LOUISE DE 1.A PORTE
ture, et, suivi de ses mousquetaires, se rendit à Paris, donnant pour mot d'ordre : Au couvent !
Jamais le roi ne s'y était présenté si bien escorté : aussi son passage le long des boulevards et dans le faubourg Saint- Antoine causa-t-ii, comme nous l'avons dit, un étonnement général.
Cette fois il entra au parloir sans faire attention à Louise, et , se tournant brusquement vers mademoiselle de la Fayette :
« Eh bien, lui dit-il, avais-je tortdans mes soupçons? mon frère Gaston recommence ses sourdes menées contre moi !
— Contre le cardinal peut-être, sire.
— S'adressera l'agent de mon autorité, n'est-ce point m'atlaquer moi-même? Est-ce donc pour châtier le cardinal que, malgré notre dernière réconciliation , il exige de nouveau des places de sûreté , qu'il continue ses intrigues avec le comte de Soissons , et que la reine d'Angleterre et la duchesse de Savoie , mes sœurs , le secondent secrètement ? Non ! Gaston est plus jeune et mieux portant que moi ; il est l'espoir des mécontents et des factieux. Je n'ai point d'enfants, il est mon héritier au trône ; il lui tarde d'y mouler, et sans le cardinal, qu'ils ont bien raison de haïr, peut-être y serait-il déjà, et moi je serais sous une tombe ou dans un cloître !
— Ah! sire, votre peuple vous aime, et votre frère n'oserait !
— Il n'oserait ! Gaston ! Pour le retenir, n'ai-je point fait tomber assez de têtes autour de lui? Chalais, Capistran, Montmorency !.... Qu'ont produit tous ces supplices , qu'il méritait de partager?
— Votre père eût fait grAce, peut-être !
— Oui, et mon père est mort assassiné! assassiné par qui? et par l'ordre de qui?... » s'écria avec une sorte d'épouvante cet Hamlet français, dont jusqu'à présent l'histoire n'a pas osé mettre à nu toutes les blessures.
20 l NE MAITRESSE DE LOUIS XIII.
Mademoiselle de la Fayette garda le silence. Elle connaissait ce terrible reproche que le fils de Henri IV croyait avoir le droit d'adresser à sa mère.
Louise regardait le roi avec saisissement. C'était la première fois qu'elle le voyait dans un de ses accès d'emportement , et qu'elle lisait sur son visage cette expression de cruauté qui s'alliait chez lui à des habitudes puériles et à la timidité.
Il continua :
« A peine roi, j'ai vu la révolte envahir toutes mes villes ; mon peuple s'armait contre moi : j'ai cherché un appui dans ma cour ; je n'y ai trouvé que des traîtres ! Je voulus me réfugier dans ma famille, mais de là partaient toutes les trahisons !
— On vous l'a dit ainsi, reprit d'une voix calme son interlocutrice. Peut-être celui qui mit tant de persévérance à vous le faire croire voulait-il vous forcer de vous réfugier seulement sous sa robe écarlate , comme l'enfant effravé sur le sein de sa mère , et prit-il à tâche de vous fermer tout autre asile !
— Vous êtes son ennemie ! reprit le roi d'un air d'impatience et d'irritation.
— Oui , sire , son ennemie, car il est le vôtre , du moins . celui de votre bonheur. Je rends justice à ses hautes qualités; je reconnais les grands services rendus par lui à l'État et à la religion ; mais je le blAme de n'avoir su arriver à ces nobles résultats que par des violences !
— Les reproches sont faciles ; mais la chute du ministre paralysera-t-elle l'ambition du frère?... Il a soif de régner !
