UN HASARD
détruire le charme qu'ils éprouvent à penser l'un à l'autre !
Cependant ils ont tant à se dire !
Louise, la première, rompt ce silence. Ses souvenirs l'ont reportée vers les circonstances omises dans le récit du voyageur , et relevant la tête, souriant, en lui adressant un regard de tendresse :
— Vous ne nous avez pas parlé de votre sainte Ursule, monsieur Lesueur.
— Quoi ! vous savez ! dit le jeune homme avecsiu'prise. Vous connaissez mon audace, et vous me la pardonnez ! J'ai forcé chacun d'adorer publiquement celle que je n'osais plus honorer moi-même qu'en secret ! Oh ! ne m'accusez pas ! si votre image vint ainsi se placer là , sous mes pinceaux , c'est qu'elle était trop fortement empreinte dans ma tête et dans mon cœur ! Oh ! vous ne comprendrez point ce qui se passait en moi, lorsque pour m'efforcer de vous oublier, je prenais mes crayons ! Saisi de vertige , les yeux attachés sur la toile blanche et nue, je la voyais tout à coup se colorer
comme par magie j des nuances animées couraient sur ce tableau que mes pinceaux n'avaient pas encore effleuré ! Ces nuances se mélangeaient , s'arrêtaient d'elles-mêmes ! et votre figure alors saillissait du cadre , vivante , mobile , avec un regard qui parlait au mien ! et moi , doucement terrifié à cette apparition , je craignais de la faire s'évanouir en voulant la fixer ! puis , elle s'effaçait ! . . . Je pleurais en voyant ma Louise m'échapper de nouveau.
C'était du délire , de la folie ! Oh ! j'ai bien souffert !
Louise ne répondit point -, mais elle lui tendit sa main, qu'il saisit avec transport et qu'il garda long-temps entre les siennes . Il ne savait plus que penser ! Cette confiance , cet abandon, le sourire de joie qui se peignait sur ses traits, lorsqu'elle écoutait l'expression de son amour ; cette main qu'elle livrait à ses caresses, tout ranimait, ressuscitait en lui les illusions détruites, et le bonheur qu'il avait cru perdu à jamais !
— Votre cœur serait-il libre encore? lui de-