‹ Une maison de poupée: drame en trois actesChapitre 92 sur 99 · ACTE TROISIÈME l · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME l

moins sonder ta conscience, car je suppose que tu as du moins du sens moral, ou est-ce que cela te manque aussi, réponds?

' NORA

Que veux-tu, Torvald? 11 m'est difficile de te répondre. Je ne sais, je ne vois pas clair là-dedans, je ne sais qu'une chose, c'est que mes idées sont complètement distinctes des tiennes. Je vois aussi que les^lpis ne sont pas cç que je croyais, mais que ces lois soit justes, cela je ne puis l'admettre. Qu'une femme n'ait pas le droit d'éviter un souci à son vieux père moribond, et de sauver la vie à son mari^ cela n'est pas possible.

HELMER

Tu parles comme une enfant. Tu ne comprends rien à la société à laquelle tu appartiens.

NORA

Non, non, je n'y comprends rien, mais je puis m'enquérir et me rendre compte de qui a raison de la société ou moi. )(^

HELMER

Tu es malade, Nora. Tu as la fièvre, et je crois même que tu n'as pas ton bon sens.

NORA

Cette nuit je me trouve plus alerte d'esprit, plus sûre de moi que jamais.

HELMER

Et c'est avec cette sûreté, cette lucidité que tu a donnais ton mari et tes enfants?

NORA

Oui.

Cela ne peut avoir qu'une explication.

NORA

Laquelle?

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l58 UNE MAISON DE POUPÉE

HELMER

Tii ne m'aimais pas.

NORA

C'est vrai. C'est en efifet le nœud de tout.

HELMER

Nora I Et c'est ainsi que tu me le dis?

NORA

Je le regrette, Torvald, parce que tu as été bon pour moi. Mais qu'y faire ? Je ne t'aime pas.

HELMER, Caisant des efforts pour demeurer calme.

De cela, je suppose, tu es aussi parfaitement convaincue.

NORA

Absolument. Et c'est pour cela que je ne veux pas rester ici davantage.

HELMER

Et comment peux-tu m'expliquer comment j'ai perdu ton amour?

NORA

C'est très simple. C*est Tœuvre de cette nuit, quand j'ai vu que le prodige attendu ne se produisait pas, alors j*ai compris que tu n'étais pas l'homme que je croyais.

HELMER

Explique-toi, je ne te comprends pas.

NORA

Pendant huit ans j'ai attendu tranquillement. Je savais parfaitement que les prodiges ne s'accomplissent pas tous les jours. Enfin, ce moment d'angoisse est arrivé. « Maintenant le prodige va s'accomplir » me disais-je. Tant que la lettre de Krogstad a été dans la boîte aux lettres, je n'ai pas pensé une minute que tu serais obligé de subir les exigences de cet homme. Je croyais ferme-

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