‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 24 sur 52 · L'N HASARD · texte numérisé non relu

L'N HASARD

nianda-t-il enfin d'une voix étouffée et tremblante.

— Mon cœur?... Oui... murmura Louise.

— Bonté céleste ! ce fatal mariage ne s'est donc pas accompli ? Je puis donc toujours espérer, toujours vous aimer , vous le redire du moins ? reprit-il , avec l'accent de la passion ; car rompre avec mon amour m'était impossible : c'est ma vie !

— Ne nous berçons pas d'idées trop riantes, dit-elle. Et cependant pourquoi repousser ce qui nous rend heureux ? Un jour , une heure même, ne sont-ils donc rien dans la vie ! — Puis, avec un soupir, elle ajouta : — L'erreur est quelquefois si douce! Espérez ; moi je tâcherai d'oublier !

— D'oublier ! répéta Lesueur , avec inquiétude.

— Ne m'interrogez pas. Il y a si longtemps que je n'ai connu un moment de vrai bonheur! Plus tard je vous dirai mes peines.

— Nous nous reverrons donc , Louise ?

— Pourquoi non ? Faut-il donc nous con-

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damner de nouveau au supplice de l'absence? La force nous manquerait peut-être. — Et d'un ton presque joyeux, elle acheva : — Mais nous n'essayerons pas !

Lesueur baisa la main qu'il tenait.

— Ouij nous nous reverrons, poursuivit Louise; vous serez mon guide, mon appui, mon consolateur!

— Etes-vous donc malheureuse ? sécria Lesueur.

— Pas en ce moment, dit-elle, avec un de ses doux sourires.

— Et quelle est la cause de vos chagrins?

— Vous la connaîtrez plus tard, vous dis-je; si je me sens le courage d'en parler. Mais, quoi qu'il arrive, ne cherchez pas par vous-même à la pénétrer. Vous me le promettez ?

— Je le jure !

— Qu'il vous suffise de savoir que je n'ai jamais aimé qu'un homme au monde, que cet homme, je l'aime plus que jamais! que je puis

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l'aimer sans remords , et que , de ce côté , je ne crains point de vous livrer mon secret !

Le ciel s'était ouvert pour Lesueur! Il baigna de ses larmes la main de Louise.

— Eh bien! lui dit-il, ranimé, enthousiasmé, je ne désire plus rien! Si le temps présent nous est fatal, d'autres jours nous sont réservés. Nous vivrons heureux, Louise; je n'en veux plus douter: ce serait nier la justice de Dieu ! N'est-ce pas lui qui a pris soin aujourd'hui de nous rapprocher l'un de l'autre? Le hasard marche souvent dans les voies de la Providence : voilà ce que m'apprit mon vieux père. Il avait raison ; et maintenant, je bénis, comme une faveur du ciel , le hasard qui nous a réunis ici ! maintenant je crois à l'avenir !

— L'avenir ! répéta Louise , défions-nousen : l'espérance trompe ! Croyez-moi , faisons comme les vieilles gens qui se réjouissent avec leurs souvenirs ! les miens m'ont été d'un grand secours! - — Et, d'un air de doux reproche : — Les vôtres sont-ils effacés déjà ,

Alors ils en vinrent à parler de leur temps passé, en ne lui reconnaissant toutefois pour durée que celle de leurs amours. Ils se rappelèrent le ballet de l'Hôtel-de-Villej et Lesueur se justifia complètement de ses torts prétendus au sujet de la Polonaise; puis, cette lettre donnée aux Tuileries , le sac volé ; et Louise eut grand'peine à cacher sa violente émotion , en apprenant là que Marillac avait été l'ami, le confident de Lesueur. Oh ! dans ce moment, pour tous les trésors du monde , elle n'eût pas voulu lui révéler le nom qu'elle portait, dans la crainte d'accabler ce malheureux , à la fois trahi par l'amour et par l'amitié ! et combien l'aversion vouée par elle à Marillac s'en augmenta !

Louise ne se remit de son trouble que lorsqu'ils se transportèrent au milieu des souvenirs si purs de la Visitation , dans l'allée des tilleuls , à la chapelle du couvent j et ils s'entretinrent avec joie et reconnaissance de la bonne supérieure Angélique Lhuiilier , et de mademoiselle de la Fayette surtout.

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