilanges ,

» comme la, ;

«l'univerf »'' ^''^on, j'aime miem

B noua r , * - *"enez garde : le chaoi

» de* r -space avec le dérangemen

jyyçff .es choses. Sirvoiis admette:

^p' j^ de l'espace, pourquoi vouloi

„cI»aos? Pourquoi Tordre qui règn.

/jutouf de vous ne régnerait-il poin

, partout ? — Je sens que cela implj

^guerait contradiction. — Et il rie peu

jtj enavoirdansl'arrangementdugranc

» tout. L'univers s'écroulerait sur lui

«même, si quelqu'une, de ses partie

l3a UKE MACEDOIHE.

p que ce système ne répugne pas à ma «raison. — Dites. qu'il flatte vos espé- » rances secrètes, et convenez qu'il n'y » a pas plus d'analogie entre votre fi^le » machine et l'éternîté, qu'entré un ci- » ron et l'infini. Or, si vous, admettez la » première, pourquoi rejeter le second?

y> Le monde n'est pas infini, ëites-vous.

» Que voulez-vous qui le ftrmine? Un «fossé,. une haie, un mur, le chaos?

» Vous ne voulez sans doute ni mur, ni » haie, ni fossé? — Non, j'aime mieux » le chaos. - — Prenez garde : le chaos » suppose l'espace avec le dérangement » de toutes choses. Sj||^ous admettez ', 3> rinfini de l'espace, pourquoi vouloir »le chaos? Pourquoi l'ordre qui règne >%autour de vous ne régnerait-il point » partout? — Je sens que cela impli- » querait contradicj^pn. — Et il rie peut Ji> y en avoir dans l'arrangement du grand » tout. L'univers s'écroulerait sur lui^ »même, si quelqu'une, de ses parties

VTSTE MAGÉDOIHF.. f33

«cessait un moment d'être soumise à » la loi générale. -*- Mais je Ié*crois« — » Le monde est donc infini. — Je le veux » bien. Donnez - moi mon portrait. — » Oh, c'est trop juste. Le voici ».

Sophie n'est qu'une rçse ! Elle vivra ce que vivent les'rqses; elle passera commiielles! arrêtons sa fugitive existence; prolongeons4a ; embellissons* la de toutes les illusions , et que l'amour, après s'être long-temps bercé sur- cette tige svelte/sur ce sein embaïuné, brise son arc et ses flèches. Sophie lui a rappelé Psyché : rien ne lui rappellera Sophie.

«Hé bien, mon ami, vous avez eu y) un moment de calm«; cette tête s'est » reposée , même en voyageant dans » les cieux. : Convenez <}ue les sciences » sont bonnes à quejlque chose, et cul-

» tiyez-les A quoi pensez-vous donc?

» — Aux transports, à la fureur divine, j> qui doivent agiter sans relâche les

l34 PNÊ Macédoine.

» heturen babitans de Vénus. ^^ Et ceux »€le M«MDre, et petit volcan pevda jr dan» f orbite du sMeil ? C'est là que » les amansH^rulent de fenic înextiiigm'' » blés, et que la joaissance ne produit » que la soif de jouir. — C'est là que «j'aurais du naître, Vest là que je vovh «drais vivre. Je ne senf digm<tfétre

» mercurien le le suis peut-être. — -

9 Et Manchette aussi? -^ Et Sophie aussi.

1» — La bonn^ idée i — Pourquoi n'aop D rais-je pas comme vous le droit d'en » émettre d'extraordinaires?^ Au moins ttvous déveiopperex celle-ci. — Et eit- » peu de mots. Le soleil, disent les phty* i^siciens, pompe, atfcîre les vapeurs les 9 plus légères d^ notre globe; pourquoi » ne pomperait*il pas Mercure commr 9 nous? — Prouvez d'abord que dans 9 Mercure il y ait ||pielque chose à pom« » per. Les rivières de la petite planète jo potyrrasent bien n'être qu'un composé y de Bsétaux en fusion. — Je vous passe

• UVE MACEDOIXE. l35

»^ votre infini, monsieur. — Et moi les » vapeucs aqueuses de Mercure. Conti' » tuieau -— Si le soleil a la puissance de ». prendre là, ft doit airoir celle de por-' I» ter icL — A la conséquence. — Elle »est très -simple.' Le germe précieux »d*un mercurien s'est perdu là-haut, »n5mporte comment; un rayon Ta as- ]» pire, et Ta déposé dans l'atmosphère » de Paris. Il est passé , avec d'autres » particules de matière subtile , dans » Festomac des trois papas , et de l'es—

7> tomac — La bonne plaisanterie!

» It est fâcheux pour vous de ne pou-

p voir l'appuyer. d'aucun raisonnement.

» — En trouverez-vous contre? — Vingt,

» et un seul suffit. Lel^exhalaisons ter-

» restres ne peuvent arriver qu'à un cer-

3^ tain degré d'élévation, comme le Uége,

^ que vous avez r^^u au fend d'un

li vase, s'arrête à la superficie de Feau,

)»' comme un aérostat cesse de monter,

» lorsque l'ail* qui l'environne est aussi

l36 UNE MACÉDOINE.

» léger que 'Fair qu'il renferme.. Ainsi » un corps céleste ne saurait être dé- »pouillé de la moindre de ses parties, » et je conseille à Zéphire de renoncer » pour lui et ses deux boutons de rose à

» leur oHgine aérienne.

» — C'est bien dur. — Mais bien rai- »sonnable, et s'il nous venait ici des «germes de Mercure, très - probable- » ment ils ne s'y développeraient pas.

