‹ Une maison mystérieuse à StamboulChapitre 11 sur 17 · U X E M A I S OX M Y S TER FEU S E · texte numérisé non relu

U X E M A I S OX M Y S TER FEU S E

l'aventure de cette nuit. Ne saurais -tu trouver un autre logement ?

— Je demeure chez le ba%irgiau (négociant) Mafleï, dans les environs de Yeni-Djami.

— Bien. Tu auras de mes nouvelles... »

A ces mots , il me tourna le dos sans me saluer et fit %

signe à ses hommes. Les prisonniers furent comptés, liés plus solidement, et on les emmena au milieu d'une forte escorte. Le reste de la troupe ne tarda point à prendre le même chemin.

Je rentrai dans notre cour, où je compris mieux la phrase embarrassée du miryalaï. Je vis clairement pourquoi nous ne pouvions continuer à occuper la maison : le feu avait été mis par les soldats au repaire du Grec ; les flammes léchaient déjà notre mur. Ce procédé turc me causa une véritable horreur.

Je m'élançai pour sauver un paquet d'armes non débal- ç lces et quelques menus objets. Lorsque je redescendis, le feu avait fait de rapides progrès. Toute la ruelle reten- ± tissait de cris, de lamentations; le tumulte était indes- ** criptible. Il faut avoir été témoin d'un incendie à Cons- ". tantinople pour se figurer l'indicible panique dont les foules sont saisies à la première annonce du fléau. On j.

ne songe pas même que le feu pourrait être combattu, on ne cherche qu'à fuir. Les maisons de bois, presque les seules qui se rencontrent dans la ville, brûlent comme des allumettes ; au bout de quelques heures il n'en reste ■ plus que des cendres.

Baruch, pétrifié de terreur, était toujours debout au milieu de la ruelle ; sa femme semblait à demi évanouie. Je les consolai tous deux de mon mieux et les décidai à empaqueter leur mobilier, hardes, batterie de cuisine, etc. j?

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Le tout n'était pas lourd. Puis je les engageai à m'accompagner chez les Mafleï, où ils trouveraient un asile provisoire. Quelques portefaix se chargèrent du déménagement.

Pour nous, nous quittâmes sans regret notre logis d'aventure. L'opulent boulanger ne perdait sans doute pas beaucoup par cet incendie. N'importe, les autorités turques ont des procédés singuliers !

La maison de nos hôtes était fermée quand nous y revînmes ; cependant nos coups redoublés la firent bientôt ouvrir. La famille se rassembla autour de nous, fort surprise de la brusque solution de l'affaire, mais furieuse lorsque je lui appris comment Ibrahim avait fini. Ces gens ne se consolaient pas de ne pouvoir exercer sur leur ennemi une vengeance personnelle et plus cruelle encore.

Mafleï reçut charitablement les vieux juifs mes protégés ; il les casa tout de suite chez lui et me promit de s'en occuper.

En me reconduisant au pavillon du jardin, Islame dit d'un air gai :

« EfTendi, devine quel hôte inattendu, mais bien cher, nous est arrivé en ton absence.

— Comment le devinerais -je? Est-ce quelqu'un que je connaisse?

— Tu ne l'as jamais vu, mais je t'en parlais souvent en Egypte. Je vais l'appeler. Il faudra que tu devines qui il est ! »

Je me sentais assez curieux de voir ce personnage , qui sans doute avait quelque rapport avec l'événement dont nous étions occupés chez les Mafleï.

Au bout d'un instant Isla rentra, accompagné d'un vieillard que je ne connaissais nullement.

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Cet homme portait le costume turc des classes ordinaires. Rien dans sa personne ne me mettait sur la voie des souvenirs. Ses traits brûlés par le soleil étaient prononcés, sa mine résolue. Le chagrin, plus encore que l'âge, semblait avoir creusé les rides profondes de ce j\ visage , qu'entourait une longue barbe blanche comme la neige.

