UN COMPLOT
Celle-ci, se troublafit à la singulière accentuation d'une voix qui lui est étrangère , et sans répondre , presse le pas pour franchir le petit pont-levis du château ; mais cette femme la suit, traverse avec elle les cours, les escaliers, les corridors. Saisie d'une espèce de terreur, la comtesse se retourne enfin.
— Que demandez-vous , madame ? lui ditelle.
— Je demande sa vie , son bonheur , son repos, que vous pouvez lui rendre d'un mot peut-être !
Et le nom de Lesueur est murmuré par la suppliante.
A ce nom, la porte secrète s'ouvre. Quand l'inconnue se trouva seule avec la comtesse , après un regard jeté autour d'elle , tombant tout à coup aux pieds de Louise :
— Par pitié! par grâce! madame, dites, dites! — s'écria-t-elle avec exaspération, l'œil interrogateur, les mains jointes , les lèvres tremblantes, donnant tout à la fois à son accent l'au-
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toritéde l'audace qui exige, etla douce inflexion de la prière qui implore . — Répondez comme vous répondriez à Dieu... répondez... il ie faut ! — Etes-vous la maîtresse du roi ?
— Quelle horreur ! — Et la jeune comtesse , se reculant avec une vive expression de mépris, cacha d'abord sa figure entre ses mains ; puis, relevant ensuite son front rougi de honte et d'indignation : — Eh ! qui êtes-vous , pour oser ici m'adresser une telle question?
— Â quoi bon dire qui je suis ? Ce n'est pas de moi qu'il s'agit, madame : c'est de lui, de lui seul! — répond Jeanne, toujours à genoux, et la parole haletante. — Vous ne savez donc pas qu'il a failli mourir en rapprenant... et qu'il en mourra, quoiqu'il soit debout maintenant, grâce à nos soins? Mais qu'importe que ses jambes le soutiennent , si la mort est au cœur ! Saint Dieu î vous ne l'avez pas veillé pendant douze longs jours , vous , madame ; vous n'avez pas été témoin de son mal et de sa grande désolation j vous n'avez pas vu ses pleurs , vous n'avez pas entendu ses cris ! Sans
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cela , que vous l'aimiez ou que vous ne l'aimiez pas , mensonge ou vérité , ne fût-ce que par pitié , vous seriez accourue lui dire -. — Non , je ne suis pas la maîtresse du roi ! — Mais il n'en est rien, n'est-ce pas? Ces mots, vous pourrez les prononcer sans trouble et de pleine assurance. Eh bien ! tant mieux! le remède en sera plus sûr. Mais vous viendrez , il le faut; vous viendrez le consoler, le rassurer, l'aimer, pour qu'il vive!
Louise sanglotait. Au milieu de ces doux projets qu'elle formait de le revoir, apprendre que Lesueur a vu se briser l'illusion qui le soutenait encore, qu'il la sait mariée et la croit coupable ; qu'il en souffre, qu'il en meurt ! oh ! il y avait là de quoi donner à son ame, déjà exaltée, une dernière et puissante impulsion. Que lui font aujourd'hui les cabales de la cour, la tyrannie du cardinal, la faveur du roi , l'amitié même delà reine ! Elle n'a plus devant les yeux qu'un seul objet: c'est ce jeune homme, à peine hors de son lit de douleur , qui Tappelle et qui l'at cuse.
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— Ne saurai-je point votre nom , dit-elle enfin à la Brabançonne, vous qui semblez prendre à lui tant d'intérêt ? Mais votre figure ne m'est pas inconnue. .. il me semble l'avoir vue déjà... — Et elle fit un mouvement d'effroi ; car son souvenir lui représenta tout à coup cette femme , cette courtisane , violemment démasquée au bal de l'Hôtel-de-Ville. — Non , non j c€ n'est pas vous , poursuivit Louise ; ce serait vous faire honte que de le penser !
Jeanne se releva alors , et lui faisant une révérence, comme pour prendre congé d'elle : — Jésus ! madame , oubliez la messagère, mais gardez souvenance du message. Il mourra si vous ne venez à son aide. Voilà tout ce que j'avais à vous dire. Si ma présence vous est pénible... oh! croyez-le, il ne m'a pas fallu peu de résolution pour que je vienne ainsi devant vous ! bonté divine !
Elle se retirait : Louise la retint. Le nom de Lesueur prononcé rapprocha de nouveau ces deux femmes , et bientôt la noble comtesse et