‹ Une Macédoine 4 tomChapitre 9 sur 11 · CHAPITRE VIL L'évasion · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL L'évasion

\jOJEMt. il dort! et il se crcMt amoareaxL J 'arone cependant qa^hier son reTe as* tronomique m'a &ît oublier mon cœur.

Je le rétablis dams tons ses dAits : les sol«Is, les planètes ensemble ne Talent pas un sourire de la beauté.

It n*a pas pensé i m'escamoter de nouveau le portrait châi, dont je me suis si peu occupé en écoutant son iiFterminable bavardage. Je commence la journée en lui donnant les millcr et un ' baisers que je lui dois : c'est ma prière du matin. L*un adresse la sienne à Brama, Tautre à Yîtsnou, celui-ci à Fo, celui-là au Diable, moi à Sophie

Je me lève; je me mets à ibon s^ crétaire. Ce portrait m'inspire. Oh, comme j'écris! Professeurs d'éloquence,

VTfE MACEDOUTE* I91

enseignez à sentir, supprimez les préceptes.

Il s'éveille, tranquille et frais, comme un chanoine de 1788. «Hé bien, mon V ami, où en sommesrnous restés hier?

j»-^ A Tamiante, mon cher Semlanges.

>}e brûle toujours , et comme elle^ je «suis incombustible. D'après cela, je » ne doute plus de Texistenoe des hap bilans da soleil : voilà la discussion > terminée.

9^^-* Mon ami^ Tamiante a d'autres » propriétés...». — Mon ami^ vous m'avez » Élit subir hier tout un cours d'àstrono*p mie. Yofus avez aujourd'hui le projet » de m'endormir siu* l'histoire naturdie.

•^le vous préviens que je sais par cœur «kPKne, Pluche^ Bufibn, Laeépède et 9 Guvièr» — Oh, tant mieux, mon antv » Je ne suis pas fort sur cette partie-là; levons m^inâtroifez^ -^ Je ne suis pas j» encore assez vigoupeux pour parier # one journée entière* L'iattention sou-

19^ UlTE MAGÉDOIlfS.

» tenue que je tous ai donnée hier a suffi » pour déranger ma santé renaissante.

» Si vous le vouiez, nous nous couche- » rons ce soir de très-bonnç heure. — ^ » Je ferai ce qui vous conviendra ».

Je veux éviter les conversations pro* longées. J'ai besoin d'éti*e tout à moi, pour arranger un plan d'évasion.

' (t Ah , mon ami , j'ai oublié de vous » redemander le portrait II me semble » que vous en avez joui ce matin fort 9 au-delà du temps convenu pour toute » la journée. Vouiez - vous bien me le » rendre? — Oh, très-volontiers : ja- 9 mais je ne manque à mes engage- :» mens d.

Une docilité apparente et una adresse réelle endorment l'argus le plus:vigi' lant. Je serai libre ce soir, je le jure par Sophie.

a Georges, portez cette lettre, et fei- » tes-nons donner à déjeuner.

» — Je vois avec plaisir que votre

incommodité

jf) incommodité ne vous a' pas ôté Tap- » petit. — Et cet appétit me prépare

» mie nuit excellente. Hé bien, Sou-

» langes, que ferons-nous aujourd'hui?

D Moi, j'ai envie de tourner. — Et moi, 9 de peindre. Mais le jour est faux dans »la pièce où Philippe a fait monter » votre tour. — Peignez ici ; moi ,* je » tournerai là-bas. — Non, mon ami, » non : nous sommes inséparables jus- » qu'au "jour que j'ai fixé. — Vous ne » craignez pas que j'aille à midi courif » les rues en robe de chambre et en » pantoufles? — Vous en êtes bien ca- » pable. — Quel homme ! Voulez- vous » que je fasse monter le tour ici ? — p Cela vaudra beaucoup mieux^ ».

J'appelle Philippe ^ je lui donne mes ordres. Il m'amène un serrurier et un maçon. Soulanges dessine; j'ai l'air de regarder les ouvriers, et je ne vois rien.

Ma tête fermente. Je raisonne, je calcule, je prévois tout.

194 ^^^ MACÉDOIirE.

