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gelé, engourdi par le froid, et pleurant encore. A la vue de son maître, monseigneur poussa un cri , secoua sa neige , se précipita à sa rencontre, et lui baisa les mains. Marillac le gronda , l'embrassa , et tous deux reprirent la route de Paris.
Que si l'on s'étonne de la comédie jouée en cette occasion par le terrible cardinal, on a oublié que c'était là un des penchans de son esprit, de frapper d'abord d'effroi ceux à qui il réservait une faveur. Peut-être croyait-il en mieux rehausser l'importance , ou se plaisait-il à faire mouvoir ainsi, en même temps, sa double puissance du bien et du mal. Peut-être était-ce une façon d'étudier le caractère des hommes employés par lui, de faire ressortir en eux quelque côté faible, ou d'y découvrir quelque mouvement généreux, dont la connaissance lui devait être utile plus tard.
De même , dans une autre circonstance , il
fit venir le comte d'Harcourt, et d'un visage
sévère :
— Monsieur, lui dit-il, le roi vous ordonne 1. 26
de sortir de France sur-le-champ! — Et, après s'être fait un jeu de son embarras, et avoir admiré sa résignation, il ajouta : — car, il a daigné vous confier le commandement général de ses flottes dans la Méditerranée.
La position particulière de Marillac , qui le mettait à sa merci, le rendait un homme essentiel à ses vues.
Pour accomplir ses grands desseins , Richelieu avait réduit son roi à ne jouer que le rôle de simple passager sur le vaisseau de l'Etat. De tous ses pouvoirs héréditaires, il ne lui laissait que celui de guérir les écrouelles. Cependant, quoique plein de sages intentions, ce royal passager, d'un caractère faible et indécis, sans cesse influencé par son entourage , gênait parfois la manœuvre, et menaçait de renverser le pilote, seul capable peut-être de conduire le bâtiment à bon port.
C'était peu pour le ministre d'avoir pendant quinze ans lutté avec avantage contre le calvinisme, et ce reste d'anarchie féodale , dont
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les secousses énervaient la France, divisaient ses forces et la privaient de son unité j d'avoir abaissé la maison d'Autriche, son éternelle rivale ; d'avoir jeté le germe d'une révolution sous chaque trône de l'Europe, pour contraindre leurs possesseurs à ne s'occuper que de leurs affaires -, il lui fallait avant tout surveiller son maître, devenu son pupille , et faire descendre sa politique jusqu'aux intrigailleries de cour.
Le petit coucher du roi lui semblait plus redoutable miUe fois que les armées espagnoles et lesparlemens de France réunis.
Un nouveau favori, une nouvelle maîtresse , un caprice , pouvaient anéantir les projets du cardinal au moment même où il atteignait le but. Aussi les alentours du monarque, son confesseur, ses valets, ses confidens, tous lui étaient acquis de gré ou de force. Pour mieux le dominer , il le tenait isolé même de sa famille ; mais Louis , alors , avait besoin de se créer d'autres affections, et c'est contre ces
autres affections que le ministre restait sans cesse en éveil !
L'amour inspiré au roi par mademoiselle de la Porte l'inquiétait. Cette fois^ le maitre prenait ses précautions , s'entourait de mystère pour en bien cacher les apparences et en assurer la durée. Il ne voulait plus s'astreindre à fréquenter les salons de la reine, pour y rencontrer l'objet de son choix. Les filles d'honneur , telles que mesdemoiselles d'Hautefort et de la Fayette, lui avaient causé trop d'embarras. ISe lui avait-il pas fallu les aimer publiquement, au su et vu de toute la cour, lui qu'un rien suffisait pour effaroucher !
Louis XIII changeait entièrement aujourd'hui sa méthode en amour. Il allait marier Louise, en imposant au mari, comme dans une occasion semblable avait fait son père, de galante mémoire, des conditions entièrement restrictives , tendant à le réduire au simple rôle de prête-nom. Ce mari aurait un emploi qui le rapprocherait de sa personne
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royale. Du reste, le chaste monarque, imbu des préceptes du platonisme, ne songeait d'abord à autre chose qu'à se créer une douce occupation de cœur. Et pourtant la jeunesse de Louise, sa fraîche beauté, l'avaient frappé d'une façon plus vive et plus excitante que toutes ses précédentes passions.
Trouver le mari lui paraissait la chose la plus difficile 5 ce qui peut sembler surprenant, lorsqu'on se rappelle que Louis xiii , porté à la médisance par un penchant naturel de son caractère , connaissait assez bien les histoires scandaleuses de sa cour. Aussi l'entendit-on alors déplorer avec amertume que les héros de ces histoires se trouvassent toujours être des hommes mariés. Le jeune marquis de Rieux lui fut cité comme une exception à cette règle. Il était joueur, surtout fort endetté, d'une conscience souple , et très-peu scrupuleux sur les moyens de fournir à ses dépenses.
Le roi écoutant avec un certain plaisir le mal qu'on lui en disait , les bons amis de cour du marquis ne l'épargnèrent pas. Mais ils res-
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tèreutbien surpris de voir le sévère Louis XIII, aussitôt après ^ accueillir de Rieux d'un air de faveur tout-à-fait inaccoutumé.
Un tel arrangement ne convenait point au cardinal^ nous l'avons vu. La Chenaye fut donc chargé de faire triompher Marillac dans cette lutte , où les concurrens devaient se présenter devant les juges du camp , armés , de toutes pièces, de leurs mauvaises qualités, Marillac eut le prix et ne le dut point absolument qu'à la faveur.
Non content d'avoir enlacé le chevalier, qu'il tenait secrètement dans sa main, Richelieu voulut encoi^e rattacher Louise à ses intérêts , par les liens d'une parenté imaginaire.
Et rusant chacun dans cette affaire , quand le roi lui nomma celui qu'il désirait charger du commandement de ses chasses , le ministre feignit une grande opposition, et jeta feu et flammes contre tous les Marillac.
— On a été sévère envers eux , il faut s'amender, dit le roi.
— Mais celui-ci est un joueur !