‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 14 sur 52 · I.E MIDI · texte numérisé non relu

I.E MIDI

— Je ne puis pins vivre ainsi , dit Louise d'un ton résolu; il faut qu'il m'entende, qu'il s'explique. S'il croit avoir le droit de me mépriser, eb bien ! qu'il vienne, qu'il m'accuse, je saurai bien me justifier peut-êtrej mais du moins, dussé-jenelepointconvaincre, je connaîtrai la cause de ses dédains et de son abandon.

— Eh! ma chère enfant, de quoi allez-vous vous inquiéter, et quelles idées vous mettezvous dans la tête aujourd'hui? N'êtes-vous pas heureuse ?

— Non , je ne le suis point, répondit Louise, les yeux gros de larmes , et avec une vivacité inaccoutumée.

— Que vous manque-t-il donc ? les titres , les honneurs, pleuvent à volonté autour de vous, N'êtes-vous point comtesse? n'avez-vous point un carrosse , des valets , de riches ameublemens? S'il vous reste à désirer quelque chose, eh bien ! parlez. Il est naturel à votre âge", dans votre position , honorée , comme vous l'êtes , de l'amitié du roi, d'avoir quelques petits mouvemens d'ambition : de cela nul ne saurait

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VOUS blâmer. C'est être ingrat envers la fortune, que de n'en savoir point tirer parti; mais de ce côté, quel obstacle rencontrez-vous qui ne vienne de vous-même ? Le roi vous a-t-il jamais refusé quelque chose ? ou plutôt lui avez-vous jamais rien demandé ?

— Et que lui demanderais-je encore aujourd'hui? le repos de l'ame, le bonheur, sontils des choses dont les rois, plus que les autres, puissent disposer !

Madame de St-Cernin parut s'alarmer des discours de Louise, et du ton qu'elle prenait . — Le repos de l'ame ! dit-elle ; eh ! ma chère enfant, si votre ame est troublée, est-ce monsieur de Marillac qui lui rendra le calme ?

— Pourquoi non ? ne m'a-t-il pas juré protection, comme je lui ai juré fidélité?

— De la façon qu'il tient son serment , vous seriez presque dispensée du vôtre. C'est vous qui le protégez, et non lui qui vous protège.

— J'en suis heureuse, dit Louise; mais du moins si le sort me favorise assez pour que je

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puisse lui être utile, s'il est satisfait des avantages que notre union lui a procurés, expliquezmoi alors comment il peut me liaïr.

— Vous haïr, lui! il n'a garde,

— Eh bien ! reprit la jeune comtesse , en s'animant de plus en plus, — dévoilez-moi donc ce mystère! Oui, vous avez raison, il ne me hait pas , j'en suis sûre, car j'ai souvent surpris dans son regard l'expression de l'intérêt et de l'amitié. Mais pourquoi ne levois-je point, sinon au milieu de la foule? Pourquoi, si un léger mésentendu seul nous divise , ne clierche-t-il point à l'éclaircir? Pourquoi vous, ma tante, ne l'allezvous point trouver pour prendre ma défense, et le forcer de se rapprocher de moi? Non, tout ce qui m'entoure paraît conspirer pour rendre cette réconciliation impossible ; vousmême comme les autres ; et je n'ose chercher à deviner ce qui se passe autour de moi ! Mais ce que vous ne faites pas, et ce que vous devriez faire , je le ferai ! Il refuse de venir à moi , j'irai à lui : il le faut, je le veux!

— Miséricorde! ma nièce, est-ce que vous

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aimeriez votre mari ? s'écria madame de St- Cernin avec une affreuse ingénuité.

Louise la regarda d'un air stupéfait. — N'est-ce point mon devoir, madame? Je vous le répète, j'irai le voir; j'y vais aller à l'instant même. D faudra bien qu'il m'entende. Je me jetterai à ses pieds , et je le supplierai de m'aimer !

— Pauvre enfant ! lui dit sa tante, en lui pressant la main, comme d'un air de pitié, vous ne voudrez donc jamais me comprendre ! Et vous m'accusez, moi qui ai fait tout pour votre bonheur ! Ecoutez.

Louise était au bout de sa fermeté : elle se rapprocha de la baronne avec soumission , appuya la tête sur son épaule, et la laissa parler.

— Voilà comme on se trouble l'esprit ; lui dit la dame d'un ton de doux reproche. — Il me fallait, n'est-il pas vrai, aller supplier M. de Marillac de revenir à vous? Mais, ma fille , n'était-ce point compromettre votre dignité, et bien plus que vous ne pouvez penser; car, encore innocente , quoiqu'épouse , vous ne

savez pas ce que semble demander une jeune femme , délaissée dès la nuit de ses noces , et qui vient ainsi d'autorité rappeler son mari à ses devoirs ! Non , Louise , je ne le pouvais faire, ni en votre nom, ni au mien. La chose est impossible à quiconque se respecte ! Vous voulez maintenant aller trouver monsieur de Marillac , dites-vous ? allez-y , Louise ! et pour prix de cette belle démarche d'une fennne qui vient demander pardon d'une offense faite à elle, l'on vous dira qu'il est absent de chez lui, qu'il en est absent le jour, qu'il en est absent la nuit. Que la nuit^ il la passe, en société de messieurs de Saint-Preuil , de Voiture , de Rieux , à remuer des cartes et de l'or, peut-être moins encore préoccupé de la passion du jeu que du soin de fuir le toit conjugal !

— Il me hait donc ! dit la comtesse, en relevant la tête, et en fixant son œil interrogateur sur celui de sa tante.

— Non , Louise , mais il en aime une autre !

Et après ce grand coup donné, elle s'arrêta

pour laisser au désespoir de sa nièce le temps d'éclater; mais ne remarquant sur ses traits d'autre altération que les signes de la surprise, elle continua :

— C'est auprès de cette autre qu'il passe ses journées, tandis qu'on le croit sur la route d'Olin ville ou d'Attichy : et ne pensez pas qu'ici il y ait matière à doute.

— Oh ! interrompit Louise , il est si cruel de croire trop légèrement !

— Le fait est notoirement reconnu , vous dis-je ; et , s'il faut nommer les masques , la dame n'est autre que la marquise de Bonneval . Vous seule , grâce à moi , l'ignoriez ! Voilà, ma nièce , d'où vient le mystère qui vous entoure, et que vous m'avez reproché. Dites -moi maintenant si c'était à moi de hâter une explication sur ce sujet? Mais vous l'avez voulu, vous m'y avez forcée! Qu'en arrivera-t-il aujourd'hui , que, par le fait même de monsieur de Marillac , votre cœur redevient libre ? Au reste , la faute en doit retomber sur lui seul 1

— Il en aime une autre ! Je le plains , mur-

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