‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 2)Chapitre 42 sur 52 · UX COMPLOT · texte numérisé non relu

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la pauvre courtisane , se ralliant par un même désir, écartèrent toute autre idée, pour ne plus songer qu'aux moyens de sauver leur malade.

Cf €arro6$f.

Un matin, Lesueur, pâle encore, les traits amaigris, portant sur son jeune front une première ride récemment creusée par la douleur , par la perte de ses plus douces croyances , essayait des impressions de l'air et du soleil, non loin de son logis. Assis sur l'un des bancs de pierre de la place de la Sorbonne , il avait à ses côtés ses compagnes fidèles , Jeanne et la mère Cormier. Toutes deux tâchaient par leurs propos de le tirer de son profond abattement, et à

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toutes deux il souriait tour à tour, pour les remercier de leur bonne intention, plus que pour répondre aux paroles qu'elles lui adressaient; car son esprit était ailleurs.

Malgré lui , sa pensée n'avait plus de force que pour retourner en arrière. Dans sa rêverie, il avait là, devant lui, comme un vaste tableau , développant une immense perspective ; des pavs , des villes , des rivières , de larges chemins s'y croisaient de toutes parts , des milliers de monumens surgissaient de tous côtés; et lorsqu'il y attachait ses regards . la plus grande partie s'en effaçait tout à coup. Des nombreux édifices de Paris, il ne voyait qu'un couvent , dans un feubourg ; de ses rues si diverses, si variées, celle du Colombier restait seule debout. Il détournait la vue : c'étair [Santerre, c'était St-Germain, qui lui apparaissaient ; puis la galerie d'Apollon .s'ouvrait. Son cceur se brisait, et, après un ellort violent poui s'arrachera ce souvenir, il se retrouvait à son point de départ, en fece du couvent de la Visitation; et sans cesse, et toujours, sa pensée h'

ramenait par la même route à ses mêmes angoisses.

Aussi le sourire qu'il adressait à ses angesgardiens portait-il l'empreinte d'un tel sentiment de tristesse , que, convaincues de leur impuissance à le distraire , les deux causeuses mirent bientôt fin à leurs propos.

Ils étaient là tous trois : Lesueur dans son même tourment d'idées ; la Brabançonne , inquiète , préoccupée , portant ses yeux autour d'elle, tressaillant au moindre bruit, et la mère Cormier, à qui le silence et l'inactivité étaient choses insupportables, sommeillait déjà, accablée sous ce double fardeau , lorsqu'un carrosse, débouchant par la rue de la Harpe , s'arrêta à quelque distance du banc de pierre.

Sous le prétexte de faire prendre au convalescent un salutaire exercice , Jeanne l'engagea dans une petite promenade sur la place j et comme Lesueur longeait le carrosse , une voix en sortit qui prononça son nom . Il tourna la tête ianguissamment. La portière s'était ouverte, le marchepied venait de s'abattre.

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— Arrivez à nous, maître Lesueur, — lui dit la même voix, d'un ton d'enjoûment; — je vous amène un médecin qui , par phylactères et paroles magiques, pourra peut-être vous guérir de vos maux. Montez.

L'artiste leva les yeux. Deux femmes masquées étaient dans la voiture. Encore dans le trouble de cette rencontre , à laquelle il s'efforçait en vain de donner un motif , il reculait d'un air d'indécision ; mais la Brabançonne le guidant doucement par le bras :

— Allez , lui dit-elle ; Jésus ! les dames vous font-elles peur aujourd'hui? Et à l'instant, Lesueur se trouva sur les coussins moelleux du carrosse, face à face avec les deux inconnues. La portière s'était refermée , et Jeanne , en poussant un soupir, se hâtait de rejoindi^e la mère Cormier qui s'éveillait, pour la rassurer sur les suites de ce quasi-enlèvement.

Ne sachant que penser , dans l'attente d'une explication , le jeune homme , d'un air défiant et contraint, examinait tour à tour chacune des deux dames. Celle qui lui avait d'abord adressé

.'{'/ÎO LE MAl.AUE.

la paroie, était grande, d'une laiiic eiej^ante; et la façon dont elle agitait son éventail , en le rapprochant de sa bouche , les mouvemens de son corps , les plis légers de son menton , témoignaient que la contenance embarrassée de l'artiste excitait plutôt sa gaîté que son intérêt. L'autre , enveloppée dans une large cape, se tenait appuyée au fond de la voiture , dans un état de presque immobilité.

— Vous aurez foi dans nos ordonnances , monsieur, lui dit la première, en lui remettant un papier , une lettre ; — sinon point de guérison ! La lettre contenait ces mots :

c< Monsieur de Marillac m'est un étranger ; je » n'aime, et n'ai jamais aimé que vous. Alors » comment aurais-je pu appartenir à un autre, :-) cet autre fùt-il le Roi ! Exigez-vous que je le » jure devant Dieu? Croire en mes paroles se- » rait mieux à vous. Dites que vous y croyez. » Votre Louise. »

Lesueur prit le papier; mais à peine eut-il entrevu la signature ^ que d'une main trem-

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biante il le rendit à celle qui le lui avait donné.

— Est-ce un piège qu'on veut me tendre ? dit-il; est-ce encore une moquerie? et qui vous a chargée de ce soin, madame ? Il v a sans doute de quoi s'égayer dans tout cela ^ — ^ ajouta-t-il, avec son sourire de souffrance et d'amertume. — Oh ! ne retenez pas le rire qui vous prend , c'est un homme digne de la raillerie de tous , celui dont la raison se laisse vaincre si facilement . M ais cette lettre qui l'a dictée ?

qui Ta tracée?. .. Connais-je cette écriture? Et vous-même , madame , qui ètes-vous ?

La personne ainsi interpellée ôta son masque ; mais Lesueur ne l'avait jamais vue : sa surprise et sa défiance s'en augmentèrent.

— Mon visage ne vous est pas familier , et vous met en soupçon;, maître Lesueur, lui dit la dame : peut-être daignerez-vous donner plus de créance à celui-ci .

Aussitôt elle dénoua subtilement le masque de sa compagne, et Louise, Louise elle-même parut devant l'artiste , la figure baignée de larmes. Ces larmes, c'est en contemplant les

traces que la maladie a laissées sur les traits de Lesueur, qu'elle les a senti couler; c^est en remarquant cette sorte d'effroi et d'hésitation dont il est pris à son aspect, qu'elle les sent couler plus abondamment encore.

Elle le regarda douloureusement , puis elle lui tendit la main : mais vers cette main il n'avança pas la sienne pour la saisir , comme il l'avait fait avec transport au foyer de la mère Cormier .

— Ah ! lui dit-elle avec des sanglots , vous avez ajouté foi à la calomnie !

— La calomnie ! — répéta-t-il d'un ton d'accablement , et en laissant tomber son front sur sa poitrine. — Eh bien! madame... oui... c'est de la calomnie. . . On vous a calomniée. . . vous le dites , je dois le croire. Je veux avoir jusqu'à la fin confiance dans vos paroles : elles seules m'ont consolé déjà. .. J'ai trop souffert en ouvrant l'oreille aux discours des autres ! . . . Dites aussi que vous n'êtes pas mariée... j'y croirai de même. . . je tâcherai . . . pour ne pas mourir ! ' — Puis , se rejetant convulsivement dans l'an-

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