Pas un habit, pas une culotte!

Qu'importe, puisque je ne sortirai que la nuit. Les cleis qu'il fourre sous son

oreiller Je les prendrai aisément:

il dort comme un loir. Mais mou coquin de suisse, qui ne me laissera pas sortir. J'aurai beau promettre, donner, menacer : il ouvrira de grands, yeux, ne répondra pas unjBot, et restera cloué dans sa loge. Yoilà un obstacle qui me parait insurmcmtable. • ^ Descendre dans le jardin avec mes

draps Bah! je n'ai pas encore r^

couvre toutes mes forces; je me casserai le cou. Et puis, où trouveir des échelles, pour escalader cinq à six murs qui se présenteront entre moi et la rue? Et les propriétaires de ces maisons et de ces jardins ? Un amoureux et un voleur, à califourchon sur une muraille, se ressemblent beaucoup. Si ma course nocturne se tetminait par tttt coup de fusil..-, Ma foi , je ne veux pas m'y exposer.

UKE HàC£D015E. ^ îgS

Comment, je ne trouverai pas de moyen Voilà qui est désolant, désespérant Je sortirai cependant, je sorth'ai. Ce soir, je verrai, j'embrasserai tna Sophie. Elle m'opposera ma santé et la raison. Je lui ferai une douce violence, et je lirai mon pardon dans ses yeux.

«Monsieur, une dame demande à i^vous voir. — Est-elle jeune, jolie? * » •— C'est, je crois, la mère de madame »de Mîrville. — Soulanges, je redoute » cette entrevue. — » Ici,\ou en Cham- T> pagne, elle est inévitable. — Madame 9 d^Elmont ne doit pas rate voir avec » plaisir. — Songez qu'elle attend, et 51^ laissez des réflexions qu'il fallait faire » avant de vous, attacher à Sophie. — » Georges , faites entrer , et retirez- » vous ».

Madame d'Elmont se présente avec quelque embarras. Bien plus embarrassé qu'elle, je la salue, je lui fais

196 UNE MAGÉDOIHE.

avancer un siège, nous nous asseyons, nous nous regardons sans nous rien dire. Il est des positions où deux in-^ dividus s'observent mutuellement, et où chacun attend que Vautre le mette à son aisCt

Soulanges intervint, fort heureuse»

ment pour tous deux. « Madame est » mère , bonne ipère ; elle souffire dans » ses opinions et dans son attachement » pour sa fille. Je la prie d'être per- » suadée que le projet de sç retirer en V Champagne n'a pas été suggéré à ma-> » dame de Mirville; Mon aini a em- » ployé au contraire ce que la délica-f y> tesse et l'amour ont d'entraînant et » de persuasif pour la déterminer à re^ » iïevoir sa main.

» — Je considère beaucoup mon- » sieur, et la démarche que je fais en » ce moment est la preuve la plus cer^ » taine du prix que j'attache à son es- »time. Des circonstances impérieusçs

tJNE MACÉDOmiî. 197

» ont arraché mon acquiescement à un » plan de vie que je condamne. Je » viens , monsietir, vous faire part de » mes motifs, et essayer de me justifier » près de vous. •

» Ma fille, malheurçuse par son mari , • » a pris la résolution de ne jamais for- » rifer de nouveaux noeuds. — Je le sais^ » madame. — Elle avait aussi résolu » d'éviter l'amour, et de chercher dans » l'amitié un bonheur calme et durable.

»Elle vous a vif; elle a cru trouver en » vous l'ami qu'elle désirait. Elle s'est » abandonnée aux sentimens que vous » lui avez inspirés, elle s'y est aban* «donnée sans réserve, et vous savez «combien, dès leur origine, ils difféx> raient de la simple amitié. Eclairée » trop tard sur la situation de son cœur, D elle s'est flattée de le soumettre aux » lois de la pudeur et de la bienséance.

» Cette espérance est la dernière illu- >»'sion d'une anie pure. Aimer, est pour

198 rNE KACKDonnr.