» — Pourquoi cela? — Parce que chaque » globe doit produire des êtres analo-, » gués à la qualité de «a matière, et à sa » température, et que rien dans Mer- » cure brûlant ne peut être en analogie » avec rien de o^ qui existe sur notre » froide et humide terré.

. » — Savez - vous , mon cher Soulan- » ges, que vous me 4onnez là une grande»

» idée de la fécondité de la nature? —r » Pourquoi tout en elle ne serait-il pas » infini? Combien l'imagination s'agran-

UNE MACEDOINE^ li'J

» dit et s'élèTC, lorsqu'on pense que ce » nombre infini d'étoiles sont 9utant de .

» soleils 'qui vivifient une quantité infi- » nie de planètes , que nous tie distin- » guons pas, parce qu'elles n'ont qti'une » lumière de réflexion, trop faible pour apercer l'espace immense qui les sér ppare de notre terre. Quelle richesse,

. » et quelle prodigieuse variété dans les » espèces, si on admet que tout est dif- » férent dans chacun de ces globes! —

•»Il est fâcheux pour vous de ne pou-

4- » voir appuyer cette supposition d'au- » cun raisonnement. — J'établirai du » moins des vraisemblances.

» Examinez d'abord l'incalculable va- »riété, en tout genre, qui existe sur » notre globe. Voyea» ici des hommes

. D blancs et barbus; là, des hommes » blanc9 et imberbes ; plus loin , des » hommeâ* cuivrés ; là-bas , 4ies Nègres , » des Lapons, des Caffres, des Albinos, » des chiens de trente espèces,* et une

1 38 imB ut ACéDOlKEr

» multitude d'autres uiitMnXf qui se » peuvent vivre que dans Tair-

^» Voyez les poissons, pour Vjut^Fair »est mortel) et qui ^ par leur foraie » extérieure, n'ont aucun rappcH*! avec » les habitans de l'air. Remarques Tex* s^tréme disproportion quî existe entre Dune baleine et un goujon, entre la » voracité du re^iin et les habitudes » paisibles d'une carpe.

» Remarquez ces espèces emphaméesy IV dont l'atmosphère est le dotnainei' » Presque étrangers, aun animami aqua- > » tiques et terrestres , les oiseaux va- » rient encore entre eux par la gros- » seur, les nuamces de leur pluinage et- » leur instinct.

» Arrêtez - vous*- à cet insecte qii'on y> n'ajdnûre pas ,. parce qu'on )e voit tous » les jom*s, et qjae Tlîabitnde rend in- » sensible à tout : la chenille est un pro- » dige imique sin» notre terre; elle rax) jeunif et se fortifie en se parant d'une

xnm vAciDoiHK* iSg

> nouTdUe peau. A une époque déter* » minée, elle change entièrement de » forme ^ ensuite elle prend des ailes r »aprèft aToit rampé sur la terre, elle »>S€ balance dans le vague des airs, et 9 die meurt , ayant offert à nos yeux ^msiteéÊk trois animaux tout- à- fait & différais.

» Considères la quantité de plantes •- et de fleurs qui existent entre le brin «d^berbe et le chêne, entre la violette » et le Ks;. Réfléchissez aux variétés que 9F présente le corps du globe lui-même, »efl métaux, en minéraux, en espèces » déterres, et osez condanmer la na- »>tore à se borner ailleurs à, une froide » et insignifiante uniformité.

9. -^ Voilà en effet plus que de la vrai- »semblance. Ah y mon cher Soulanges, » que n'est-il possible de visiter quel- »qnes-uns de ces globes, de repaître » ses yeux d^n spectacle toujours nou- » veau, toujours enchanteur! — Les bour

l4o " UNE MACIÉDOINE.

» tons de rose ne seraient pas là l'objet » de Fadmiration générale. — Et pour- »quoi? le beau est toujours beau. — » Tout est relatif, le beau, le laid, le «mauvais, le bon. Quelle impression » produit un loup sur une hirondelle, » un œillet sur un hibon, uneWitue sur » un corbeau, le plus beau cheval sur » un hanneton? Les linots et les char- » donnerets se sont-ils arrêtés dans les » bosquets d'Ermeuil pour contempler » la comtesse , madame de Mirville et » Fanchette? Sont-ils venus se^ percher » sur un doigt effilé, ou sur une épaule » d'albâtre , pour becqueter des lèvres » purpurines ? Ils ont fui à l'approche » de la beauté, et sont allés porter leurs » amoureux baisers à leur timide xom- » pijigne. , * *

» Si les habitans d'un globe diffèrent » essentiellement des babitans d'un » autre, quel cas* voulez -vous qu'ils x> fassent de ce qui ne peut agir sur

VITE MAGEDOIITE. .l4l

» aucun de leurs sens ? — Quoi , vous » leur donnez aussi des sens étrangers )>aux nôtres!.— Sans doiïte; les sens » sont -ils autre chose qu'une consé- » quence de notre organisatioQ ? - Y » verriez- vcms sans yeux? entendriei- »vous sans tympan? goûteriez *- vous » sans palais ? — Mais quels sens don- »nerez-vous aux habitans d'un autre » globe î — -Je ne leur en donnerai au- » euh, bien que je sois certain qu'ils » en ont, résultant également de leurs )» organes, mais dont je ne peux avoir

» d'idée/ — Quoi, votre imagination

» — Mon imagination «st dans la dé- >» pendance de mes sens , et ne peut » aller au-delà de ce qu'ils embrassent. '^ .»S.i je veux tracer la figure d'un ani- » mal qui n'existe pas sûr notre terre, »je suis forcé d'emprunter différentes » parties des divers animaux connus.

