‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 22 sur 52 · UN HASARD · texte numérisé non relu

UN HASARD

Il passa toutefois sous silence son premier tableau fait à Lyon. Et Louise, en l'écoutant, s'oubliait, et se sentait heureuse.

Pendant ce récit , la mère Cormier , debout derrière s,o\\Jieu , appuyée de ses deux coudes sur le dossier de sa chaise, lui prêtait toute son attention , et lui baisait les cheveux , interrompant ses caresses fréquentes des exclamations de : Vierge divine! — Pauvre enfant! — Jésus, bon Dieu ! — Cher ange !

Lorsqu'elle crut en avoir assez appris pour satisfaire à sa curiosité de mère , ne pouvant plus tenir en place, tant le mouvement lui était d'habitude et de nécessité, elle sortit de la chambre, pour aller préparer de la crème , des œufs, et déterrer une bouteille d'un vin vieux de Surène , qu'elle avait en petite provision pour le vieillard. Les pauvres gens , surtout quand ils ont souffert de la faim , pensent toujours que c'est là pour eux une politesse indispensable vis-à-vis des hôtes qu'ils veulent bien recevoir, la première condition du bon accueil, et que nul ne saurait se refuser au plaisir

de manger, dès que l'occasion s'en présente.

Restés seuls , en compagnie du soldat centenaire, étranger à tout ce qui l'entoure, les deux amans se tiennent d'abord muets l'un devant l'autre.

Lesueur craint de perdre ce vague espoir qui tout à coup vient de renaître en son cœur; car les yeux de Louise, en rencontrant les siens , ont semblé parler d'amour encore , avec une expression même plus vive qu'autrefois ; et ce mot de mademoiselle , tant répété par sa mère Cormier, l'a jeté dans un doute dont il ne voudrait pas trop tôt sortir!

De son côté, Louise comprend ce qu'une explication peut amener entre eux d'amertume et de regrets; et déjà succombant à moitié sous les secousses qui l'ont agitée , elle veut écarter les sensations pénibles , et se livrer , ne fût-ce que pour un instant, à la douceur de reprendre ses songes d'amour près de l'objet aimé.

Et tous deux, rapprochés, mais s'isolant par la rêverie, craignent en se parlant de

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