» toutes les femmes se préparer une » défaite; se confier <^ans ses forces ^ » c'est l'assurer. Ma fille a succombé ^ »el vos lettres qui la brûlent, et des » sens rendu» à leur impétuosité natu- » relie, l'empêcheçt de regardier en ar- * rière. Elle ne vit plus que dans Tave- » nir , et son existence est attaché# à » votre possession.

» Vous voyez, monsieur, que je nV »gnore rien. Voici ce qu'il m'importa » que vous sachiez. •

» Quand madaçie de Mirville m'a ap- » pris où vous en étiez ensemble , et » qu^elle m'a fait part de sa résolutioa

» de •,... de de vivre avec vous,

» monsieur, je tranche le mot, je lui » ai opposé ce que la raison, soutenue » de l'amour de l'ordre, a de plus fort » et de plus vrai. Elle m'a constamment » répliqué : Le monde m'a condamnée » innocente, que fera-t-il de plus main-* ;» tenant? J'ai voulu la rappeler au seri*

jf timeat cte sa dignité, lui inspirer cette » noble émulation qui porte à réparei* » une faute< J'ai vu <|ue le dessein de j> les multiplier n'était pas l'effet du dé- » couragement, mais d'un besoin in* » surmontable d'aiftour et de jouissance- » Je me suis flattée d'affaiblir votre in- D fluence , en rétablissant la mienne»

» J'ai cherché à m'insinuer dans*ce cœur, y> où naguère j'occupais une place mars* » quante, et JQ l'ai trouvé plein de vous* n Sans moyens, que ceux de l'autorité, » qui aliène et ne persuade jamais, j'ai » laissé parler ma douleur. Elle m'a ré- 30 pondu par des larmes. Elle s'est mise » à mes genoux; je l'ai relevée, et j'ai » pleuré avec elle.

3>tl est trop vrai, monsieur, que paf 3» des circonstances indépendantes de » votre volonté, ma fille est perdue » dans l'opinion publique. Il ne lui est il plus possible de se montrer dans Pa- » ris; il faut qu'elle s'en exile ^ et queU

aCK) UIÎE MACEDOINE.

» que lieu qu'elle choisisse, elle doit y » trouver le ciel avec vous, la mort sans » vous ; ce sont ses expressions.

)> Il est des femmes dans la bouche » de qui le mot désespoir ne donne pas » même l'idée d'un^ afifection pénible.

» Madame de Mirville ne connaît pas » d'exagération, et quand elle dit j'en » mourrai , elle a la conviction intime ^ qu'elle mourra. Cet inconcevable » amour me place entre, des opinions » que je respecte, et la nécessité de les » braver. . Je n'ai que cette enfant , je » Taime avec la plus extrême tendresse, » et l'amour, ou si l'on veut la faiblesse » maternelle, l'a emporté sur toutes les » considérations.

» Qu'eussiez - vous fait à ma place, w monsieur? répondez en homme vrai?

» — Mon plus cher intérêt à part, ma- »dame, je vous proteste que je me » serais conduit comme vous. — Je 3)peux donc espérer, monsieur, que

VUE MACÉDOINE. 20t

» VOUS ne me verrez pas d'un œil défavorable, que vous ne me confondrez » pas. avec ces mères faciles, et même » complaisantes, que le public, juste à » cet égard , marque du sceau de sa » réprobation? — • Moi, madame, vous «jugerez par mon respect, mes soins, » mes prévenances , de la force des sen- » timens que votre dévouement m'ins- » pire ».

Je me levai; je m'approchai d'elle; je portai sa main sur mon cœur : a C'est » celui d'un gendre, d'un fils; il se par-

» tagera entre Sophie et vous Votre

» gendre! Je le serai, madame, dans

j> le sens le plus élendu de ce mot. So- 3> phie est tout amour, -générosité, dé- » licatesse. Ces sentimens s'étendront » un jour sur un être innocent et ai- » mable, auquel elle devra un nom et » uti état. Elle consentira à lui donaer » l'un et l'autre. Je prendrai sa main, » je la conduirai vers vous, et je vcis

aox VITE MiicÉDonrr.

retirai : Ma mère, bénissez^nous tous » les trois. — Etrâlhge situation! ne pouyt voir établir d'espérances que sur les » suites mêmes du désordre! irimporte, jfje saisis l'idée que tous m'ofiErez.

