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382 sEcoivnE jorn.vÉE des dupes.
— Elles ont reçu plus d'un démenti jusqu'à ce jour, ce me semble.
— Il est vrai. Le parlement de Paris luimême n'est, sur le rapt et sur l'adultère, d'accord avec aucun autre parlement du royaume. A peine l'est -il avec ses propres arrêts. Une femme a dernièrement été pendue en Grève , pour cause d'infidélité envers son mari; vingt autres, coupables comme elle, n'avaient été condamnées qu'à un simple emprisonnement.
— Mais, dit le roi, en croisant les bras, et paraissant réfléchir. — La prison ne suffit-elle pas , et ferons-nous de mon règne un règne de sang?
Et sa main qui tenait la plume tremblait... de remords, presque de pitié, car il songeait qu'il n'avait plus le droit de se montrer sévère pour un crime que lui-même avait été sur le point de commettre.
— Au surplus, — reprit avec une feinte indifférence, le cardinal qui voyait son indécision, — l'édit peut se remettre à d'autres
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temps. C'est par mëgarde qu'il s'est trouvé uiêlë aux différentes ordonnances soumises aujourd'hui à l'approbation de votre Majesté; qu'il n'en soit plus question , en insistant , j'aurais l'air de vouloir me venger.
— De vous venger? et de qui? dit Louis XIÏI, se retournant tout à coup vers le ministre placé debout à son côté.
— De qui ? répondit Richelieu d'une voix grave. — De celle qui a cherché à détruire dans votre cœur l'affection que vous portiez à votre serviteur fidèle , de celle qui m'a calomnié auprès de Votre Majesté. Cette loi pourrait l'atteindre peut-être! Qu'il n'en soit pas ainsi, et le pardon que j'ai prononcé sur elle sera complet !
— Mais qui donc voulez-vous désigner? — s'écria le roi dans une violente émotion. — Dites! répondez! je l'ordonne!
— Eh bien! puisque vous l'ordonnez, sire , celle que je désigne comme mon ennemie et comme épouse adultère, c'est la comtesse de Mariliac !
38'» STCONDE JOURNEE DES DIPES.
— Cardinal-duc, vous êtes un méchant homme, et vous-même venez de calomnier votre Roi !
Ici Louis XIII se leva : son agitation était au comble. Il fit quelques pas dans la chambre, presque en chancelant et en s'appuyant contre les meubles et les tapisseries. Richelieu le suivit du regard, et s'inclinant avec respect.
— Je jure Dieu, dit-il, que Votre Majesté a mal interprété le sens de mes paroles.
— Et moi, — dit le roi, en s'arrêtant et avec un geste d'emportement , — je jure Dieu aussi que mon amitié pour madame de Marillac l'a laissée pure, et que celui qui l'accuserait , et que les juges qui la condamneraient, seuls auraient mérité la mort !
— Qui jamais a songé à mêler votre royale personne à cette question d'adultère ? répliqua vivement le cardinal. — Votre vertu, sire, ne courait pas risque de faillir auprès de la comtesse j votre amitié pour madame de Marillac eîit été de l'amour, qu'elle avait dans le cœur
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de quoi vous résister ! Ses autres tendresses la protégeaient trop bien !
— Quoi donc ! . . . dit le roi.
— Ce n'est plus moi qui raccuse, poursuivit Richelieu. Vous connaissez son écriture , sire ; lisez. Et il remit au roi cette lettre ainsi conçue :
« Monsieur de Marillac m'est un étranger ; » je n'aime et n'ai jamais aimé que vous : alors » comment aurais-je pu appartenirà un autre, » cet autre fût-il le Roi ! Exigez-vous que je le » jure devant Dieu? Croire en mes paroles » serait mieux à vous. Dites que vous y croyez.
Votre Louise. »
Louis XIII tomba de nouveau sur le siège qu'il venait de quitter. Sa pâleur et son émotion le rendaient méconnaissable. Il fureta parmi les papiers épars sur sa table , pour y retrouver cet édit qui punissait de mort le crime d'adultère. En reprenant la plume , sa main tremblait encore; mais cette fois ce n'é-
tait ni de remords ni de pitié: c'était de colère et d'indignation.
Rendant l'édit à Richelieu : — Que cette loi atteigne ou non la comtesse , dit - il , elle ne doit plus rester à notre cour. Qu'elle retourne... à son mari! — A son mari... qu'elle déteste ! ajouta-t-il d'une voix éteinte et concentrée.
Le cardinal sut mettre à profit les emportemens du maître. Peu de jours après, La Salle, Tréville , Tilladet, Guitaut, Fontrailles, Saint- Ibal , avaient partagé la disgrâce de la comtesse. Gaston était retourné à Blois ; Anne d'Autriche maudissait de nouveau la tyrannie de Richelieu, et il n'était plus question de faire revenir la Reine-Mère de son exil.