LA BUTTE DES CARRIÈRES
et mystérieux dans le pays. Alors, rendu à l'impitoyable sentiment de ses devoirs envers le cardinal , après avoir jeté un double regard autour de lui, d'une main ferme, il prend son pistolet, et d'un coup dans la face en défigure entièrement le mort.
Ce n'est point encore assez pour la sûreté de ce prudent négociateur. Ce jeune homme peut conserver sur lui des papiers qui compromettraient Jacques Sirois. Il le retourne, il le fouille, il le déshabille, et, dans la doublure de son pourpoint, trouve une instruction écrite en chiffres ; mais il en a la clé.
Il la parcourt, et son attention est vivement excitée. Bientôt sa pitié pour le mort se change en fureur. Après avoir rudement invectivé le cadavre, d'un pied colère il le pousse et le fait rouler dans une ravine.
Par ordre du cardinal , le page escortait l'archer , ostensiblement pour le servir, secrètement pour l'espionner : car Richelieu ne négligeait aucun moyen de s'assurer de la fidélité
de ses gens. Jacques Sirois était de sa police , le page de sa contre-police. Ainsi se passaient les choses en ce temps-là.
A la détonation de l'arme à feu, quelques villageois sortirent de leurs demeures souterraines ; mais avant que la curiosité les eût poussés jusqu'à l'endroit ensanglanté par le meurtre et le sacrilège, l'archer avait déjà soulevé derrière lui la poussière de la route : il retournait au Catelet.
I/ACCÉS DE VERTl. 245