‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 22 sur 61 · I IS'B CHASSE ROYALE. — LA CABANE DU BUCHERON · texte numérisé non relu

I IS'B CHASSE ROYALE. — LA CABANE DU BUCHERON

hérissé, le harcela avec rage, et, le voyant se retourner pour fuir, il se jeta en avant, afin de lui fermer la retraite.

Le cerf fit entendre un sourd bramement de colère, prévit l'attaque, baissa vivement la tête, et, lorsqu'il la releva, le roi des chiens greffiers, tournoyant en l'air, retombait sanglant et décousu à la place même qu'il venait d'occuper.

Quand les chasseurs arrivèrent, le pauvre mdllard vivait encore, jappait encore, et, traînant après lui ses entrailles qui lui sortaient du ventre, essayait de suivre le chemin que le cerf venait de prendre A la vue du maître piqueur, un éclair de joie brilla dans ses yeux : il fit un effort pour se relever, mit le nez contre terre, indiqua la trace, poussa un dernier jappement, et mourut.

i Allons, dit Louis XIII, le brave souillard n'aura pas sa double part de la curée, comme je la lui avais promise ; mais je crois que de ce côté il n'y perdra rien : nos chiens aujourd'hui dîneront de bonne soupe. »

Un éclat de rire général salua ces paroles, qui étaient une nouvelle attaque contre Marillac.

et Je jure par saint Hubert, sire, répliqua celui-ci, excité par la raillerie, que, dussé-je le relancer seul, n'ayant pour monture qu'un Ane rétif, et pour meute que deux roqvets de dames, vous aurez ce soir le pied du maudit cerf!

— Dieu vous assiste ! monsieur. En attendant le pied du cerf, je veux que les pattes de l'intrépide miillard mort à à mon service soient honorablement clouées dans le chenil de Versailles.

— Et moi, dit le jeune Nemours, je retiens un de ses os pour on faire un sifflet de vénerie.

— Et moi sa peau, poursuivit madame de Guèménée; j'en veux avoir une paire de gants que je ferai broder et blasonner d'or, et qri figureront au bal de la cour.

Les morts sont insensibles à tant d'honneurs, ajouta de Rieux. Quant à moi, je propose une quête au profit de sa veuve et de ses orphelins, s'il en laisse. »

On ril encore, et le roi tout le premier.

Jamais Louis XIII n'avait pris si gaiement une chasse si mal menée. Cependant, contre son ordinaire, il déclara renoncer à poursuivre. Peut-être ne cherchait-il qu'un prétexte pour regagner Versailles, où Louise l avait précédé.

« Je vous engage à persévérer, messieurs, dit-il aux chasseurs. Pour moi, je parierais ma couronne et mon renom de bon veneur qu'un cerf qui a eu de telles reposées peut nous défier tous. Mais vous devez continuer la promenade avec M. de Marillac ; il s'entend fort bien à la rendre agréable et salutaire. Vrai Dieu ! jamais je ne me suis si bien porté ! Il y aurait de l'inhumanité à vous, messieurs, do ne point l'aider à remplir le serment qu'il nous a fait de par saint Hubert ! Au revoir donc, et bonne chance ! »

H invita les dames de la chasse à l'accompagner, et, suivi seulement de quelques gentilshommes de son service, il partit, laissant Marillac et les autres dans un grand étonne ment.

A son arrivée au château, le roi se fit habiller, puis il rejoignit les dames, qui, dans la plaine, prenaient plaisir à lancer le faucon.

Madame de Marillac, les traits encore un peu languissants, assistait à leurs jeux comme spectatrice, et se reposait sur un tertre, couvert, vu l'humidité du sol, d'un de ces anciens tapis mélangés de laine et de chanvre. A l'approche du roi, elle voulut se lever; mais il ne le souffrit point, et, pour la décider à rester, il s'assit auprès d'elle, ayant mademoiselle d'Hautefort de l'autre côté.

Là, il semblait exclusivement s'occuper de cette dernière; mais ses regards se tournaient souvent vers Louise. A,plusieurs reprises, il s'informa de sa santé, sans plus songer à celle de mademoiselle de Chéinerault, qui l avait si fort intéressé deux heures auparavant ; et il contemplait celle bouche si fraîche et si pure, que dans un mouvement involontaire ses lèvres avaient touchée.

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