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poignard plantés dans la poutre, il sauta dans la maison ."* voisine dès que les premières planches furent tombées. /. Il précéda ainsi de plusieurs minutes ses camarades, occu- '$ pés à démolir les deux cloisons.
J'allais m'élancer pour faire sentinelle à la porte d'entrée, quand je me rappelai que je n'avais aucune ,, autorité et ne pouvais réparer les fautes du chef sans y m'exposer à mille désagréments. 'V
Je me mis donc à la suite des soldats pour entrer avec <.? eux chez les voisins. Au milieu de la salle se trouvaient "'• six ou sept buveurs d'opium ivres et hébétés. Nous les k écartâmes pour assaillir la pièce contiguë ; mais au fond de cette pièce s'ouvrit une porte par laquelle disparurent plusieurs ombres effarées. Nous les suivîmes-
En bas et autour de la maison retentissait un affreux vacarme. Les soldats devaient être entrés dans les cou- loirs et la cour. Nous nous trouvions sur le seuil d'une troisième salle, des deux côtés de laquelle donnaient des portes. 4
L'officier fit ouvrir l'une de ces portes. Plusieurs ■ l enfants, filles et garçons, à genoux par terre, les mains it jointes, tremblants de peur, suppliaient qu'on les épar- ?
« Une garde devant cette porte ! » cria le chef, qui ouvrit aussitôt l'autre réduit.
Cette pièce était vide et sans issue. Omar et moi, nous nous étions précipités avec l'officier : nous fûmes aussi cM désappointés que lui.
« Il n'est point en haut ! cria Omar. Je descends. »
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Dans son ardeur et sa soif de vengeance, le fils de Sadek nous devançait tous.
« Vous n'avez arrêté personne? demandai- je à l'officier supérieur.
— Une vingtaine de drôles ; mais je n'en reconnais
pas un. »
Courant toujours, il s'éloigna sans m'en dire davantage. Je me mis à parcourir une rangée de chambres, éclairées par les lampes qu'on n'avait pas eu le temps d'éteindre : elles étaient vides. J'appris plus tard que le portier avait tiré un coup de pistolet dès l'entrée de la troupe. Le bruit n'était point arrivé jusqu'à nous dans la maison voisine, mais il avait suffi pour avertir les brigands.
Cependant les soldats parvinrent dans la dernière salle. Une porte, au fond de cette salle, donnait sur un couloir obscur ; elle était barricadée.
Les soldats turcs s'efforcèrent de briser l'obstacle avec les crosses de leurs fusils ; mais les brigands semblaient disposés à soutenir le siège derrière leur retranchement»
Je courus chercher ma lourde carabine. Lorsque je revins, la porte était à peine entamée. Elle semblait solide et attenait à un mur de briques. Le couloir, pratiqué pour de pareilles circonstances , assurait la retraite des malfaiteurs.
« Laissez -moi ! » criai -je en écartant les hommes.
Je tenais la carabine qui m'avait servi pour chasser les ours ; elle était autrement conditionnée que les armes turques.
Dès le premier coup de sa lourde crosse garnie de fer, j'élargis considérablement la brèche. Quelques minutes plus tard, la porte volait en éclats; mais au même instant
une décharge de mousqueterie renversait plusieurs sol- , V
dats. Je ne fus préservé qu'à cause de ma situation , car ,\».
je me tenais de côté pour frapper. ! -
Le chef turc entrait en ce moment dans la salle, son .;'.sabre levé. J'allais l'aider à déloger l'ennemi, quand la '} voix de Halef se fit entendre dans la cour.
« Sidi, sidi ! à moi ! » criait le petit hadji.
Il fallait que le danger fût pressant pour que le brave -<" enfant du désert m'appelât ainsi. , ,*
Traverser les deux maisons afin de gagner notre -'*■' escalier me parut trop long. Je crus pouvoir sauter dans " la cour par l'endroit où nous avions démoli la cloison. ? J'achevai de briser quelques planches avec la crosse de \J mon fusil; mais l'obscurité n'était éclairée que par la ; lumière des coups de feu, et le saut me semblait péril- '[ leux. Je finis par constater que, d'où je me trouvais jus- / qu'en bas, la distance n'était pas très grande. Après un \ peu d'hésitation, animé par la voix de Halef, je pris mon '•' élan. En tombant sur mes pieds, j'éprouvai une sensation' • peu agréable, on peut le croire; mais je n'avais pas le "\ temps de me tâter. Halef criait toujours : 'i
« Sidi, viens !... Je l'ai ! je le tiens ! f^
— Où es -tu? demandai -je. >
— Ici, près de la porte !... Viens !»