»3e fais un monstre; mais que pro- )).duis-je aux yeux? la tète d*un cochon,

i4a vnm HACEDorirE.

M> la queue d'un cheval,. les ormlles idW » lièvre, les pattes d'tm jchien ibasset, »le corps ^d'un dromadaire^ toutes y> choses qui ont frappé ma Yue, sot qm » se sont gravées dans ma mémoire.

jvOr, si* les sens des habîlins iàe Merj»«cure et de Satu£ne ïsont toi|t*.à-£ût ja étrangers les uns aux autres, comornent les mettrez -vous en rap^rt ji-eniire eux, ou eux avec nrous?

«Quand on s'égare au-delà des lK»iies ^ 4e sa vue^ on ne peut juger 'de -l'in- » Gcmnu que par des analogies toi^ourâ » très -imparfaites , <«uftout dans ce j»cafi-ci. Mais :Suppo6on8 que nous » montons ou que noos «lescendoos »dans Mercur«; car AwHy ^ ni hatft j» m bas. — Il d'y a ni^ut ni bas! «^ • Kon^ imon ami : quaind, ce soir, neus j» remplacerons ceux qui ^ont mainte- »nant sous nos pieds, nous aurons j» 'toujours la tête en:hmTt,«et les étoiles 0. fixes. sur notre .tête. — Laissons cette

JDirB VACTIKHKE. l43

«-question, iocîctaplke. Nous voilà menâtes ou <1^9oei)diis dans Meroiire; qu'y '» vayons-nous? — Rien, je crois, .parce 4 (jpie-l'excessive vivacité de la lumière '3^ BOUS a éteint la vue. Mais admettons jBt^ue nous puissions voir quelque cbese, » -et revenons aux analogies, car il nfesd; » aussi împossibla^ je le répète, de râen • Ipréjuger ^ ce qui existe là, <pie de tra- 0» <:&^ ici la figiu*e d'un animal qui ne res- < 9 semble à rien tierce 4{ue }^i vu. le vais » me tenir dans le plus grand éloigne- 0» ment possible des ressem^blanees con- 4> nues. Je prête aux jolies lemme de ce ^-gldbe la figure qui ressemble le moiîns » it . oeUe d'une jc^ femme de notve j» terre. J'en fais des fEukres.-^Oh, « des huîtres! — Si, je les compare à oielles-iaiéme^^, que dirai-'je à votre çnjH'tendement et au mien? ^-^ Aien du » tx>ut — Aime35-vous mieux que je les 'v>asstmile à qiieilque chose de ce que 9 sioi4l^rap||ielons ti?ès « improprement

l44 ^^^ 'MULCÉpOlVB.

«matière inerte, àicette pierre, par » exemple, que nous brisons, que nous » taillonsy et qui pourrait bien avoir » une vie qui nous-échappe, en raison » de la difiPérence organique absolue ?

j) — J'aime à vous., en voir douter. — »J'ai peut-être tort. On a trouvé au JD centre de masses énormes, pétrifiées » depuis des siècles, des animaux pleins • » de vie, et nul ne peut donner ce » qu'il n'a pas. — Cette réflexion peut » nous mener loin. Observez que cett« » pierre a été partie intégrante de la «terre; que si elle a une vie, c'est de i) la terre qu'elle la tient; et puisque ^ nul ne peut donner ce qu'il n'a pas, »la terre est vivante. — Votre consé- » quence est parfaitement juste. '^ — 'J« » plaisante, mon ami^ je' ne croiis >m » aux principes, ni à la conséquence.

«La- terre vivante! A-t-on jamais fait » un pareil rêve ? — Eb , pourquoi en • » serait - ce un ? — »- Quel «ninV, que

cette

t[ll£ MJLGEDOIlfB. 1^5

• cette boule sai^s organes , sans intel- »ligence, sans action! — Faut -il que » tous les animaux aient, comme vous, » de^bras et'<les jambes? Les poissons, .»les reptiles en put- ils? Sans intelli- » gence, sans action, dites- vous? L'ac- » tion de la terre est continuelle , car » action et mouvement sont la même » (çhose. Et de quel^ droit lui refusez- » vous de l'intelligence , par la seule » raison que la vôtre ne peut se mettre

» en contact avec la sienne? Ah, re-

i> gardez cet homme qui est assis dans »la rue, ce modèle barbu d^. l'acadér » mie de peiÉJIure; essayons à deviner » ce qui se passe sur sa tête. Prenez » votre télescope. Voyez- vous sur cette » protubérance, qui sans doute est une » haute montagne, ce petit vieillard en- » dôctrinant un enfant? — Je ne vois ff rien. — Supposez que vous voyez , ji comme je suppose que j'entends.

»Mon fils, dit le petit vieillard ,. je

i46 VKE MAcÊoorerz.

» suis parvenu à une extrême >'ieit-

p lesse

» Il est au moins âgé de deux mois.

y^StercuSy notre Dieu, irrité de nos » péchés, nous a punis un jour par un y> déluge universel.

» Ce jour-là, le modèle devait poser D à Tacadémie , et il s'était lavé les che- » veux et la barbe dans un seau d'eau.

»3e me suis sauvé seul, avec^ina )> femme, sur la plus haute de nos mon* « tagnes.

» Cette montagne est la loupe que 9 vous apercevez au sommet du crâne«

S) Les eaux se sont insensiblement » retirées. Ma femme et moi avons fedt 9 des enfans , tant que nous avons pU| » et nous nous sommes remis à mois* » sonner cette terre fertile, que Stercus 9 a faite tout exprès pour nous.