D Puissé-je voir le passé s'effiicer de la » mémoire des hommes! puisse un ave* i^ nir honorable s'ouvrir enfin pour ma ;» fille! puisse votre commun bonheur » assurer celui de mes derniers joiurs!

» Nous partons demain;. toutes nos- » dispositions sont faites, et la triste >x vérité cachée, autant qu'il a dépendu » de moi. J'ai persuadé à quelques per* 7) sonnes, dont la discrétion n'est pas » la première qualité^ que ma fille vous »a donné la main au moment ou on » désespérait de votre vie^ et que les » circonstances fâcheuses pendant les* » quelles la cérémonie s'est feiite, nous » ont imposé l'obligation de la tenir se* » crête. De nouveaux domestiques que »j'ai arrêtés dans un quartier éloigné

fiXE MACJtDoiNF. aoî

» de /Celui que nous habitons, et qui » n'ont point paru à Thôtel, sont partis » hier. J'ai chargé le maître d'hôtel ]» nouveau d'annoncer dans le village le

^ » mariage récent de ma fille. Elle y arri- » vera avec votre nom, et si la fatalité » qui me poursuit révèle le genre de » votre union , j^aurai la force de con-

" » soler ma fille infortunée. Je lui répé- » terai ses propres paroles : Le monde » t'a condamnée innocente, que fera-t-il D de plus maintenant »?

J'étais touché jusqu'aux larmes; ma-éame d'Elmont me jtiigea, et me pressa 9ur son sein. « On n'est pas sensible » sans être bon. Vous ne verrez dans »-son éloignement pour le mariage » qu'une bizarrerie qui ne nuit à au- » cune de ses qualités* Songez que votre » estime lui . est aussi nécessaire qufe » votre amour, et que vous vous chargez » du bonheur du reste de sa vie ».

Que pouvais-je répondre? trouve-t-on

aoa TTITF. M^CKDOIÎTK.

«(lirai : Ma mère, bénissez-' ^«s,

» les trois. — Etraîige situa* ' P** »

» voir établir d'espéranr ^ d'El-

» suites mêmes du àé$r ' -a a^o»»-

»jc saisis l'idée c' rennes

« Puissé-je voir le -^ répondu»!

» mémoire des Y '^ec nous. Elle

» nir honorab' ^^w»» inséparables

;. fille ! puiss ' - prochain , et nous » assurer c ^^ > infiniment satisfaits

» New '"«• » dispo • ^* ^*^" > ™® ^^^^ Soulanges , et » vér» /* ''* ™*^"* encore si vous tenez » d'.***^ parole à madame d'Ëlmont. Mir- , Ijlle n'a rien fait , et Mirville en valait

^l>ien un autre» — Moi ; j'en vaux trois.

^ «i. Je le sais; mais cela ne prouve rien.

» Tout dépend de la disposition des » vaisseaux spermatiques , et de celle » des trompes de Fallope. Vous ne

» savez peut-être pas — Je sais que

y> vous allez me parler anatomie , et je i) vous sais bon gré de Fintention ; mais

^ VfŒ MÀClêDOINE. aoS

Mce, mon cher Soulaqges, laissez-

mes sensations, elles sont dé-

/'^jj^ ^ Et nuisibles. A^ous voilà

ç, \ lin état d'exaspération

. 'T)as. Laissons les scien-

^ \ â ennuient, et prenons ce

, ^ aime mieux que vous vous

-z les bras que la tête. — Lais-

Ais les sciences et le volant. — Vous

^y jouerez, ou je ne vous rendrai le

' » portrait que dans huit jours ».

• Oh, je compte bien, dans huit jours y n'en avoir plus besoin.

Il ne veut pas céder; il faut prendre une raquette. Si le tour était prêt! Ah, le volant a cet avantage, qu'on peut penser en le chassant.

Mon entretien avec madame d'Elmont a ajouté au désir, au besoin de voir Sophie; besoin irrésistible, et que je ne combattrai pas. Je hasarderai, je risquerai tout, ma santé, ma vie .mourir dans ses bras, c'est plus que vivre ailleurs.

