LA BUTTE DES CAKRIKUES
Le jour commençait à poindre , et les deux discoureurs , assez mécontens l'un de l'autre , mais se gardant bien d'en rien témoigner, allaient se séparer, quand, tout à coup, des cris étouffés montent à eux du pied de la butte. Sirois et la Chenaye écoutent, la main sur leurs armes. Les cris deviennent plus perçans, plus distincts, et semblent être articulés avec le double accent de la douleur et de la supplication ; mais soit que le vent frais , qui d'ordinaire s'élève le matin , du côté de l'est, à l'approche du soleil , emportât les paroles; soit que celui qui poussait les clameurs fût contraint de les interrompre, elles arrivaient à nos négociateurs, par bouffées rares et sans suite.
— Votre lévrier a sans doute surpris quelque marcassin dans sa bauge, dit l'ex-archer, et il paraît lui étriller proprement le cuir.
— Jean est un honnête garçon, exact à son devoir, répondit le sieur de la Chenaye ; il a le pied leste et la main lourde. J'ai seulement ap-
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préhension qu'il ne se méprenne; car il est jeune encore et un peu étourdi.
— Cordieu ! seigneur Platon, dans notre passe, on n'y saurait mettre trop de soin. Il ne fait pas bon à détourner le gibier du roi ; et à moins que Jean ne se soit adressé à un curé, porteur du saint Viatique, j'applaudis aux coups qu'il donne à tort ou h raison, le patient fùt-il mon propre frère.
Ils écoutèrent de nouveau , et n'entendirent plus rien; et, l'instant d'après, le jeune valet, le bâton dans sa main gauche, revint à eux, agitant en l'air sa main droite , toute saignante. ''"''
— Eh bien ! sire Jean , lui dit son maître , qu'y avait-il , et qu'est-il donc advenu ? parle bas.
Et sire Jean , en baissant le ton de sa voix , naturellement douce, lui donnant un accent plus doux encore , leur raconte comme quoi , derrière un buisson , il avait découvert un individu gravissant le terrain sur ses pieds et sur ses mains , pour se rapprocher d'eux sûre-
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ment; que cet individu, le flairant sur ses traces, avait dévalé au bas de la montaj^ne , et. s'était rais à fuir; que lai . sire Jean, lui avait jeté adroitement son bâton dans les jambes pour le faire cheoir, et qu'enfin, après quelques horions donnés, comme il poussait des cris de Mélusine, il avait cru prudent, tandis qu'il cherchait son bâton ferré d'une main, de lui clore la bouche de l'autre. — Mais alors, ajouta sire Jean, toujours avec sa voix douce et modérée, — le scélérat m'a mordu !
— Et il a de bonnes dents , dit Sirois avec un rire moqueur.
— Voire! répliqua le valet, en arrachant une poignée d'herbes , et la pressant dans sa main , pour étancher le sang qui en coulait . — Ses dents peuvent être bonnes encore, heureusement le diable a la peau dure , et il n'a plus que lui à mordre !
— Tu l'as tué! s'écria la Chenave, tout bouleversé.
— Très-bien, dit Jean de l'air le plus calme du monde. — Il avait pu entendre.
S-Sn LES ESPIONS.
— Nobiement travaillé, mon garçon ! ajouta Sirois, en lui frappant sur l'épaule; c'est là de l'exactitude à suivre ses instructions. — Eh ! que vous importe, seigneur Pluton? fallait-il mieux qu'il nous laissât espionner ?
— Ce qui m'importe ! reprit la Chenaye , en manifestant toujours une grande anxiété, et en attachant un regard interrogateur sur son valet. — Il m'importe qu'aujourd'hui même c'est jour de confession pour les gens du château, et je crains . . .
— Laissez donc ! répliqua l'archer ; sire Jean oubliera celui-là , et le mettra en réserve pour sa confession générale, faite in articulo mortis, — Mais il est temps de se dire adieu .
Le premier valet de chambre de sa majesté, suivi de Jean le meurtrier, rentra au château de Saint-Germain.
Jacques Sirois descendit de l'autre côté , pour rejoindre sa monture et son page , et quand il arriva près de l'arbre où celui-ci devait l'at-