» Vous sentez que les instrumens ara- » toires sont les pattes et l'aiguillon.

.\A^e 3uccès passait nos espérances,

tins xAc£i>ôniE. i4)

# et la vanité s'empara de nos têtes.

k-StercuS nous punit une seconde fois.

i»Il envoya dans nos immenses forêts »une armée innombrable de géans^ » niarchant en ligne, qui faisaient ployer ^ devant eux les arbres les plus forts ^ 9 qui poussaient générations sur géné- » rations, qui les enlevèrent enfin, et » les firent disparaître de la surface d^ ^ ce globe.

» Les succès dont parle le. petit vieil-* «lard, avaient occasionné certaine dé- » mangçaison'; et les géans, qui mar- » cfaaient en cligne , étaient les dents de » certain meuble d'ivoire, ou dé buis, j» qn^ vous conimissez bien.

)» Un savant, échij^é du massacre ^ n prononça que cette partie àb la terre » serait toujours en proie à tous les » fléaux ; qu'il fallait habiter une autre 9 partie du mondé ; qu'il devait y avoir ^iides antipodes, sans doute plus heu- » veux que àous, et que ce qu'il y^iivàit

ï48 uwE itfACÉDOirrE.

» de mieux à faire, était de nous ré tirer j» chez eux. Comme Stercus , qui autre- » fois conversait familièrement avec » nous, n'a pas dit à nos ancêtres qu'il » y eût des antipodes, on cria à Fhéré- » sie , et on commença par manger- le 3» savant

» Cependant on réfléchit, et on con- » vint qu'il n'y avait pas d'inconvénient )i à s'assurer si le savant avait eu tort 7> ou raison. Plusieurs colonies partirent 3» par différens chemins. Les jeunes gens, » toujours présomptueux^ s'engagèrent ï^ dans d'immenses déserts , dans des «gouffres profonds, oùTÎt nature ne » produit rien , et où ils périrent tous.

» Yous comprenez quç les antipodes » sont Içi^ habitans de la barbe , et que ;» l^s déserts et les gouffres sont le front, 31 les joijes , Les narinies et la bouche,

» Les plus sages, mon fils, et j'étais ji du nombre , suivirent les forets sanil^ p l;i<j|xies, où jQious trouvons partout une

UITE MACÉDOIirC. t49

jiisiourriture abondante. A la fin d'un » voyage , tel que personne n'avait osé » le croire possible, et qui dura au moins » une demi- journée, nous arrivâmes à » la partie inférieure du globe; nous re- » connûmes qu'il y a réellement des » antipodes, et nous réhabilitâmes la » mémoire du savant.

r> £n vérité, je vous le dis, mon fils, » et je vous le dis pour vous guérir de »la manie des voyages, nous avons » trouvé nos antipodes aussi malheu- » reux que nous, et assujettis aux mé- » mes fléaux. Détachons-nous , en es-- » prit , de cette terre de misère , et es- » pérons que Stercus , dans sa misériy> corde , nous fera m^ser de ce monde vdans lïn meilleur.

» Croyez-vous que le petit vieillard

» soupçonne , sous l'épiderme qu'il pi-

joque et qu'il piquera, jusqu'à ce que

^9 monsieur le modèle se fâche sérieuse-

pmexxï^ croyez'vous, dis-je, qu'il soup-

» — Ve€K ctcs rCsope dr rastroDO-

lue- 3iAis rrraKwis ans dames de Sler-

cm : je les pffê6re« tout huîtres qne

^noos les fûtes, à Totre petit TÎeilbitL

> ^^ Retounioiis dans Mercure. Nous

Toîlà au milieu d'un cerde d'huîtres

les plus distinjçuées de la pbnèle, et

qui probablement sont fières de-leur

naissance, de leur opulence, comme

bien des dames de ce monde-ci. Elles

se ferment pendant le joiu*, pour se

garantir de la chaleur^ et comme

beaucoup de nos dameé, elles s'ou*

TTent la nuit pour correspondre entre

elles, sans vue^sans ouîe^ sans odb<«

rat , sans tact j sans goût y mais par

des sens qui leur sont propres. De

» jolis messieurs huîtres sont au milieu

)» du cercle, immobiles, mais très-aima*

» blés, très -aimés, et fusant leur cou^

» à ces dames, nous ne savons comment

USB MACEOOISS. l5l

» Nous passons, nous repassons dans Iç » cercle. On ne nous voit ni ne nous » entend; on n'y sentirait pas même un » Hottentot enfumé et couvert d'huile TU de poisson. Si nous mettons le bout » du pied sur le bord festonné de la 3» coquille d'une de ces dames, elle se #ferme, à- peu-près comme nous fer- » mons Tœil , lorsqu'un corps étranger » s'y introduit, sans que nous puissions » dire ce que c'est.

» — Je vous arrête, l'homme aux » systèmes. Vous dérogez à vos princi- 30 pes. Si la dame huître sent le bout D de mon pied , elle a le sens du tou« » cher. — Vous avez raison, et, cpmme » je vous le disais tout à l'heure, on ne » peut juger de l'inconnu que par des «analogies imparfaites, qui toujours ' j> nous ramènent à nous.

» Que sera - ce si nous supprimons

;. ^D les analogies, qui du moins nous doiH

9 nent des idées quelconques, et si nou^

iSo mrt Ji\c.tDoisr..

