LA LOI D'ADULTÈRE
qui se troubla sous le regard du Ministre. Richelieu poursuivit :
— Je saurai de nouveau vous défendre contre vos ennemis, Sire ; mais contre les miens , qui me protégera , puisque vous m'abandonnez ?
— Moi, vous abandonner! Ne vous ai -je pas toujours été bon roi? murmura Louis XIII, déjà courbant la tète, et rentrant sous son jougfamilier.
— Ah ! Sire, vous avez toujours été le meilleur des maîtres! et c'est pour cela que je tiens à confondre, en votre présence, ouvertement , celui qui a cherché à me perdre dans l'esprit de Votre Majesté. Qu'il vienne! qu'il paraisse ! on me le nommera peut-être !
— Ce ne sera pas moi, monsieur le cardinal. '
— On m'accuse de travailler à mon intérêt privé lorsqu'il s'agit de l'honneur du Roi ! de m'opposer au retour de ma bienfaitrice, votre auguste mère! Sire, n'ai-je point déjà uni ma voix à celles qui vous imploraient pour elle? Je
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songe à vous survivre! disent-ils. Eh ! sire, il y a trois ans, ne vous ai-je pas institué mon héritier? '
— Cela est vrai : ainsi remettez-vous , mon cousinj nous n'avons jamais douté de votre dévouement à notre personne, et quand ces propos furent tenus, le Roi a pris votre défense et déclaré que vous lui étiez un bon et fidèle appui dans les affaires de son royaume.
— Sire , et vous refusez de me nonlmer mon accusateur !
— Que vous importe son nom si nous n'avons pas prêté créance à ses discours ?
— Mais c'est une guerre si lâche que me fait là celui qui frappe en se cachant, qu'il est du devoir de toute ame chrétienne de me dire de quel côté je dois renforcer ma cuirasse.
— Eh, vrai Dieu ! dit le roi, déjà fatigué de la lutte, et ne cherchant plus qu'à en sortir , —
' Il fit prier le roi d'accepter une donation qu'il Toulait lui
faire : c'était de son hôtel de Richelieu , de sa chapelle de dia-
mans , de son buffet d'argent ciselé et de son gros diamant. Le
Roi accepta cette donation , et l'acte en fut passé le 6 juin 1636.
Vie du Cardinal de Richelieu, par Leclerc, t. 3, p. 7.
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VOUS prenez l'alarme trop vite, mon cousin. La personne qui m'a ainsi parlé de vous n'est point votre ennemiej elle est étrangère aux cabales de la cour, et seulement soucieuse de ce qui regarde notre bien-être et le repos de notre conscience — Vous ne voudriez pas vous venger d'une... femme?
— De la Reine ! Dieu me garde d'en avoir la pensée ! s'écria le cardinal en épiant attentiement la contenance du roi.
— Ce n'est point la Reine, interrompit Louis XIII avec vivacité.
Puis craignant d'en avoir trop dit :
— Au surplus , qu'importe ! la reine ou toute autre ! La reine a-t-elle tant de raisons de vous aimer ? Voulez-vous donc me forcer à me porter moi-même comme dénonciateur ?
— Je n'insiste plus, répliqua Richelieu, qui connaissait enfin , sans qu'on le lui nommât , le nouvel ennemi qu'il avait en cour. — Si ce n'est qu'une femme, —je lui pardonne. Elle n'a fait que répéter sa leçon... Oui, je lui pardonne !
380 SECONDE JOURNÉE DES Dl'PES.
L'expression singulière dont sa figure s'anima alors fit éprouver au roi comme un frisson de terreur. Ce mot de pardon^ en tombant des lèvres de Richelieu, avait toute la solennité d'un arrêt.
— Allons , dit Louis xiii , en essayant de se lever, restons -en là pour aujourd'hui : le pardon doit clore notre séance.
— Sire, avant de nous séparer, reprit Richelieu, de l'air du plus grand calme, ne jetterez-vous pas un coup d'œil sur les édits et projets de loi de l'arriéré qui sont là devant vous. — Et comme le roi paraissait répugner à prolonger l'entretien : — Il nous va falloir songer aux choses de la guerre, Sire. La nécessité vous forcera peut-être à vous mettre avant peu à la tête de vos armées du Nord ; car votre présence suffit pour assurer le succès. — Le roi se redressa, et prêta attention. Il était brave de sa personne, et s'entendait même fort bien à ranger des troupes en bataille. — Il est donc indispensable, ajouta le mi-
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nistre , de mettre ordre aux affaires de l'intérieur ^ tandis que le temps nous reste.
Louis XIII feuilleta la liasse de papiers que Richelieu avait précédemment déposée devant lui. Il y vit des édits bursaux sur les impôts, la taille et le taillon ; puis des ordonnances à faire enregistrer au parlement, sur les attroupemens de laquais, de pages et d'écoliers. Il signa le tout. Puis un dernier édit se trouva sous sa plume.
— Qu'est cela ? dit-il; une loi sur l'adultère ! Ne me l'avez-vous pas déjà présentée ?
— Oui, Sire, lorsque vous vous disposiez à vous mettre en route et en chasse pour ChantiUy.
— La mort ! dit le roi , en lisant la conclusion de redit , la mort pour en finir d'une amourette ! Cela n'est-il pas trop sévère ?
— Le conseil étroit n'a fait ici que remettre en vigueur les ordonnances de votre illustre aïeul saint Louis , celles même de votre auguste père.