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présence de la baronne, rapprochant son siège de celui de Louise, il vint familièrement s'établir devant elle , en l'appelant mademoiselle ma femme, et lui donnant, parmi tous les surnoms qu'il avait en tète, les plus doux qu'il put trouver.
La baronne, en alarmes devant ces privautés, contraires aux instructions reçues, irritée du retard de la Chenaye, essayait par tous les moyens, par ses signes, par ses regards, d ! rappeler Marillac à son devoir, à ses promesses; il n'en tenait compte, et, près de Louise, sa parole devenait plus tendre, gfcn geste plus expressif. Enfin la baronne éclata, et le mot de déloyauté s'échappa de sa bouche !
La jeune femme, qui, sans comprendre bien le reproche, en prenait la moitié pour elle, se leva, et, marchant vers madame de Saint-Cernin, d'un air humble et caressant :
« N'est-il point mon mari? • dit-elle ; et, tandis qu'elle était là comme suppliante, le front courbé, attendant son pardon, elle se souvint que la bénédiction de sa tante n'avait point, comme il est d'usage, sanctifié son hymen. S agcnouillant tout à fait : « Madame et chère tante, n'ayez point aujourd'hui de mécontentement contre votre nièce, et bénissez-la pour qu'elle soit heureuse.
— Cela est-il convenable dans ce moment? dit la baronne embarrassée. Sommes-nous seuls?
— N'est-il pas mon mari? répéta Louise. Si désormais tout nous doit être commun, eh bien, il en prendra sa part. »
Et de la main elb fit signe à Marillac de venir s'agenouiller auprès d'elle.
Celui-ci eut d'abord grand' peine à garder son sérieux; mais, touché de la coutiance ingénue de Louise, charmé, séduit, remué jusque dans le fond de son cœur par les grâces naturelles et naïves qui éclataient en elle à ce moment, c'est à ses genoux qu'il allait tomber peut-être quand deux coups, vigoureusement frappés à la porte du
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dehors, ébranlèrent toute la maison et renversèrent I s espérances du mari.
C'était l'ordre venu du Louvre.
Il lui fallut partir, partir en emportant dans sa solitude de garçon ce désir de possession dont il venait d'être assailli, et qui devait encore s'accroître par la pensée et les obstacles.
Être amoureux de sa femme, il y avait là pour Marillae plus qu'un grand déplaisir : il y avait danger aussi.
Il essaya d'abord de se distraire par un redoublement de vie folle et dissipée : il joua, mais il gagna; te gain s'acharna après lui. ce qui ne lui convenait en rien, car l'avarice n'était pas assez dans sa nature pour lui pouvoir occuper l'Ame.
Maudissant le sort, il n'avisa plus qu'un moyen de se délivrer de son amour : ce fut d'en éprouver un autre.
Mab il lui fallait un amour malheureux! Il avait inutilement courtisé autrefois une certaine marquise de Bonneval, la seule de ses passions qu'il eût jamais été chercher dans le nobiliaire de France. Elle demeurait à Senlis. (l'était la route d'Atlichy : il avait un prétexte pour aller la voir; il y alla. La dame avait un peu vieilli; mais devait-il y regarder de si près? c'était bien là cette femme qu'il voulait aimer, une de ces vertus capables de le désespérer à tout jamais , s'il était assez heureux pour la désirer aussi peu que ce fut.
11 se présenta donc résolument, comme si cinq années d'absence n'avaient pu suffire pour éteindre son ancienne passion.
Il en revint à parler des jours d'autrefois, des ennuis de l'absence, % des charmes du retour, de la ténacité d'un amour véritable? il s'anima, il s'échauffa. Mais quels ne furent pas son étonnement et sa stupeur, lorsque, à sa première déclaration, franchement formulée, la fausse prude, que l'Age sans doute avait éclairée sur le prix des instants, lui jetant de l'œil un doux reproche, sourit, en lui disant, comme la