» çonne sous cet épiderme la ^ -^ »telligence? ^ f, s"

» — Vous êtes l'Ésope,' i ï i ï mie. Mais revenons ai^ ^ '; i ' » cure : je les préfère * ^ r '-■ ï vous les faites, à» I * î ' '{ ■

a — Retoumor f ^ ;' • I ^ n Voilà au milie^ ■ ^ -i. ' .,qi

»les plus dis* ; ^ ^ ., et qui!

« qui proba' .' -- ^e rendre visl

» naissanc: :> . possible , si roéi

Bbieiïd'-' j trouver là-hant, ou »se fe* êtres à-peu-près conforn vgar .lie nous. — Oh, alors, je ne nb^cerai pas; je partirai. ' — Vous » Juriez en arrivant tlans Saturne, , toute la satisfaction que vous tirei ,,du voyage, serait la certitude que »tre corps existerait aussi long-ter » que Saturne Iiii-nième, parce qu'il » dégèle jamais sûr cette planète-là » vous alliez dans Mercure , vous > trouveriez pas d'alimens propre

^HB MàciDoijn. i53

^ mac, pas une goutte d'eam

^<ûk ^^ désaltérer; votre sang s'é-

2^ ^ 'fin transpiration, et je crains

\^ ^ quelque globe que vous

^^ ^ une mort prompte fut

> . *#. "5; -V ^i>le audace.

^ '*^ Cj. «* las impossible que

^ certains globes puis«-

^niquer entre eux, si on

. de leur proximité que leur

.ganisation est à-peu-près la même.

?>La lunè^ la plus 'voisine de ce gros

j» vilain Saturne, décrit son cercle au-

Dtour de la grande planète en qua-

»rante-cinq de nos heures. Or, Sa-

y tume a dix mille lieues de diamètre,

j» et la lune, qui parcourt un tel espace

j»en si peu de temps, doit raser Sa-

3» turne d'assez près , pour que les habi-

» tans des deux globes puissent ao voir,

39 et même se parler, s'ils ont des yeux,

9H» une langue et les^ poumons de Stentor.

y — Mon cher Soulanges, ils passent

i5a trifE jdxcÉDOJWE.

9 nous bornons à dire que ces habitans j9 de Mercure n'ayant aucun rapport avec j>nous, échapperont nécessairement à » toutes nos recherches? -^ Que bC ti'est » pas la peine d'y iaHéi*.

- » — Concluons qif il est très-probable y) que chaque monde a sa physionomie 7> qui lui est exclusivement propre; que » chacun doit vivre cher soi, et qu'il y »'y aurait de la folie à se rendre visite, » si la chose était possible , si même j) nous devions trouver là-hant, ou là- »bas, des êtres à-peu-près conformés 3» comme nous. — Oh, alors, je ne Ba- 5) lancerai pas ; je partirtii" '4- Vous' geii leriez en arrivant dans Saturne, et » toute la satisfacûpn que Vous tireriez » du voyage, serait la certitude que vo- » tre corps existerait aus^i long-temps » que Saturne lui-même, pardeqù'il ne » dégèle jamais sûr cette planèteilà. Si »vous alliez dans Mercure, vous' n'j^ i> Couveriez pas d'alimens propres à

UNE UÈCiDOIJŒ. l53

31 votre estomac, pas une goutte d'eat.

» pour vous désaltérer; votre sang s'é- 9 vaporeraiten transpiration, et je crains 9 bien que, sur quelque globe que vous » pussiez arriver, une mort prompte fut ]» le prix de votre noble audace.

» Il n'est pourtant pas impossible que Dles habitans de certains globes puis«- » sent communiquer entre eux , si on )» conclut de leur proximité que leur » organisation est à-peu-près la même.

»La lunè^ la plus* voisine de ce gros » vilain Saturne , décrit son cercle au- » tour de la grande planète en qua- »rante-*cinq de nos heures. Or, Sa- » turne a dix mille lieues de diamètre, » et la lune, qui parcourt un tel espace » en si peu de temps , doit raser Sa- » turne d'assez près, pour que les habi- » tans des deux globes puissent savoir, » et même se parler, s'ils ont des yeux, ^» une langue et les^ poumons de Stentor.

>— Mon cher Soulanges, ils passent

i54 ^1^ JVAGfDonrs.

i«peut-étre les uns chez les autres, »

» Taide d'un prinstoc. — -Qu'est-ce qu'un » prinstoc? — C'est te nom que donnent y^ nos hs^itans des Pays-Bas à une Ion* » ^e perche , dont ils fînent un bout » à terre : ife s'enlèvent sur l'extrémité » supérieure, et franchissent ainsi des » fossés de dix -huit à vingt pieds de » largeur. — Oh, je ne prétends pas » que la lune, dont nous parlons, passe » précisément à dix-huit ou vingt pied?

» dfe' Saturne. Et puis votre priifetoc éloi- » gnerait un peu les voyageurs de leur

» but Comment cela? — ^e gros Sa-

i> turne fait son tour sur lui-même ed » dix de nos heures! Ainsi un point par^ TÊ^ cfmft en mie heure troifs imlfe lieues 9 environ , et d'après cette force de rotan tion des deux globes , vos hommes » aux^rinstocs tonj^raient probable* » ment dans quelque prqvincé fort élbi- 9 gnée de celle où ils auraient eu rin-(| 9 tentiim d'aller. Peut-être sauteraient*

tnU iixcEDoiJtÊ. i55

»ils chez des ennemis ^ chez des an- 9 thropophages, et dans ce dernier cas, »lq ré$u||^t du prinstoc n'aurait rien »d'amusaiib

» Voas . apercevez - vous que nous » voilà plus que jamais lancés dans les » analogies, et que petit à petit nous » avons Eût, des gens de Satin*ne, des ». hommes semblables à nous? Re veinons au système de variété infinie, » et croyons que les habitans de Sa** V turne ne peuvent avoir la tête faîte > comme la notre, car il n'en est pas » une sur qpitre tenf^que la prodigieuse » rapidité dû- mouvement de Saturne » ne fît tourner en un instant. Peut- » être n'est-il ici aucun animal qui ne » fut suffoqué \k par Taction de l'air ^ »que ce mouvement presse et pousse » avec une violences dont la plus forte » de nos tempêtes ne peut nous don- ^vi 9 ner d'idée. Il est donc plus que vrai- » semblable que les hstbitans de Saturne

l56 UNE MACEDOimS.