— Non, sire ; il a été trop longtemps à même de voir de près les ennuis qui vous tiennent. Essayez de rebrousser chemin sur cette échelle d'angoisses qu'on vous a fait descendre ; gardez votre ministre, s'il est nécessaire à votre gloire, mais veillez sur lui , tandis qu'il veillera pour vous ! s'écria la sainte fille. Rappelez votre mère de l'exil; que
Louise de la home
votre famille se réunisse autour de vous ; voire cour ne lardera pas à se réunir autour d'elle! Ce sont vos divisions domestiques qui donnent courage aux grands seigneurs remuants , en leur faisant espérer des chefs et des appuis jusque'dans la maison royale , comme c'est le mécontentement des grands seigneurs qui met en sédition les provinces. Étouffez le mal dans sa source , et le calme reviendra : du moins il est beau de tenter de le ramener par de tels moyens !
— Mon frère veut régner, vous dis-je, reprit le roi toujours absorbé par sa principale idée.
— • Eh bien , répliqua l' ancienne favorite en relevant résolument son front, couvert d'avance d'une pudique rougeur, il est un moyen de mettre un obstacle insurmontable à cette ambition , qui, dites-vous, le possède, d'imposer silence à ces coupables espérances !
— Lequel?
— L'éloignement que vous témoignez à la reine lui a causé bien des chagrins. Vous l'avez aimée, sire; vous l'aimerez encore en redevenant le témoin de ses vertus et de ses aimables qualités. »
I^e roi écoutait sans avoir l'air d'entendre.
Mademoiselle de la Fayette n'osait s'aventurer plus loin dans l'explication du moyen, et tous deux restèrent un instant silencieux : elle, attendant la réponse du roi, et lui, le complément de son conseil.
Louise, qui voyait l'émotion de son amie, se rapprocha d'elle; mais celle-ci l'éloigna de la main, comme si la vue de la jeune tille pouvait influer en mal sur les déterminations de Louis XIII, et elle essaya de poursuivre; mais la parole tremblait sur ses lèvres.
« Oui, sire la reine vous aime Elle est jeune
encore.
— Elle a mon âge trente-six ans.
— Votre union serait un bonheur pour la France !
UNE MA1TKESSE l>E LOUIS XIII.
— Mais nous parlions de mon frère, et que lui importe? dit le roi.
— Eh! ne voulez-vous pas me comprendre?... Emparez-vous du trône pour l'avenir comme pour le présent!... Votre plus sûr appui contre les complots, sire, ce sera votre fils ! »
Elle lui démontra alors si bien ce qu'un héritier lui devait donner de force et de repos, en comprimant les factions et réunissant toutes les affections et toutes les espérances autour du trône; elle y mit tant d'onction, la sainte lille! se servant avec adresse, même avec éloquence, des raisons qui pouvaient le plus facilement agir sur son esprit; elle en vint à faire, d'un tel air de conviction, Téloge des qualités de la reine, de ses vertus, de sa beauté même, que Louis XIII ébranlé, se laissant aller à la persuasion, oublia en partie les griefs qu'il croyait avoir contre Anne d'Autriche, et promit d'essayer auprès d'elle quelques démarches qui pourraient peut-être amener une réconciliation.
« Mais il est prudent, je crois, dit-il, d'en conférer d'abord avec le cardinal. »
Cette fois, ce fut l'indignation qui empourpra le visage de la religieuse, et la mit hors d'elle jusqu'à lui faire perdre, un instant, même la chasteté de son langage.
o Encore le cardinal! séeria-t-elle; ne vous faudra-t-il pas aussi, pour oser être le mari de votre femme, assembler le conseil d'Etat? »
Le roi, comme à son ordinaire, avait baissé le ton à mesure que son interlocutrice l elevait. Louise s'était unie à mademoiselle de la Fayette, pour hâter une réconciliation entre les deux époux; et, les mains jointes, les larmes aux yeux, l'innocente pensionnaire, qui comprenait à peine qu'il y avait au fond de tout cela une affaire dont les jeunes filles ne peuvent guère s'occuper, prenait, en s'adressant au roi, un petit air malheureux et suppliant, qui certes n'eût pas