‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 2 sur 52 · I,' ARRIVÉE · texte numérisé non relu

I,' ARRIVÉE

harnachait de leurs selles de velours noir ; les chiens qu'on accouplait , qu'on mettait en éveil en leur parlant , en les houppant , en les forhuant , au son de la trompe ; les faucons chaperonnés qui se débattaient sur le perchoir, et les piqueurs qui d'avance essayaient l'halali.

Dans la cour, se tenaient les officiers de chasse, et, au milieu d'eux, Marillac, habillé d'une hongreline écarlate et bien fourrée , une plume flottante sur le petit chapeau retroussé, et boutonné d'or sous le menton.

Marillac était commandant de vénerie ! Marillac était marié !

Pour arriver là, pour mériter la faveur de Richelieu , il lui avait fallu , par fausse honte , ruser , tromper Lesueur ! — Mais quel moyen lui restait d'agir autrement? — Tout dire à son ami, c'eût été livrer à la merci d'un amoureux enthousiaste , les secrets du cardinal et ceux même du roi! — Le chevalier n'eût point épousé , manquait-il de gens disposés à le remplacer? Que gagnait l'artiste à ce beau dévouement? La race des Vardes et desLiancour est-

LNE CHASSE ROYALE.

elle donc éteinte? — Lesueur est jeune et beau, plein de feu , de talent , et la perte d'une maitresse se répare facilement à son âge !

Telles sont les raisons spécieuses qui ont fini par maintenir dans un calme parfait la conscience de Marillac.

D'ailleurs, pourvu de cette double organisation de certains hommes , à la fois frivoles et sensibles , et n'attachant aux amours de Lesueur qu'une importance relative à celle qu'il donnait aux siens, il en était bientôt venu à se faire un jeu de ce qui d'abord lui avait semblé une odieuse perfidie.

La difficulté pour le chevalier était de s'ouvrir un libre passage jusqu'à sa fiancée.

Lesueur veillait sur la rue du Colombier, comme jadis le dragon sur le jardin des Hespérides. Les yeux de l'amant sans cesse attachés sur le seuil sacré de la maison de Louise, étaient au futur époux tout moyen de le franchir. Celui-ci, fertile en expédiens pour lui comme pour les autres, aborde ouvertement son rival. Il feint de vouloir encore se mettre

l'arrivée. ^

au service de ses amours. — Sa rencontre aux Tuileries avec l'altière baronne, le petit service qu'il était censé lui avoir rendu, suffisaient pour lui donner un prétexte de se glisser dans la place. Il verra Louise, il lui parlera au nom de l'amour! L'artiste applaudit à l'idée, le charge d'une nouvelle missive ; et le soir même, le chevalier s'est introduit chez ces dames, à la joie grande de Lesueur, qui, après avoir voulu à toute force raccompagner jusque là , deux heures durant , reste patiemment à la porte , ou fait sentinelle le long de la chaussée, eu attendant le résultat de l'entrevue.

A sa sortie de chez la baroime , Mariliac , l'air taciturne, répondit aux questions pressées de Lesueur, par ces mots terribles , qu'il- accompagna d'un soupir : — Elle va se marier !

Ce fut alors que l'artiste s'exila de Paris, croyant dire adieu pour toujours à sa ville natale et à Louise.

Depuis , les jours se sont rapidement succédé, et chacun d'eux a apporté son changement

l..\E CHASSE ROYALE.

dans le sort de Marillac '. Aujourd'hui , installé en cour , époux , sauf les réserves , sans créanciers et la bourse pleine , ne doutant pas un instant de l'entière guérison amoureuse du fugitif, il ne songe qu'à sa première chasse, qui va s'ouvrir !

En ce moment , au milieu de tout ce tapage de vénerie, qui retentissait dans le château de Versailles, encore faible sur la science de son nouveau métier, il déguisait son non-savoir, en interrogeant, la tête haute, comme pour les mettre à l'épreuve , ceux qu'il était chargé de diriger.

— Mon brave , disait-il à un vieux piqueur, voyons ! dites-moi la tête de cerf.

— Messire , le cerf porte tête à deux ans , et ses bois alors se nomment dagues ; à la troisième année, il porte de quatre à huit cornettes; à la quatrième , de huit à dix ; ainsi de suite jusqu'à la septième , où sa ramure est faite et parfaite.

— Est-ce là tout , mon brave ?

— Non , messire ; bien s'en faut. La base de

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