‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 21 sur 52 · VN HASARD · texte numérisé non relu

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qu'elle lui ménageait à son retour! Est-elle revenue dans son ancien logis ?

Il y descend, et n'y voit que des figures étrangères. A ses questions on ne répond que par des paroles vagues. — La maison est si grande et a tant de locataires ! L'allée est ouverte à tous venans. — On a déménagé. — On a emménagé. — On n'a rien vu. — On ne sait rien!

Il court à Nanterre; la mère Cormier se pâme en le voyant, et reste plus étonnée que lui-même, au récit qu'il lui fait, car elle tient le prix du marché.

— Tout a été vendu , dit-elle , vendu et livré j à preuve que voici l'argent. Prends-le, mon fieu, prends vite; tu dois en avoir besoin, et je ne saurais garder si grosse somme devers moi. Depuis qu'elle est là, sous mon chevet, vois-tu, je n'en ai point dormi, comme si un jeteur de sorts avait mis un œil d'hirondelle dans mon lit.

Tandis qu'il se débat avec elle à ce sujet, on Irappe à la porte de la chaunîière. Lesueur

ouvre , et c'est Louise qui se présente à lui ! Louise qui sort de la chapelle de Sainte-Geneviève , encore tremblante , encore émue de la scène dont elle vient d'être victime.

Pour la seconde fois , il doute , il rêve , il pense qu'une illusion l'abuse , qu'il est en proie au vertige.

L'émotion et la rougeur de Louise redoublent; car il lui semble qu'il va lire sur son front la cause de son trouble et de son saisissement. Elle recule, en se voilant le visage, et Lesueur n'ose se rapprocher d'elle^ dans la crainte de voir s'évanouir à ses yeux la céleste vision.

Ainsi , la première entrevue de ces deux amans , qui n'avaient plus de pensée que l'un pour l'autre, fut marquée d'abord par un double rax)uvement de contrainte et d'hésitation.

— C'est vous , M. Lesueur , dit enfin la jeune femme, la voix oppressée, et appuyant ses deux mains sur son cœur pour en modérer les battemens.

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— Ils se connaissent ! s'écria la mère Cormier, — accourant, se plaçant aussitôt entre eux 5 levant ses petits bras , et regardant Louise d'un air d'admiration: — Bonne Vierge ! revoilà bien, dit-elle, cette belle fille miséricordieuse, le second tome de la Providence , et qui distribue des écus d'or aux petits enfans, tout ainsi que les autres leur donnent des dragées ! Comment ! ma noble demoiselle , vous connaissez mon fieu ! vous savez son nom ! C'est donc cela, que le jour où vous êtes venue dans cette chaumière^ comme l'ange du Seigneur chez la pauvre Agar, vous aviez tant de hâte de voir sa lettre ! et vous pleuriez en la lisant, que j'en étais honteuse de ne pas pleurer plus que vous !

— Quoi ! dit Lesueur, violemment agité. Mais il ne put poursuivre , car il ne savait

par quel nom interpeller Louise.

— Eh bien ! garçon , reprit gaîment la dame Cormier, — tu restes court comme l'âne de notre voisin ! Allons ! — aux bien-venus les bonnes paroles ! — as -tu donc la langue morte? Dis quelque chose à mademoiselle.

— Mademoiselle ! . . . murmura Lesueur.

Louise jeta sur lui un doux regard empreint de tendresse et de regret. Puis elle s'avança de quelques pas dans la chaumière.

— Vous voilà donc enfin de retour , monsieur Lesueur? lui dit-elle. Que votre absence a été longue! — Et se retournant vers la veuve Cormier: — N'est-il pas vrai, bonne mère? mais vous devez être bien heureuse aujourd'hui !

— Ah! tous les saints du paradis, en contemplant la face du Christ ressuscité , ne sont pas plus heureux que moi, qui en ce moment revois mon pauvre fieu, mon enfant, mon sauveur , après Dieu !

Et, pressant de s^es deux grosses mains le visage du jeune homme, elle lui attirait la tête pour couvrir son front de baisers.

— Voyons , Eustache , reprit la vieille ; qui dit voyageur dit conteur, et je ne sais rien encore de ta route! Sainte Vierge! celte belle enfant-là n'est pas de trop, puisque vous vous

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connaissez de loin ! elle entendra ton récit sans trop de déplaisir , j'en suis garant !

— Oui , monsieur Lesueur , votre bonne mère nourrice a raison, interrompit Louise avec expression : j'ai grande envie de vous entendre !

— Mais voyez donc comme ils se regardent tous les deux! ajouta la veuve Cormier, en les examinant alternativement, la figure radieuse, et en témoignant encore sa joie par des mouvemens multipliés de tète et d'épaules. — Ils semblent vraiment tout honteux et quasi perclus d'aise ! Ah ! le beau couple que ça ferait ! Mais il n'y faut point songer , n'est-ce pas, Eustache? la demoiselle a l'air trop accoutumée à la soie !

— Vous avez raison , ma mère , dit Lesueur avec trouble.

Louise rougit et les battemens de son cœur redoublèrent.

— A fille noble, homme d'épée, continua la bonne vieille; — noblesse avec roture vont de mauvaise allure! — Race croisée, race mépri-

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sée ! disaient nos pères ! Eh bien , c'est dommage ! mais ne parlons plus de cela , fieu , et commence tes histoires. Le moment est bon pour nous dégoiser ça , à n'en pas perdre un mot ; les trois petits tapageurs sont chez la voisine, et mon grand père que voilà est dans son jour de silence. Depuis ce matin, vois-tu, il n'a parlé que pour les morts ; il cause en dedans avec ses amis défunts.

Et ce disant, elle préparait deux sièges de bois devant l'âtre qui brûlait encore, jetait quelques sarmens dans le feu , et reculait soigneusement son aïeul dans le coin de la cheminée, pour faire place, après lui avoir au préalable mis un gros chapelet de verre entre les mains, afin de l'occuper.

Excité par les questions pressantes de Louise, bientôt Lesueur surmonta sa trop vive émotion , et il raconta , sans suite , sans ordre , mais avec un accent parti de l'ame , ce qu'il avait vu , ce qu'il avait observé ; ses ennuis dont il taisait la cause , mais que quelqu'un là, devinait assez ; puis ses travaux , ses succès.

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