Le vaillant petit Arabe avait remarqué comme moi > l'imprudence de l'officier turc, et, sans rien dire, il s'était constitué gardien du passage. Ses efforts empêchaient ;V les fuyards de s'échapper par notre maison. Posté intré- j-J pidemcnt sur le seuil de la porte, il en défendait la sor- •»* tie; mais ses forces étaient à bout, ainsi que ses muni- J» tions. Le danger et l'excitation du moment doublent en, Jî quelque sorte la puissance de nos facultés. Je croyais ]
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voir clair dans cette obscurité. J'avançais bravement, guidé par la voix de mon petit hadji, frappant à droite et à gauche pour débarrasser le passage.
« Qui donc tiens -tu ? demandai-je à Halef tout en me rapprochant.
— Ibrahim Mamour !
— Où est-il?
— Ici, à mes pieds... Je l'ai frappé.
— Bravo , Halef ! bravo ! »
Une confusion terrible régnait alors dans la cour. Des soldats étaient descendus je ne sais d'où ; ils poursuivaient les fuyards, qui se défendaient ou se sauvaient malgré Halef. Je ne m'occupai que d'Ibrahim, le plus dangereux et, pour nous, le plus intéressant de tous ces brigands.
Tirant une allumette de mon gousset, je me penchai pour interroger à sa lumière les traits de l'homme que le petit Arabe avait étendu sur le carreau.
« Ah! malheur, Halef! ce n'est pas lui! m'écriai -je.
— Pourtant je l'ai bien reconnu quand j'ai fait feu, murmurait Halef consterné.
— Tu as tiré sur un autre ! Où a-t-il pu s'enfuir? »
Je regardai dans la cour et vis des fuyards qui , grimpant sur une palissade assez basse, passaient par-dessus la remise pour gagner la cour de Baruch.
« Suivons-le, sidi! me cria Halef.
— Nous ne le trouverons pas par là : il a dû franchir le seuil pendant que tu étais occupé. 5)
Je m'élançai dehors : trois ou quatre ombres s'agitaient devant la maison du juif. Une voix murmura :
« Restez ensemble, là... »
178 UX H MAISON MYSTERUWS K
C'était bien la voix de Mamour, cette voix reconnaissable entre toutes...
« Sidi, c'est lui! courons! » dit Halef bas, mais pas assez bas encore. c
Ibrahim avait entendu. Il prit la fuite.
Nous nous mîmes à ses trousses. Il enfilait des ruelles tortueuses, tournait brusquement aux angles, nous dépassait toujours.
« Tire, sidi! » murmurait Halef hors d'haleine.
Il ne m'était point permis de suivre ce conseil. La punition du scélérat appartenait à la justice ; je voulais arrêter Mamour, mais rien de plus.
Nous courions de plus en plus fort... L'horizon s'élargit, les ruelles nous avaient conduits devant la Corned'Or. Nous apercevions la mer et le ciel dans un vaste cercle. Arrivé sur le bord , je distinguai même , tant la nuit était transparente, les îlots qui se succèdent de Baharive à Souloudjé.
« Prends à droite, Halef, » ordonnai -je.
Je me dirigeai en même temps vers la gauche. Le fuyard se trouvait ainsi entre l'eau et nous.
Il s'arrêta un instant, hésita, puis d'un bond se précipita au milieu des flots.
« O Onai ! criait Halef. Mais il n'échappera pas ! »
Et l'Arabe visait déjà.
« Halef, ne tire pas ! » suppliai -je.
La tête du plongeur sortait de l'eau. Le coup partit avant que j'eusse pu l'arrêter. Un cri affreux s'éleva. Nous entendîmes un fort clapotement dans les flots... La tête s'était enfoncée.
« Je l'ai frappé, disait Halef. Il est mort, vois -tu, sidi? »
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Nous attendîmes : décidément Ibrahim ne reparaissait pas. Convaincus tous deux que le brigand n'était plus à craindre, nous retournâmes vers la maison.