» n'ont ni poumons , ni tête , et par » conséquent pas d'yeux. A quoi d'ail- » leurs leur serviraient-ils? Sf^urne niet yi trente ans à faire sa révolution autour » du soleil; ainsi certaines de ses parties 3» ont des nuits de quinze ans. Dix fois »plus éloignés que nous de Tastre lu- »niineux, ses habitans ne le velraient j> pas plus grand que nous voyons cer- ^»taines étoiles fixes, et il ne faut pas » d'yeux où il n'y a pas de lumière.

» — Vous êtes cruel, mon cher Sou- » langes; supposons-leur-en qui soient )> organisés comme^ux de^iphats et des » oiseaux nocturnes. — Iteut-à-rheure ;o vous mettiez des hommes et des prins- » tocs dans Saturne ; vous le peuplez » maintenant de hiboux et de chauve* 7> souris. Laissons les comparaisons tou* » jours inapplicable^ du connu à Tin- ]i>jdonnu, et contentons-nous ducroire 2) que les gens de la grande et de la ^ » petite planète doivent connaître, par-

•ÛITE MAClêbOIICE, i57

» Ëûtemeiit leur conformation réspec- » tive, s'ils ont des sens qui les fébdent jt habiles à observer et à. juger.

- *— Voilà qui me dégoûte furieusey nient: des Toyages. — Restez ici; jouisj^ Sêz de la vie ; ne vous inquiétez plus » de ce qioi se passe ailleurs, et aimez * cette tâelfiï qui nous donne à tons ce }» qui est utile à la conservation et aux » plaisirs des êtres qu'elle produit

j>'-^ Que dites-vous? C'est la terre qui •»tn'a produit! — Et quoi donc? — » Voilà une idée plus extravagante en- » core que les autres. — Voilà mes gens ». superficiels, qui prononcent sur tout » sans lavoir rien approfondi. Répondez- » moi, monsieur, de quoi se forme et » se grossit un animal quelconque dans j> le sein de sa mère? — De la nourri- 7> ture qu'elle lui^cwnmunique. — L'a- «ûimal, nouveau né, est -il habile à C& produire au moment de sa naissance ?

Ti — Il ne le sera que lorsque son corps

l58 VITE KACél>OIHE.

9 aun pris raccroîssement nécessalt^e.

» — Â quoi devra-C-il cet accroissem^it » et ses moyens prolifiques? — 'Parbleu^ » à ses alimens. — ^ De qucH se eompo- » seront-ils? — De fruits, de légumeS:^ Y d'herbes , pour la plupart dés ani<* » maux. — D'où viennent ces firuits^ xces herbes^ ces légumes!^*-- De la » terre. — Donc la terre vous a produit.

31 — Vous m'éfonnez, mon <^r Sour » langes. Je ne voiis croyais pas si pro^ » fond. — Moi , mon ami , je ne sais y rien. J'ai lu quelques livres, et les » idées des antres font fermenter les » miennes^ c'est le coup électrique quf » sç communique de proche en proche»

» -e— Oh, nous parlerons encore astror^ wnomiej ces rêves -là en valent bien » d'autres. — Ceux surtout qui échai|f« 3» fent le sang et ta -létè, et qui trou* » bknt le sommeil. — A propos de cela^ » Soulanges , passez-moi le portrait : ill » est temps de redescendre sur la terre»

VUfE MACEDOllfS» iSg

XI — - Le portrait? en écoutant, en répoo* 3» dant, vous Tavez mis dans votre pocher » — C*est parbleu vrai. Vous me faites^ » fout oublier, rusé que vous êtes. — 9 Ce n'est pas moi, c'est l'astronomie»^ » Vive la science ! — Oui , quand j'ea » aiurai.

» — Ces messieurs sont servis. •— » Dînons, Soulanges. tl est s^réabte de

9 régir l'infini, le verre à la main

)i^ Cette Sopbie, si séduisante, si aimar » ble , si candide et si spintuelle , vien-^ y drait tout simplement d'une botte de % céleri F — Ou d'une truffe élaborée ç » tous deux ont de la vertu. — Ce teint 1» sif frais, ces lèvres rosées, seraient vlu » composé dé laitues, |ie concombres^ » de cresson \ — Un brochet, quelques » côtelettes d'un mouton , formés comme » elle, ont pettt-élve arrondi cette gorge » que vous aimez tant, et qu^ je soupr ifSlk çonne si jolie ! — Un verre de Pomard Y là^esSkUS. 4e le bois à Sophie. — l^Ioa

lOO UÎTE MACiDOIlfE.

» ami, c'est boire aux laitues, aux truffes, » aux brochets , aux côtelettes, — Pas » du tout, monsieur; en admettant qu'ils » soient principes , ils le sont comme les i> couleurs qui entrent dans la compo- » sition d'un tableau. Je jouis quand je » vois les Sabines ; la palette a disparu.

