‹ Une maison de poupée: drame en trois actesChapitre 15 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME LINDE

Parce qu'une femme mariée ne peut pas emprunter sans Tautorisation de son mari.

NORA> en secouant' la tête.

Oh! quand il s'agit d'une femme un peu pratique... d'une femme qui sait se retourner adroitement.

MADAME LINDE

. Nora, j'ai beau me creuser la tête, je ne devine pas.

NORA

Tu- n'as pas besoin de te creuser la tête. Je n'ai pas dit que j'ai emprunté cet argent. J'ai pu l'avoir autrement. (Elle se laisse tomber sur le sofa.) J'ai pu le recevoir d'un adorateur. Bah I... avec cette frimousse-là!

MADAME LINDE

Quelle folle tu fais I

NORA

Avoue que tu es terriblement intriguée.

MADAME LINDE

Dis-moi, ma chère Nora, tu n'as pas agi à la légère?

N0RA> se redressant.

Est-ce une légèreté de la part d'une femme de sauver la vie de son mari?

MADAME LINDE

. Ce qui me paraît une légèreté, c'e^t qu'à son insu...

NORA

Et si justement il fallait qu'il ignorât tout, Mon Dieu I Ne comprends-tu pas? II. fallait qu'il ignore la gravité de son état. C'est à moi que les docteurs ont dit que sa vie était en danger et qu'il ne pouvait être sauvé qu'à la condition, de passer un hiver dans le Midi. Crois-tu que je n'allais pas mûndustrier de toutes les manières? Je lui disais sans cesse le plaisir que j'aurais de voyager

byGoogk

à l'étranger comme les autres femmes. Je pleurais^ je . suppliais et je lui disais quMl fallait qu'il se rendit compte de mon état et qu'il cédât à mon désir. Bref, je lui don* nai à entendre qu'il pourrait bien emprunter de l'argent à intérêt, mais alors, Christine, il s'en fallut de peu qu'il ne se mit en colère. Il me répondit que j'étaïç une étourdie et que son devoir de mari était de ne pas se plier à mes caprices. « Bon! bon! dis-je à part moi, on le sauvera coûte que coûte ». Ce fut alors que je trouvai l'expédient.

MADAME LINDE

Et ton mari ne sut pas par ton père que l'argent ne venait pas de lui.

NORA

Jamais il ne l'a su. Papa mourut peu de jours après. J'avais pensé à tout lui avouer en lui demandant de ne pas me trahir^ mais il était si malade! hélas! je ne pus pas lui en parler.

MADAME LINDE

Et depuis tu ne t'en es pas confessée à ton mari.

Jamais, bon Dieu! Y penses tu? lui qui est si sévère là-dessus! Puis son amour-propre masculin en serait si froissé. Quelle humiliation savoir qu'il me doit quelque chose. Cette pensée serait venu bouleverser tous nos rapports; notre vie domestique si heureuse ne serait plus ce qu'elle est.

MADAME LINDE

Tu ne lui en parleras jamais.

NORA, réti Jchissant et souriant à demi.

Il se peut qu'avec ^le temps, quand bien des années auront passé, quand je ne serai plus aussi jolie qu'aujourd'hui... Ne ris pas... je veux dire quand Torvald ne m'aimera plus autant, quand il n'aura plus de plaisir à

byGoogk

Page 1