Les détours qu'il nous fallut faire avant de nous retrouver dans ces chemins tortueux nous prirent beaucoup de temps. Quand nous arrivâmes, les choses avaient changé de face. Les ruelles adjacentes étaient éclairées, car toute la population se tenait dehors avec des lanternes de papier. Une partie des soldats formait le cordon devant les trois maisons suspectes ; le reste de la troupe était, occupé à fouiller les demeures voisines et à garder les prisonniers. Le Grec, chef du tripot, avait été assommé par le capitaine turc; il gisait à terre, le crâne fendu. Sa femme était liée avec les jeunes garçons et les jeunes filles. On allait emmener toute cette rafle humaine. Les buveurs d'opium, un peu ranimés par la frayeur, se traînaient dans la ruelle.
Je vis plusieurs soldats grièvement blessés; d'autres paraissaient morts. Six prisonniers avaient été tués en se débattant pour s'échapper; quatre autres restaient entre les mains de la troupe. Omar, qui avait vigoureusement aidé à la besogne , ne retrouvant son ennemi ni parmi les morts ni parmi les vivants, semblait plongé dans une sombre prostration. Appuyé sur la rampe de notre escalier, il ne voyait rien et ne parlait pas.
Lorsque tout ce branle-bas s'était produit, Baruch, déjà couché, n'avait pas tardé à se réveiller au bruit des coups frappés à sa porte; mais il s'était enfermé tout tremblant , ne comprenant rien à ce qui se passait autour de lui. En ce moment il venait de sortir, les mains jointes, l'air effaré, et il se faisait raconter l'affaire par un soldat. Comme nous arrivions, j'entendis le chef turc
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donner à ses hommes la permission de piller la maison *%
du Grec. Ceux-ci ne se le firent pas dire deux fois : en \$
dix minutes l'opération fut terminée.
Pendant ce temps -là je cherchais le capitaine, auquel ■
je demandai où était son chef. ^
« Dans la ruelle, » me dit-il. <\
Je le savais, mais j'étais curieux d'interroger l'officier \ d'ordonnance sur ce mystérieux personnage. J'avais respecté le silence de cet homme au moment où nous lui <» sauvions la vie ; maintenant que le plus chaud de l'attaire--/' était passé, je m'étonnais un peu de son indifférence l vis-à-vis de nous, dont le service n'était pas médiocre à > son endroit. '}
« Quel rang occupe cet officier supérieur? deman- \ dai-je au capitaine. ~j
— Que t'importe ! répondit ce militaire assez rade- ;* ment. Il a défendu de le dire. » ':'
C'était justement pour cela que je voulais le savoir. f Un des soldats turcs, mal partagé dans le pillage, s'en / dédommageait en essayant de voler ses camarades. Il ^ tentait de passer par la cour de Baruch. Je le rejoignis au moment où il allait escalader la palissade.
« Tu n'as rien pu avoir là -haut? lui dis -je.
— Non ! grogna -t- il d'un air de dogue en fureur.
— Si tu réponds à mes questions, je te donnerai $ quelque chose, moi! \
— Quelles questions ? y
— Je désire savoir le rang de votre chef dans l'armée ff turque. X
— On nous défend de parler de lui ; mais pourquoi ne
veille-t-il pas à ce que nous ayons chacun notre part de V butin? Donne -moi vingt oiastres, et je te répondrai ! ■*
■ Il
— Tu les auras.
— Eh bien, notre chef est miryalaï; il s'appelle... » Je ne répéterai point le nom de ce haut dignitaire, qui
plus tard joua un grand rôie dans les affaires de la Porte. Aujourd'hui encore il est un des personnages les plus en vue dans le pays.
Cet homme n'est point né Turc. Les services qu'il rendit au maître dont il devint le favori n'eurent rien d'intelligent, tant s'en faut; ils furent cependant l'unique base de son élévation.
Je voulus voir de près ce grand homme et m'avançai sur le seuil. Le miryalaï était vis-à-vis; il me remarqua et vint vers moi.
« Tous les Franks sont-ils aussi timides que toi ? dit-ii. Où étais-tu pendant le combat? »
Volontiers j'eusse répondu par un soufflet à cette impertinence ; je me contins cependant pour reprendre d'un air indifférent :
« Nous avons combattu comme vous, et même réparé une faute grave, car la porte n'était point gardée. Sans nous les brigands se seraient échappés.
— Lesquels ?
— Tous ceux qui l'eussent tenté , si mon domestique et moi n'avions arrêté les grands scélérats en bas , tandis qu'en haut vous ne vous occupiez que des petits*... Que iera-t-on des pi'isonniers ?
— Allah le sait ! Mais où vas - tu demeurer à présent ?
— Ici. * ,
— Non, cela ne se peut.
— Pourquoi?
— Tu serais trop remarqué dans cette ruelle, après