» A Sophie et à David. — A la comtesse.

» — î Et à tous ceux, et surtout à celles » qui concourent à embellir notre exis- » tence.

» Soulanges, je fais une réflexion. Tout » notre être vient de la terre, et y re- » tournera pour être autrement modifié.

» Gela semblerait indiquer la fragilité » des individus, mais l'éternité des espè- 9 ces et des choses.

» -^ Sans doute, mon ami, la ma- »tière est étemelle. Si on admet im D commencement, riitai n existait, et il i»y a eu création. S'il y a eu création, »il a Êillu d'abord créer l'espace; oM -» ne saurait meubler un b<9adoir avant

UlfE MACÉDOI5E. l6t

j»que la maison soit bâtie. Où mettre « cet espace? — Nulle part — Cela ne » se' peut pas. Dans une étendue déjà » existante? — L'étendu et Fespace sont 5» la même chose, et si vous admettez ©rétemité de l'étendue, vous devez » admettre l'éternité de la matière. Pourx^-quoi le tout $erait-il postérieur à la » partie ?

' 3». — Georges, donnez -nous du café.

D : — Point de café, Georges; ce sont » des caïmans qu il faut à votre maître.

» — Vous en prenez, Soulanges; vous

» vous imposez une privation —

» Qdi ne me coûte rien, si elle est utile »à mon ami. Voulez -vous faire wa

» trictrac? — Je le veux bien Une

ji gorge foi te avec des côtelettes!

» — ; Six points d'école, mon cher. — )»Soit. Croire presser des lèvres de »rose, et ne baiser que des radis

rouges ou des betteraves! — En-

-» core une école, mon ami, — Hé, com-

l6o UNE MACEDOINE.

» ami , c'est boi r e aux laitues , ? .

» aux brochets , aux cote*;. / . .

« du tout, monsieur; en f . ^

D soient pnncipes, ils r ^ ^j ^^^^^

» couleurs qui entrf . . " , ' ^

j, , , , jise! Lorscnie

» sition d un table ' n. /> .

. , ^ , . ans I innm.

» vois les Sabine . , ,

- . , jici une lettre de

» A Sophie et r

, , ^ ville. — Donne, mon

, donne — Hé bien,

^ . ^e cette dilatation de phv-

»tence. , J \

aiCj ces sauts, ces exclamations?

^ jon ami, je suis dans l'ivresse. Sa ^ consent que j aille la joindre W sa terre de Champagne. Elle permet que nos jours ne soient qu'une 5riite de jouissances et de félicités. — Je ,L.a mère est donc aussi folle que sa i ^ fille et que son amant? — Sophie m'an- » nonce son départ avçc les expressions » de l'amour en délire. Elle emmène » avec elle son architecte et son peintret » décorateur. Sa mère et moi partirons

vn MACiîDoiirK. i63

♦^ du mois. Quelles sensations

■. \i l'espérance seule me fait

Mais pourquoi attendre

vmois éternel? Je me

N \ '^ 'en, à merveilles.

j '■;;^ >5 ^ -• 4re la poste ; je

;^ <* quelle surprise je

^^ ^^ * .e part; elle croit me

a; elle soupire, en pensant ^alle qui nous sépare, et qui .andit à chaque instant. PUle arrive; je cours, j'ouvre la portière» »£Ue me reconnaît, elle jette un cri, » et se précipite dans mes bras. Je

» Tenlève, je la porte... ..^. Georges,

» envoie chercher des chevaux. — Geory ges, restez ici — Par grâce, mon cher

9 Soulanges, par pitié — Je suis

» impitoyable. — Mon ami, mon bon » ami ! — Vous ne partirez pas. — Je » m'évaderai, -r- Je vous en défie ; je ^ suis votre soleil ; je vous soumets à 31 la loi de l'attraction — Si vous étiez:

l6a UNE MACIÉBOINE*

» ment voulez-vous que mou imagina- 3> tion se concentre dans un trictrac , » lorsque nous arrivons des extrémités » de l'univers? — Lorsque nous arrivons » des extrémités de l'ilnivers ! Quelle » tournure d'idée et de phrase! Lorsque » nous venons d'errer dans l'infini.

» — Monsieur, voici une lettre dç 3> madame de Mirville. — Donne, mon

» bon Georges, donne — Hé bien,

» que signifie cette dilatation de pby- » sionomie, ces sauts, ces exclamations?

» — Mon ami, je suis dans l'ivresse. S;iL )»mère consent que j'aille la joindra

V dans sa terre de Champagne. Elle per- » met que nos jours ne soient qu'unç

V suite de jouissances et de félicités. — i>La mère est donc aussi folle que sa » fille et que son amant? — Sophie nx'an- » nonce son départ a^fc les. expressions » de l'amour en délire. Elle emmène i> avec elle son architecte et son peintro^ » décorateur. .^ mèr^ et moi partiroqft

]» à la fin du mois. Quelles sensations » délicieuses l'espérance seule me fait

9 éprouver! Mais pourquoi attendre

]» l'expiration de ce moi$ éternel ? Je me » porte bien, très-bien, à merveilles.

^ Mon ami, je vais prendre la poste; je j» veux la devancer. Quelle surprise je » lui ménage ! Elle part; elle croit me » laisser à Paris; elle soupire, en pensant » à rintervalle qui nous sépare, et qui » s'agrandit à chaque instant. Elle ar- » rive ; je cours , j'ouvre la portière»

».EUe me reconnaît, elle jette un cri, 9 et se précipite dans mes bras. Je

» l'enlève, je la porte.. ...^. Georges,

» envoie chercher des chevaux. — Geor- » ges, restez ici — Par grâce, mon cher

» Soulanges, par pitié — Je suis

]» impitoyable. — Mon ami, mon bon » ami ! — Vous ne partirez pas. — Je » m'évaderai, -r- Je vous en défie : je j|»suis votre soleil; je vous soumets k 31 la loi de l'attraction — Si vous étiez:

l64 tJlTB: MACEDOINE.

