‹ Une maitresse de Louis XIII (volume 3)Chapitre 28 sur 51 · LA BUTTE DES CARRIÉHES · texte numérisé non relu

LA BUTTE DES CARRIÉHES

bourguigiloites , gravissait à tâtons le sentier opposé , après avoir laissé son cheval aux soins d'un page. Une casaque de buffle, de larges hauts-de-chausses de guerre, de fortes bottes éperonnées, et un ceinturon, véritable ai^senal d'espèce particulière, qui contenait une lanterne, une écritoire, une courte dague et des pistolets , complétaient son attirail. Pardessus le tout, était jeté un vaste manteau à la lombarde, qui, certes, lui donnait plutôt l'air d'un marchand forain , que d'un chevalier errant.

Dès que tous deux s'entrevirent dans l'obscurité , ils se hélèrent par un mot de passe :

— Compère , la route de Saint-Germain ? dit l'un.

— La route du Catelet? demanda l'autre.

Se rapprochant aussitôt , ils échangèrent silencieusement des papiers, dont chacun, de son côté , prit lecture ; l'homme au cheval et au page ayant allumé sa petite lanterne. Alors

230 LES ESPIOAS.

seulement ils se saluèrent, en multipliant les signes de la plus haute considération.

— Comment va sa majesté? dit le cavalier.

— Je crois que son éminence sera contente de moi, répondit le piéton.

On eût vraiment pensé , à ce début , que les deux principaux personnages du royaume étaient en présence , si le dernier interlocu teur , se penchant vers son compagnon , d'un air de profond mystère, n'eût ajouté : — J'ai découvert le pot aux roses ! Le roi est amoureux !

— Belle trouvaille ! dit l'autre ; nous le savions !

— Mais il ne s'agit plus ici de mademoiselle de la Fayette. . .

— Nous le savons encore ! Il s'agit d'une jeune pensionnaire, nommée Louise de la Porte!... ajouta le maître du page.

A ce nom, le maitre du valet recula de trois pas.

LA BCTTK DES tJAlimÈUES. 23[

— Vous le savez ! s'écria-t-il. C'est donc par sorcellerie! car le roi n'en a parlé qu'à moi. L'un de nous deux a rêvé tout haut ! Cela est sur !

— Le Roi est dévot, l'amour est un péché ; un peccavi a pu tout nous apprendre.

— Quoi ! le confesseur de sa majesté, le père Gondran ?...

— Silence ! Que notre science nous vienne du diable ou de notre petit doigt, qu'importe! cordieu !

Connne ils en étaient là, ils crurent entendre un léger bruit, à leurs pieds, dans les broussailles. Inquiets, et prêtant l'oreille avec attention, ils portèrent à la fois la main, l'un sous sa houpelande , l'autre sous son manteau, et chacun en sortit un pistolet, qu'ils armèrent en même temps. Le bruit avait cessé; néanmoins l'habitant du château , ayant peine à se rassurer, tira d'un petit sifflet de chasse un son aigu et prolongé.

Le valet resté près du hameau des Carrières accourut aussitôt. C'était un jeune gars, à la figure niaise , mais aux épaules larges , et d'une vigueur remarquable.

— Nous avons entendu bruire par ce côté-ci, lui dit son maître, en lui désignant un des versans de la butte : — Cherche .

— Si c'est un curieux en observation, ajouta l'autre, et si la distance de lui à nous est telle qu'il n'ait pu que nous entrevoir à la clarté de notre lanterne, et que le son de notre voix lui soit encore inconnu, arrache-lui simplement les yeux , si tu as la main assez dextre pour cela faire ; mais si nos paroles ont pu lui tomber dans l'oreille, assomme-le sur place !

Le valet, s'appuyant du long bâton ferré qu'il tenait, se laissa glisser, dans la direction indiquée, au milieu des hautes herbes et des arbustes qui couvraient le revers du monticule, et disparut.

- — Maintenant, reprit le rude cavalier, la

Page 1