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gle opposé de la voiture : — Oh ! s'écria-t-il , jr ne tiens pas à la vie cependant!
Louise était restée interdite : elle voulut parler, elle ne le put; mille idées se pressaient en foule dans sa tête; mais les mots qui devaient les exprimer mouraient sur ses lèvres. Envoyant pâlir et se décolorer de plus en plus le front de Lesueur, en comprenant le doute profond qu'il avait dans l'ame, ses moyens de défense lui paraissaient insuffîsans ; elle les repoussai î tour à tour, et pourtant il fallait le convaincre pour le sauver.
L'autre dame essaya de venir à leur secours ; mais avec ce langage froid des cœurs indifférens.
— Monsieur Lesueur, lui dit-elle, la démarche faite en ce moment par madame la comtesse vous dit assez l'intérêt qu'elle vous porte, el devrait, ce me semble, suffire à sa justification auprès devons.
— Sa justification! reprit le jeune homme; et qu'a-t-eile besoin de se justifier? L'ai-je accusée? S'il en a été ahisi, c'est donc dans 1(^ déiir«"
de la fièvre ! . . . Autrement, est-il une parole de ma bouche, est-il un mouvement de mon cœur, qui n'ait pris parti pour elle. . . même coiïtre ma raison! — Et se tournant vers la comtesse, alors en proie à l'exaltation de la douleur : — Louise, vous pleurez... sur moi... et sur vous, n'est-il pas vrai ? Sur moi , qui viens de voir se dissiper ma dernière illusion; sur vous, dont l'ame était créée pour la vertu ! Oh ! nous sommes bien malheureux! Mais, encore une fois, ce n'est pas vous que j'accuse de mon désastre , ni de votre chute ! . . .
A ce dernier mot , le front de Louise se relève, la parole lui revient, ses pleurs s'arrêtent; faisant un mouvement vers Lesueur , comme si elle voulait qu'il pût mieux lire dans son regard :
— Ecoutez-moi ! s'écria-t-elle ; je ne suis pas coupable, sinon d'avoir cru trop légèrement aussi , moi , aux discours de ceux qui vous calomniaient. De là mon mariage , de là mon malheur : ma faute n'a pas été plus loin ! Mais quelle preuve en donner? Connnent porter en
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VOUS la persuasion ? ceia est-il en mon pouvoir? Oh! dites que vous me croirez, si je le jure, poursuivit Louise avec l'accent du désespoir, et en lui saisissant les mains qu'elle baignait de larmes : — Eh bien ! par le ciel ! par mon salut ! non, je ne suis pas, je n'ai jamais été la maîtresse du Roi ! . . .Vous gardez le silence. . . doutez- vou.^ donc encore?
Au même instant , une voix forte et vibrante se fit entendre en dehors de la voiture.
— Je ne doute plus , moi , madame?
Et le petit rideau de la portière, tiré brusquement , laisse voir un homme à cheval , et dont la figure se trouve à la hauteur de celle des trois interlocuteurs, terrifiés soudain à sou aspect.
C'est Marillac.
— Merci, madame la comtesse, continua celui-ci , merci de cette bonne parole que vous lie m'adressiez pas , et qui m'est entrée si douce dans l'amc. — Il n'osa arrêter ses yeux sur Lesueur, en le retrouvant si pâle et si défait;;
mais les dirigeant sur l'autre dame, avec uu sourire de dédain et d'ironie : — Mademoiselle de Chémerault, lui dit-il, il paraît que vous êtes une excellente Dariolelte * pour les galans commepour les maris; mais, vive Dieu! cette fois le désintéressement est complet du moins , car Cinq-Mars n'est pas là en quatrième pour vous faire compagnie.
Mademoiselle de Chémerault , si vertement apostrophée , s'apprêtait à répondre ; Louise regardait Marillac avec épouvante, et son bras, étendu devant Lesueur, semblait vouloir le protéger contre la fureur d'un époux ; car, dans les paroles prononcées par celui-ci , elle ne voyait que l'expression d'un sarcasme amer. L'artiste, désignant le comte par un geste véhément, et l'œil fixé sur la jeune femme, s'était écrié d'une voix affaiblie :
— Devais-je me laisser prendre à la calomnie, madame la comtesse! Votre ennemi, votre accusateur, le voici!
' Caraériste complaisante , dans ^wr/f/?.v rff.ç Gniiles.
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Et tandis que les quatre personnages de cette scène se montraient agités d'émotions si vives et si diverses ; que la Brabançonne , à la vue de Marillac, redoutant de nouveaux périls pour son malade, accourait à son aide , soudain une clameur bruyante et prolongée retentit sur la place de la Sorbonne , et vint forcément les distraire tous de leurs puissantes préoccupations.
C'était une troupe nombreuse d'écoliers , de pages , de gens des métiers , qui , débouchant par la rue des Mathurins et par les avenues de l'hôtel de Gluny, s'arrêtèrent en tumulte devant les bâtimens de la Sorbonne , élevés par les soins et la munificence du cardinal de Richelieu. Dans ces bandes de tapageurs qui venaient de faire irruption sur la place, les uns étaient armés de bâtons , de perches ; d'autres portaient sur une sorte de pavois un grand mannequin habillé de rouge , et le soutenant sous les bras au moyen de leurs longues perches , ils le firent danser devant la Sorbonne, autour
d'un feu de joie qu'ils allumèrent, et le cri de maître Gonin ! maître Gonin! (surnom que les Parisiens donnaient à Richelieu) fut à la fois répété par mille bouches.
Attiré par ce spectacle , excité par ces cris , tout le menu peuple des environs afflua bientôt de ce côté, s'informant de la cause du tapage. Lorsqu'ils en furent instruits, les uns prirent un air de doute, et rentrèrent chez eux ; les autres se mêlèrent joyeusement au cortège du mannequin ; et à travers cette foule qui , grossissant , descendait la rue de la Harpe et gagnait les quais , le carrosse , ne contenant plus que les deux dames , suivit sa route, protégé contre les espiègleries des écoliers et les insultes de la populace, par un cavalier à la figure imposante, qui le défendait du geste et du regard, et lui frayait passage au besoin.
Lesueur, légèrement appuyé sur le bras de la mère Cormier, regagna son ateher, inattentif à ce bruit de la foule qui bourdonnait autour de lui; et cependant de grands