ÎW)6 UKE MACEDOINE.

J« m'échâpfierai ce soir, je le veut. Je le v«int! Et il ne m'est pas venu encore une tdée satisfaisante!

Ah, on annonce madame d'Ermedil et du Heynel A merveille. Ceux-là dîneront ici : il ne me sera pas difficile de déterminer la comtesse. Soulanges aurade l'occi^pation ; du Reynel digérera j^ moi, je combinerai mes opérations.

« Je sais, messieurs, à quoi s'expose* » une jeune veuve qui rend visite à deux » jeunes gens; mais du Reynel m'a tant » répété qu'il n'y a pas de différence de » lui à lia plus grave matrone, que je me » suis enfin laisséepersuader. — Pensez,, «d'ailleurs, madame la comtesse, que » visiter un pauvre malade comme moi

» est une œuvre méritoire, dont

» — Vous êtes trop aimable pour que » le ciel me sache gré de rien ». •

Il est à remarquer qu'en entrant elle* a salué Soulanges d'un air très-indifférent Elle ne lui adresse pas un mot qiii-

UIirE MACÉDOIITE. OlO'J

puisse faire soupçonner leur in tell i^ gqnce, iet c'est pour lui seul qu'elle est venua Voilà pourtant comment il faut se conduire dans le monde, pour avoir * considération et plaisir. Ah , si Sophie jet moi avions été susceptibles dé cette modération l....X'amour vrai, cet amour qui agite, qui transporte, qui égare, est^i il capable de rien calculer! La comtesse* et Soulanges ne se doutent pas de ce* que c'est qu'aimer.

» Charmant malade, voulèz-^vous nous p donner à dîner? — J'allais vous pro- 3» poser de rester, madame la comtesse :

:^ vous m^avez prévenu.

« Ce sera le dîner de noces, dit Sou*- » langes, quoique la mariée ne soit pas » ici. — De quelles noces me parlez- » vous, monsieur?— Quoi, vous ne savez »rien, madame? — Non, en vérité. — * » Ni du Beynel? — Je ne m'en doute ^) pas. — Madame de Mirville Vest reny> due enfin i — Plaisantez-vous? — Non,

2oG U5E MAC^OINF .

Je m'échapperai ce soi*- .«est fait ici, ce

le veux! Et il ne m'' jtis autres témoins

une idée satisfa' ^'cs. — Âh, j'en suis

Ah, on anr /.'épouse de notre ami

et du Heyn .^varteut demain pour la

neront ic* . Ofonsieur les ira joindre ,

déterm* ^<^ pourra être mari tout-à-fait.

de r y^nt pour eux pendant un an,

mr '"^'huit mois. La malignité se las-

'-^; les bruits qui circulent tonibe-

^jit, et nos jeunes gens reparaîtront

citons le monde avec un nouvel éclat.

,Si notre ami veut utiliser ses talens, il

9 n'est point d'emploi auquel il ne puisse

«prétendre, et une grande fortune et

» une belle place mettent toujours les

» rieurs de notre côté. — Que je vous

» embrasse, monsieur le marié. — Mille

» remercîmens, madame, et du baiser,

» et de rintérèt que vous voulez bien

» prendre à notre félicité.

» 3e n'embrasse pas, dit du Reynel, » mais j'agis. Je dhie partout, et partout

\ UNE MACEBOIITE. îiogf

N dirai que cette pauvre petite Mir- [e, contre qui on s'est pronpncé avec irnement, est une femme tout aussi espectable qu'une autre, puisqu'elle ^ » a fini par épouser son amant ».

C'est là précisément ce que voulait Soulanges : un coup-d'oeil me met au fait. Bon Soulanges, comment m'acquitterai -je envers toi? j'en trouverai

peut-être l'occasion très-incessamment.

Je crois m'apercevoir que les piedsf

et les genoux ne sont pas en concordance avec l'air très -décent qui règne sur les deux physionomies. Cet air-là est

sans doute le masque du sentiment

Allons, allons, quand on a la force d'en prendre un, on n'aime pas.