« Le voilà, effendi ! Devine ! devine ! criait Isla.

— Je ne devine pas du tout, murmurai-je assez embar-

rasse.

— Il faut pourtant que tu devines ! »

Et, se tournant vers le vieillard, Isla lui dit : . ^i

« Parle dans ta langue maternelle. » ^

L'homme s'inclina et prononça ces mots :

« Sxpuga pdkoran visqpko pocsh tondant ! Je suis le dévoué serviteur de mon très honoré maître, x

Cette salutation serbe, si respectueuse et si solennelle, me rappela aussitôt une foule de choses. Je m'écriai en tendant les mains au vieillard :

« C'est Osco !... Ah ! mon père , je suis heureux de te voir î »

C'était, en effet, le père de Senitza. Il me témoigna toutes sortes d'amitiés. Sans me laisser le temps de me * h reposer, il se mit à me raconter son histoire.

Lorsque sa fille unique avait été enlevée, le malheureux homme jura, en véritable Oriental, de ne rentrer chez lui qu'après l'avoir retrouvée. Souvent il crut découvrir la trace de Senitza et fut toujours cruellement déçu. Il parcourut l'Asie Mineure et l'Arménie, sans souffrances $

ni privations matérielles, puisqu'il était fort riche et voyageait en grand seigneur, mais rongé par le chagrin. Découragé, à bout de forces, Osco venait de s'arrêter ^

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à Constantinople , où il était descendu chez les Mafleï, ses anciens correspondants. On juge de la joie du vieillard , qui retrouva si soudainement sa fille , mariée avec Isla, et auquel on présenta sa femme, car celle-ci s'était fixée près des jeunes époux.

L'odyssée du vieil Osco n'était possible qu'en Orient. Dans notre Europe mieux policée, elle n'eût point été nécessaire; d'ailleurs, on l'aurait taxée de folie parmi les gens sages.

Osco, dans son bonheur, n'oubliait pas sa vengeance. Les passions mahométanes ont un peu déteint sur les chrétiens incomplets du Levant. Il voulait absolument contraindre le jeune derviche Ali Mana à des aveux sur sa famille.

J'obtins avec peine d'être chargé, à la place des intéressés, d'une seconde démarche près d'Ali.

Enfin je pus me livrer au sommeil; j'en avais besoin. Mais, agité comme je l'étais, je m'endormis assez tard. On fut obligé de me réveiller le lendemain. Mafleï m'envoyait avertir qu'un homme insistait beaucoup pour me parler.

Comme on se couche tout vêtu en Orient, je fus bientôt prêt. Le messager me pria de me rendre immédiatement dans la maison de San Dimitri, où l'ex- barbier allemand m'avait conduit : ce dernier voulait me voir. Il était fort pressé.

« Mais qu'est-il arrivé? demandai- je.

— Je n'en sais rien, reprit l'homme. Je demeure à San Dimitri. On est venu me chercher pour me dépécher vers toi, c'est tout ce que je puis dire.

— Bien. Retourne vite et annonce -moi. »

Je payai la commission. Cinq minutes plus tard j'étais

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en chemin avec Omar, car je croyais prudent de me faire accompagner. Halef étant un peu fatigué, à cause^ de sa blessure, je préférais le laisser reposer. Nous avions"" pris des petits chevaux de louage, dont le propriétaire/ nous suivait, tenant ma bête par la queue et courant; comme elle. f

Le trajet fut assez rapide. ?

Sur la porte nous attendait le frère de l'hôtelier, dont les traits me rappelèrent un vague souvenir. Il me salua respectueusement et me dit à voix basse :

« Effendi, es -tu cet Allemand qui est venu, il y quelque temps, avec un certain Hamsad el Djerbaya? .',

— Qui. i

— Il désire te voir.

— Où est- il?

— Il est couché là-haut. Ton compagnon t'attendr

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