‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 39 sur 52 · U.\ COMPLOT. 3H · texte numérisé non relu

U.\ COMPLOT. 3H

et se dirigea , en traversant toutes les petites rues qui côtoient le Louvre , devers une maison de belle apparence , située sur le quai de l'Ecole ; et il trouva là , dans une grande anxiété de son retour, deux autres prêtres : Scotti , nonce du pape , et le jésuite Chanteloube , confesseur , conseil , agent secret de la Reine-Mère, Marie de Médicis : Fun appuyé des pleins-pouvoirs de la cour de Rome , pour abattre le cardinal, qui , s'il avait comprimé l'hérésie en France , la protégeait en Allemagne, et feisait trembler le Saint -Père luimême; l'autre, agissant clandestinement, au nom de la veuve de Henri IV et de ses filles , la Reine d'Angleterre , et la Duchesse de Savoie.

Eh bien ! jamais conspiration n'avait mis Richelieu si près de sa perte que ce complot de prêtres et de femmes, conçu devant un miroir, et tramé dans un confessionnal!

Les armées du roi combattaient alors en Italie et dans le Roassillon , sous les ordres du

cardinal de la Valette, du duc de Longueville et du prince de Condé. Vers le nord, Feuquières assiégeait Tliionville; le maréchal de Châtillon gardait les frontières de la Champagne ; mais la meilleure armée de France, l'armée d'élite , était occupée au siège de la ville d'Hesdin , en Artois , sous le commandement du marquis de la Meilleraie. parent et créature du cardinal de Richelieu .

Celui-ci, pour rehausser la gloire de cette future conquête, peut-être aussi pour en prendre sa part, se disposait à rejoindre la Meilleraie. Afin de mieux assurer la réussite, des troupes fraîches, détachées même des régimens des garder et des mousquetaires royaux, auxquelles venaient de se joindre les régimens du duc d'Orléans, étaient déjà en route pour donner aide aux assiégeans.

Richelieu devait partir dans la nuit , escorte par sa compagnie de gardes , commandée par la Houdinière. C'est sur ce départ que les conjurés ont compté.

Le ministre et sa troupe, courant par relais^

UN COMPLOT. ;ii;{

rejoindront sur le chemin de Picardie les renforts en route pour Hesdin. Ces renforts ont pour chefs Tilladet, Lasalle, Guitaut, Tréville, Fontrailles , St-Ibal , tous hommes d'audace , dévoués au roi , mais ennemis secrets du cardinal. La Reine , menacée jusque dans ses droits de mère et de souveraine , par l'acte qui la devait déclarer déchue de la régence , a fait agir les ressorts de l'intrigue et de la séduction auprès d'eux. Plusieurs ont leurs amours parmi les filles d'honneur d'Anne d'Autriche. A ceux-ci , l'on a promis mariage , et de doux regards les ont poussés dans la voie périlleuse ; à ceux-là, l'on a parlé de commandemens supérieurs , de la dignité royale avilie par un ministre insolent, enfin, de leur intérêt d'abord, et de celui de la couronne ensuite. Il fallait un chef à cette entreprise hardie , et Gaston d'Orléans , après de grandes hésitations , entraîné par son esprit brouillon , par les refus récens faits à sa mère de revenir de l'exil , se jette dans la révolte pour la quatrième fois , et non pour la dernière.

SK» LE MALADE.

Mais du moins aujourd'hui les conjurés ont agi avec prudence : Gaston n'est point sorti de Blois , la Reine n'a point quitté son entourage ordinaire. Aucun écrit ne peut les compromettre, sinon les ordres cachetés pour les troupes du duc ; mais ils sont entre les mains de Fontrailles , et ne doivent être connus que lorsque la chance du succès sera assurée.

Un prêtre , un confessionnal , et des pénitentes qui ne se connaissaient pas entre elles , voilà quels ont été les agens et le lieu de réunion des conspirateurs.

Enlever le cardinal au milieu de sa faible escorte, le transporter dans la forteresse de Sedan, sous la garde du duc de Bouillon et du comte de Soissons , ses ennemis , tel est leur but. Ce but, ils sont près de l'atteindre !

Et Louise se trouve agissante au milieu de cette vaste et terrible intrigue ! Pauvre jeune ame, formée pour une vie douce et paisible, et que tous ont pris plaisir à détourner sans cesse de sa route, à fausser, à torturer ! Ils l'ont faite

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