‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 26 sur 61 · I,E MARI DE LA FAVORITE · texte numérisé non relu

I,E MARI DE LA FAVORITE

Au printemps, toute la cour, transportée à Saint-Germain, s'y occupait de fêtes, de plaisirs et d'intrigues. Tandis que, dans les deux châteaux de cette résidence royale, chacun ne songeait qu'à se faire convier par le roi pour sa chasse prochaine, ou se préparait à figurer dignement à la grande assemblée qui devait avoir lieu, le soir même, chez la reine, un homme, fuyant le bruit, retiré, solitaire, dans une des parties les plus sombres de la forêt, y paraissait livré à une agitation profonde. Tour à tour les regards attachés sur deux routes opposées, l'attitude pensive, se frappant le front de la main, marchant, se démenant, n'osant s'éloigner, ne pouvant rester en place, se parlant à lui-même, apostrophant les arbres, on eût dit qu'une Ame en peine animait et tourmentait le corps de ce malheureux, forcé d'expier quelque grand crime. Cet homme, c'était le comte deMarillacî

Est-ce donc le remords de ce qu'il a fait qui le tourmente ainsi? Non. A défaut du remords, c'est l'amour qui le tient. L'amour ! à lui qui n'y croyait pas ; oui, l'amour ! Marillac est amoureux, et de qui? De sa femme!

Comme tant de riches dépossédés, la perte de son trésor lui en a seule révélé la valeur.

Sun amour date du jour même de son mariage. Ses visites fréquentes chez la baronne l avaient forcé de reconnaî-

tre ce que d'abord il avait nié : la beauté do Louise et le charme attaché à sa personne.

Lorsque, au pied des autels, la jeune fille .crut s'être enchaînée à lui pour la vie, excitée par le sentiment du devoir, elle s'efforça de lever avec moins de crainte ses yeux vers cet époux que, dans son ignorance, elle jugeait digne de plus d'affection qu'elle ne pouvait lui en donner. Louise se montra alors dans sa candide simplicité ; et sa simplicité, c'était sa séduction.

Mnrillac a vu l'expression revenir sur ce joli visage et l'animer, toutes les nuances d'une sensibilité vraie et d'une coquetterie naïve s'y refléter tour à tour; enfin il a compris la passion de Lesueur et celle même du roi.

La Chenaye, d'après la convention faite, devait lui envoyer un ordre pressé, daté du Louvre, pour donner au marié un prétexte de déserttr brusquement le toit conjugal. Mais l'ordre se fit attendre.

Louise, comme toute nouvelle mariée dans un moment semblable, tremblait, rougissait en le regardant, et semblait attendre de lui quelques paroles de douceur et même de tendresse.

L'ordre n'arrivait pas.

La position n'était plus tenable pour le chevalier. Il ne se sentait pas homme à rester ainsi longtemps, immobile, la bouche muette, les bras croisés, devant une fille de dixhuit ans, jolie, charmante, et qui se croyait sa femme.

L'espoir marche à la suite du désir : la pensée lui vint qu'un remords de conscience avait subitement pris au roi très-chrétien, et que, sans retirer ses bienfaits, il annulerait la clause secrète du contrat.

h Lesueur et le roi sont connaisseurs, se dit-il; mais l'un a quitté la partie, et, si l'autre y veut bien y renoncer, par ma mère! je tiens l'enjeu et je le garde! »

Alors, excité par un sourire, échauffé par le vin de la noce, il en oublia en partie ses engagements, et, malgré la

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