ACTE TROISIÈME
KRÔGSTAD.
Je le crois puisque vous me le dites. Mais maintenant que vous le savez, n'allez-vous pas refuser cette place ?
Non, cela ne vous servirait à rien.
KROGSTAD.
Ah bah l Moi, à votre place, je le feraiade toutes façons
MADAME LINDE
J'ai appris à agir judicieusement. La vie et la dure nécessité me l'ont enseigné.
KROGSTAD.
Eh bien ! à moi la vie m'a appris à ne pas me fier aux paroles. '
MADAME LINDE
En cela elle vous a dontié ^une sage leçon. Mais aux actes vous avez foi sans doute ? '
KROGSTAD.
Que voulez-vous dire?
MADAME LINDE
Vous êtes, dites-vous, un naufragé cramponné à une . planche.
KROGSTAD
J'ai de bonnes raisons pour parler ainsi.
MADAME LINDE
Moi aussi, je suis un naufragé»cramponné à une planche. Je n'ai personne à qui consacrer ma vie, personne qui ait besoin de moi.
KROGSTAD.
Vous l'avez voulu.
Je n'ai pas eu le choix.
byGoogk
KROGSTAD.
OÙ voulez-vous. en venir?
MADAME LIN DE
Qu'en dites-vous, Krogstad, si ces deux naufragés se tendaient la main i
KROGSTAD.
Que dites-vous?
MADAME LINDE
Ne vaut-il pas mieux se cramponner ensemble sur la même planche?
KROGSTAD.
Christine!
MADAME LINDE
Quel est, croyez-vous, le motif qui m'a attiré dans cette ville ?
KROGSTAD.
Vous auriez pensé à moi I
Il faut que je travaille pour supporter l'existence. Tous les joiajs de ma vie, si loin que je reporte mes souvenirs, je les ai passés à travailler. C'était ma plus gmnde, mon unique joie. Maintenant que je me vois seule au monde, je me sens abandonnée. J'éprouve un vide horrible. Quand on ne pense qu'à soi, cela détruit tout l'attrait du travail. Voyons, Krogstad, trouvez-moi pour qui et pour quoi travailler?
KROGSTAD.
Je ne vous crois pas ? Ce n*est là qu*orgueil de femme qui s'exalte et veut se sacrifier.
MADAME LINDE
M'avez-vous jamais connu exaltée?
KROGSTAD.
Seriez-vous vraiment capable de faire ce que vous dites ? Connaissez-vous tout mon passé ?