On boit à la mariée, au marié, à leur postérité, et voilà enfin de l'expression dans les traits de Soulanges. Le joli pied commence à produire de l'effet; le cham-

, pagne fera le reste Il leur faut du

Champagne! Oh, les drôles de gens!

aïO UNE MAC3ÉDOINE.

« Monsieur de Soulanges, qui monterp dit le café, permettra-t-il à madame » d'en prendre?— Oui, mon ami, pourvu » que vous me promettiez de n'y pas «toucher. — Pas plus qu'au Champagne, » mon cher Soulanges. Je sens la néces- » site d'un régime modéré , et je m'y » soumets pour trois semaines encore »•

Oui, compte là-dessus.

Du Reynel ne nous à pas adressé un mot. En revanche, il s'est extasié sur les talens de mon cuisinier, il a fêté tous les plats, sablé tous les vins, et fini par deux tasses de café, afin, dit -il, de ne pasi s'endormir en nous écoutant. Il Êiudra pourtant bien qu'il dorme.

Je remarque dans le maintien, dans^ les mouvemens de Soulanges quelque chose qui ressemble à de l'impatience....

Voici le moment de m'acquitter.

«Du Reynel, passons dans mon ca- » binet : je veux vous montrer quelque:

» chose. -

I7ÏCE MAGÉDOmC; SCI

» 0u Reynel , je vous le confie , dit » Soulanges avec un empressement »!«^ Je l'ai deviné.

Je tire un grand fauteuil; j'approche une table; je sors d'une arinoire une très-belle optique, avec à-peu-près cent gravures, parfaitement coloriées, et je fais commencer à du Reynel un voyage autour du monde. Je lui explique trèshaut, et avec beaucoup de volubilité, lé sujet de chaque gravure. Je-lui parle des mœurs, des usages des habitans, avec autant de facilité que si je tenais à la main l'histoire générale des voyages-yJasoutiens son attention, en imaginant de temps en temps quelque anecdote piquante.

Je le conduis ainsi de Paris au Japon.

Là, je commence la longue histoire de Ces missionnaires et de leurs prosélytes, que le gouvernement n'inquiétait pas, mais qui jugèrent à propos de renverser le gouvernement. Du Reynel çom-

aia UNE MACÉDOINK.

meiîce à bâiller, et je deviens plus diffus, plus lourd dans ma manière de conter.

Plus d'inflexions variées; une monotonie à endormir des farfadets et des lutins Il s'assoupit! Bon duReynel!

il amène ici la comtesse pour Il ne

faut pas qu'il s'en doute.

Je continue de parler; sa tête se ren-»

verse sur le dossier du fauteuil; ses bras tombent de son gros ventre à ses genoux : me voilà sûr de lui.

'' Ils sont occupés là-dedans; je pourrais m'échapper si ce cabinet avait une

issue Hé, pourquoi ne partirais -je

point par ma chambre à coucher? Je présume que Soulanges n'est pas en position de courir après moi.... Mais la confusion de la comtesse, et ce diable de Georges, et Philippe, et les autres, qui sont sans doute en vedette de l'antichambre au bas de l'escalier, et cette

robe de chambre, ces pantoufles

Non, cela ne se peut pas.

ITNE MACEDOINE. ai3

Quel carillon! ils ont renversé

mon .trépied. Adieu ma cuvette et moû aiguière. Ils doivent être dans des transes! il faut les rassurer. «Parbleu, Sou- » langes , vous avez une fureur de vosl^nt^qui ne ménage rien. Je dormais » auprès de du Reynel , et vous m'éj^ veillez en cassant mes meubles». 3 'entends quelque chose d'un rire féminin qu'on s'efforce d'étouffer. Oh, comïne elle me croit sa dupe !

a Soulanges, que s'est -il donc passé » là ? — Le pied a glissé à madame. — «Elle est'^:ombée, peut-wêtre? — Ah, » mon Dieu , oui. — Elle ne s'est pas » blessée? -— Oh, pas du tout. Mais je » l'engage à' ne plus jouer au volant sur » un parqueft ciré ». Le rusé 1 en me parlant, il s'approche de la porte du cabinet; il lève le rideau; il passe la tête par le carreau dont j'ai brisé le verre; il me voit, tout au fond, étendant les bras , me frottant les yeux

ai 4 ^^^ MACÉDOINE*

Cela ne lui suffit pas. Il appuie le genou et le pied contre la porte. Il

o*aint que je rentre trop tôt Je suis

incapable d'un pareil trait. J'aime mieu:i^ passer pour un sot.