» immobile comme le soleil, je ne vous » craindrais pas. — Le soleil immobile!

» Il tourne sans cesse siu» lui-même.

» — Sans changer de place ? — On le » dit — Hé bien, pirouettez ici, moi je fi m'en vais en Champagne. — • En robe » de chambre et en bonnet de nuit? — » Je m'habillerai au Palais-Royal. — Les » savans ne sont pas de la même opinion » sur le mouvement du soleil. — Oh, » laissons là les savans. — Il en est qui » croient que tous les soleils possibles » marchent en tournant sur eux-méines, » d'occident en orient, entraînant avec » eux les planètes qu'ils régissent. — » Cette opinion me paraît la meilleure.

» Comment supposer un corps céleste «tournant sur lui-même, à la même » place , et n'étant sujet à aucune in- » fluence qui le pousse ou l'attire? Sou- » langes, la Champagne est pour Paris » sur la route d'orient en occident : slXûM.

p rez-moi en Champagne. — Mon ami,

UlfE HAGÉOOIlfC.' l65

» on explique tout à présent, et la fixité »du soleil comme autre chose. Voua » avez vu quelquefois de ces rouages 1» en artifice, qu'on-place sur une nappe » d'eau. On met le feu à Fàrtifice. La » machine reste exactement à la même » place, et tourne sur elle-même autant » de temps qu'elle est soumise à l'action » du feu. ■— Cette comparaison n'est pas » satisfaisante. Votre artifice passe en ]> deux nynutes , et le soleil est étemel.

» — Une comparaison encore sur l'éter- » nité du soleil. Nous connaissons cer- 9 taines mouches qu'on nomme éphé- » m^s, parce qu'elles ne vivent qu'un » jotR Dans les infiniment petits , il » existe peut-être des insectes qui échap- » pent à toutes nos repherches, et dont » la durée n'est que d'une seconde. Il » en faut cent vingt pour deux minutes, » et certes, lorsque cent vingt généraji tions ont vu une même chose , elles y^ sont fondées à la croire éternelle.

t66 tTNE MAC£]>OIirS«

ï>Que répondriez -vous à un de ce* » insectes à secondes , qui vous affirme- »rait que le rouage d'artifice est éter- » nel, parce que cent dix- neuf généra- » tions l'ont vu avant lui, et que sans » doute des générations sans nombre le t verront après ? — Je fermerais la bou- » che à rinsecte , en lui répondant que 2> j'ai vu le commencement de l'artifice, » et que j'en vais voir la fin. — Si , au » lieu de vivre soixante ans, les hommes x> vivaient quelques millions d'années, » vous trouveriez peut-être aussi quel* » qu'un qui aurait vu le commencement » du soleil. — Prenez garde, Soulnges, 3> vous voilà en contradiction avec vous* «même. Si le soleil a commencé, que » devient l'éternité de la nlïitière ?

» — Je vais concilier ce qui vous pa- Drait contradictoire. Il est constant, » mon cher ami, qu'en 157a on décour y> vrit une étoile nouvelle dans la cohs^ )itellation de Cassiopée; en 1664» on

fdVE MACEDOINE. 167

4» en découvrit deux dans l'Éridan , et » il est convenu entre nous que les étoi- 1» les sont autant de soleils. '

» D'où sont venus ces trois soleiis-ci?

^ Du néant ? Le néant est un mot vide » de sens; il n'est du moins applicable V qu'à une portion de matière qui change j> de modification , et qui , si elle avait !i# de la mémoire , perd le souvenir de ce *» qu'elle a été. Ces soleils étaient sans ^ doute des planètes qui se sont em* y> brasées lorsque l'équilibre entre le 9 feu et Feau^ aura cessé à l'avantage » du feu. — Oh, mon ami, s'il y a par- » tout, comme ici, équilibre entre le feu »et l'eau, que devient le système de » variété infinie? — J'avoue que je suis 9 battu , pour avoir encore raisonné par » analogie. Quelle que soit la cause de » l'embi^asement de ces trois planètes , » il nous suffit de savoir qu'il s'est opéré » en 1572 et en 1664, et que trois so- ^ leils nouveaux nous sont apparus dans

l68 UNB MACEDOIKB»

» Timmensité des cieux. Si demain nôtre » lune s'enflammait, nieriez-vous Felis* » tence de ce petit soleil -là, quelque «incommode d'ailleurs qu'il pût êjtre » pour nous? — Nop, sans doute, parce » que j'aurais été témoin die ce grand » changement. — Je vous l'ai dit ; vous » ne pouvez voir les planètes que régis- » sent les étoiles, à cause de la faiblesse » de leur lumière réfléchie et de leur }} extrême éloignement, et il n'y a ici de » différence pour votre entendement, » entre notre lune embrasée et ces trois » planètes devenues soleil, que dans le » plus ou le moins de distance.

» — Des planètes qui se transforment .

» en soleils ! cela est difiicile à croire.

» Quel désordre une telle révolution doit » occasionnel' dans les mondes voisins!

» — Nous appelons désordre ce qui nous » nuit individuellement. Ainsi une épi- » demie qui moissonne des milliers.

» d'hommes, un tremblement de terre

qui

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