‹ Une maison mystérieuse à StamboulChapitre 5 sur 17 · L'XE MAISON MYSTERIEUSE · texte numérisé non relu

L'XE MAISON MYSTERIEUSE

serait respectée. Les deux troupes mahométanes se rencontrèrent au milieu de la rue Droite, venant en sens contraire. On se rassembla dans la vaste église de Saint- Jean, et, sur les instantes représentations d'Abou Obeïda, Khalid consentit non' seulement à laisser la vie sauve aux chrétiens, mais à leur abandonner la moitié de leur église.

Pendant environ cent cinquante ans, chrétiens et musulmans prièrent dans la même enceinte ; puis un des Ommiades, nommé Ouelid, jugea bon de tout confisquer au profit de ses coreligionnaires. Il offrait, il est vrai, une compensation pécuniaire aux chrétiens; mais ceuxci, peu confiants en ses promesses, refusêrenr l'argent en s'obstinant à invoquer le traité.

Une prophétie répandue parmi le peuple menaçait d'une incurable folie celui qui oserait porter la main sur l'église vénérée. On cro)\iit que le calife se laisserait ' effrayer par cette tradition. Loin de là : il fut le premier qui, armé d'une hache, brisa sans pitié les magnifiques-; statues du grand autel. On mura ensuite la porte des ■' chrétiens, et l'église lut complètement transformée en ► mosquée.

Le temple de Saint -Jean -Baptiste était fermé par une '1 muraille pleine. Des colonnes d'ordre corinthien soute- naient les voûtes; des mosaïques et six cents lampes • massives ornaient le sanctuaire, sans parler des statues. ?-

Pour construire la nouvelle mosquée, le calife fit venir ; douze cents architectes, artistes et ouvriers grecs; il ; A transporta à Damas les plus belles colonnes des ruines/de la Syrie.

Sur les comptes présentés ne figuraient que dix-huit'^

bêtes de somme ; le reste de la force nécessaire à la mise ,

en œuvre des matériaux avait été emprunté aux bras humains.

Ouelid paya ces frais énormes et fît brûler les notes, pour ensevelir à jamais le» secret de la dépense.

D'après Mokadi, écrivain arabe, les murs de la mosquée sont revêtus de marbre à douze pieds de hauteur, et de là jusqu'au haut des voûtes s'étend une mosaïque de verre et d'or relevée de couleurs éclatantes.

Les voûtes des bas-côtés, supportées par des colonnes aux chapiteaux dorés dont le fût est en marbre noir, et les pignons de la galerie de la cour, qui reposent sur des colonnes de marbre blanc, sont également revêtus de magnifiques mosaïques. Le Koubbet-en-Nasr (coupole du Vautour) se termine par un citron et une grenade d'or. Trois minarets surmontent l'édifice. Celui de la Fiancée, an nord, a été bâti par Ouelid. C'est une simple tour, avec un sommet en forme de boule. L'EI-Gharbié (coupole occidentale) affecte le style égypto -arabe. Il a huit pans, avec des galeries se superposant jusqu'au haut; son dôme affecte aussi la forme d'une boule. Enfin le troisième minaret, celui d'Isa (Jésus), présente une tour carrée à laquelle se joint une fine colonnette au toit aigu, telle que le comporte le style turc. Ce minaret est entouré de trois balcons très élégants pour les exercices du muezzin. Sur le plus élevé de ces balcons, disent les Arabes, le Christ viendra s'asseoir au dernier jour, afin de séparer les méchants d'avec les bons.

Tout près de cette belle mosquée, dans la rue Droite^ s'élevait la demeure de* mon compagnon de voyage. L'entrée de la maison donnait sur une misérable petite ruelle faisant angle avec la rue principale.

Nous nous engageâmes, à la suite du marchand, dans

cette ruelle étroite et tortueuse, sans trop savoir où il nous conduisait. Une fois là, il ne m'était guère possible de reculer ni de refuser son aimable et pressante invitation. Cest ainsi que nous devînmes ses hôtes.

Nous nous trouvions devant une haute muraille de briques, dans laquelle je ne vis d'autre ouverture que celle d'une porte fort haute et large.

Le négociant descendit de son cheval, ramassa une pierre et frappa de toutes ses forces avec ce marteau primitif. Quelques minutes après , la porte s'ouvrit à l'intérieur : une figure noire comme de l'ébène apparut sur le seuil.

« Allah ! c'est le maître ! » s'écria le nègre en s'empressant d'ouvrir.

Le marchand nous 'pria de le suivre. Je fis signe à Halef de m'accompagner ; mais je laissai mes deux Irlandais en compagnie du noir pour s'occuper des chevaux.

Nous pénétrâmes dans une cour longue et étroite, bornée par une seconde muraille don* la porte était ouverte. On arrivait alors dans une autre cour carrée, dallée de marbre et entourée de trois côtés par des arcades toutes festonnées de verdure. Il y avait devant chacune de ces arcades des caisses contenant des orangers, des grenadiers, des figuiers, etc.

' Le quatrième côté, celui par lequel nous entrions, ressemblait à un parterre semé de jasmins, de roses de Damas, de fleurs odorantes, etc.

Au milieu du patio s'arrondissait un bassin de granit rempli d'une eau limpide, où jouaient une foule de jolis poissons d'or et d'argent.

Au-dessus des arcades de verdure apparaissait le second étage, peinturluré des plus vives couleurs, et auquel con-

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