Il retire sa tête; il regarde derrière h>i ; il se remet à sa lucarne , et me propose un piquet à écrire. Je juge que je peux paraître , sans inconvénient poffl?

personne. Je me lève, il ouvre la porte,-

et je trouve la comtesse une raquette

à la main. Voilà de la présence d'esprit : c'est bien.

Je sonne pour avoir une tanle de jeu* Soulanges court à la porte de Tanli^

efaan^bre Le mal-adroit! il a sans

doute donné un tour de clef ,^ et il a oublié Ufae porte fermée, dans certaines circonstances , donne plus à penser qu'une porte ouverte.* Je ne dois pas entendre rouvrir celle-ci : je vais à mon

cabinet chercher mon mouchoir que'

j'ai dans ma poche.

UNE UAcijyaiJKE. ai 5

Nous jouons. Je propose de feire la chouette, on accepte; j'en étais sûr.

Celui des deux qui ne jouera pas, se tiendra derrière ma . chaise ; ses yeux pourront Sre^j'aime, et Tautre viendra lui répondre à la fin du marqué.... Tout ^'arrange ainsi que je l'ai prévu*

Ah , du Reynel a fini sa méridienne.

Le ^ilàw 11 nous trcTuve les cartes à la main. Bien certainement il ne soupçonae rieir. Le bonhomme !

On annonce l'équipage de la comtesse. Ces amo«r&-là m'ont distrait; ils m'ont ramené aux miennes; ils m'ont sappelé à n^es projets, à mes espé^ rances : j'ai joué tout de travers, ik ont été aussi distraits que nu>i ; ils ont joué plus mal ; mais ils ont eu les o^ : ils ont gagné, je paie.

Madame d'Ërmeuil m'embrasse, sans doute pour autoriser Soulanges à lui demander un baiser. Il le demande, on lui en donne deux , et on me laisse en

ai6 UITE MACEDOmE.

tête à tête avec l'homme qui va me prêcher les privations, accablé par la satiété. Oh , comme il va dormir !

U me rappelle que j'av^s l'intention de me coudier de très-bonne heure:

je réponds en lui souhaitant le bonsoir. U congédie Georges ; il ferme tout, prend les ciels ; il les met à leur place ordinaire; il se couche; il s'êndoffei

Que vais -je, que puis-je £adre ?.-...- Bien. Projets de bonheur, résolution detout surmonter, vous n'êtes plus que d^s illusions mensongères! Connaître Sophie, l'apprécier, brûler d'être auprès d'elle, et ne trouver que des obstacles ! Oh , ce supplice est affreux !

Quoi, je passerais la nuit dans ce lit solitaire , uniquement parce que monsieui* le veut ainsi ! U reçoit ici sa maîtresse; c'est presque sous mes yeux

qu'il Et moi je me bornerais à des

vœux impuissans! non.

Le sort en est jeté. J'exposerais dix

têtes,

têtes, si J6. les avais. Je sors par la fenêtre, -

Hé, mais Oh, rexcellente idée!

Si j'osais...... Hé; pourquoi pas? Ce qui

|>eut m'arriVcr de pis , c'est d'être dé* icouvert, «t alors nous verrons.

Je nie lève doucement, bien doucelïiéht. Je retiens mon haleine; je m'approche du lit de Soulanges. Je prends

sa culotte; je la passe Hé, elle ne

me va pas très-mal.

Je mets ses souliers, son gilet, sou

frac. J'enfonce son chapeau sur mes

^eux...... Je suis bien, fort bien. Un peu

d'adresse, et mon suisse y sera pris, ^

11 dort, oh, il dort! Jusqu'ici tout.

Ta bien; mais le pliïs difficile est à .faire : il s'agit maintenant de prendre les clefe.

J'avance la main, je la retire; je l'avance encore; je hasarde Je touche

le bout d'une des clefs, et je m'aper-

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