‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 17 sur 61 · I.IIOÎEL DE VILLE. — LE BALLET. lil · texte numérisé non relu

I.IIOÎEL DE VILLE. — LE BALLET. lil

L MOTEL f»E VILLE

LE BALLI.l

Quand le tumulte se fut un peu apaisé, les dames regagnèrent leurs sièges sur les gradins, et s'y alignèrent de leur mieux. Puis arrivèrent les vingt-quatre violons du roi, pour remplacer ceux de la ville. •

Pendant ce temps, le prévôt des marchands; conseiller d'État et lieutenant civil, vêtu de sa robe de satin mi-partie ; le greffier et les échevins, habillés de même de leurs robes de drap mi-parties, et précédés par les dix sergents de la ville, chacun armés de deux flambeaux blancs, allumés, étaient allés au-devant de Lfurs Majestés, qui atteignaient déjà les monlées. Lorsqu'elles arrivèrent au premier palier, le sieur prévôt des marchands leur adressa un petit discours, en forme de remerciement sur leur bienvenue. Louis XUl lui ayant répondu comme il convenait, les portes de la salle s'ouviirent à deux battants; les violons exécutèrent une marche, les tambours des gardes et ceux des Suisses battirent en dehors ; et le roi, tenant par la main la reine Anne d'Autriche, entra au milieu d'un vivat étourdissant.

C'est ainsi qu'il lit le tour de la vaste pièce, saluant les dames, et donnant des signes de contentement, plus qu'il n'avait coutume d'en donner. Sa figure était moins assombrie que d'ordinaire ; il y avait dans sa démarche, dans son

air, quelque chose de plus vif, de plus eu rapport avec sou âge ; ses cheveux longs et bouclés, ses moustaches noires et légèrement relevées aux extrémités, une royale, large d'abord et qui allait en s'amoindrissant; ajoutaient de l'animation à sa physionomie. On aurait pu croire que son état maladif habituel v enait de disparaître à l'approche du plaisir qu'il se promettait dans cette nuit. 11 portait même un costume plus jeune. Un léger manteau court espagnol, de velours incarnat, brodé d'or, lui couvrait l'épaule ; sur son pourpoint bleu clair, aussi rayé d'or, aux inanches ouvertes, crevées de salin blanc, se croisaient en sautoir un baudrier couvert de pierreries, et le grand cordon du Saint-Esprit, auquel pendait une croix de diamants dont la plaque était répétée sur le manteau. Une riche collerette, et sur son chapeau trois longues plumes, aux couleurs des rois de France, bleu, blanc et rouge, complétaient rajustement

Louise pouvait à peine le reconnaître, elle qui ne l'avait presque jamais vu que triste, morose, et en simple habit de chasse ou de ville. Madame de Saint-Cernin le déclarait beau dans toute l'acception du mot, le premier roi de la chrétienté, el l'homme le plus agréable de tout son royaume. La jeune fille aurait-elle dit autrement qu'elle, parlant à sa tante, et de son bienfaiteur.

Après s'être sufllsamment montré dans sa belle prestance et joyeuse humeur, Louis XIII invita chacun, par l'organe de l'huissier, A reprendre ses jeux et à remettre

1 Le colonel général, à cause de clrirgc, met derrière l'ccu de ses armes quatre ou siï drapeaux des couleurs du roi, qui sont blanc, incarnat et bleu. [État de la Ffance, 1702, t. III, p. 451.) Le bleu était la couleur de nos rois On demandera sans doute pourquoi il y a aussi du blanc et du rouge dans la livrée royale i parce que le blanc était la couleur générale de la nation; à l'égard du rouge,' parce que nos rois, lorsqu'ils tenaient cour plénièrc, étaient vêtus d'une grande soutane rouge, fou» un long manteau bleu, semé de fleurs de lis d'or. [Essais historiques sur Paris, par Saint- Foi x,1. II, p. 105.)

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