‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 35 sur 61 · LE BATSER D'UNE REINE · texte numérisé non relu

LE BATSER D'UNE REINE

tés sur leurs échafaudages, s'apprêtaient à saluer Feutrée de Leurs Majestés.

Elles arrivèrent enfin avec le cérémonial ordinaire, et le prieur des génovéfains alla les installer sous le dais qui leur avait été préparé.

Dès qu'Anne d'Autriche eut fait quelques pas dans l'église, elle aperçut madame de Marillac placée non loin du siège qui lui était réservé.

Elle entra dans le chœur, et s'assit auprès du roi.

La messe dite, on présenta le Dauphin à la bénédiction. Anne d'Autriche alors se leva, et, la tête haute, relevant encore par son air de dignité naturelle la richesse de son costume, elle s'avança seule, d'un pas ferme, jusqu'au pied de l'autel.

Vêtue à l'espagnole plus qu'à la française, et telle à peu près que lorsque, pour la première fois, elle avait été présentée à son jeune époux, elle avait une robe de satin brodée d'or et d'argent; ses manches pendantes et doublées de * martre se renouaient sur ses bras par de gros diamants. Une fraise fermée encadrait sa figure, et faisait ressortir avec plus de vivacité la fierté de son regard, tempérée par la douceur de son sourire, comme la plume noire de héron, qui, retenue dans une agrafe de pierreries, lui ombrageait la tête, opposait habilement son contraste au blond cendré de ses cheveux.

Qui l'eût étudiée alors dans son sourire et dans sa démarche eût reconnu certain air de triomphe vaniteux et de résolution hautaine, peu d'accord avec l'acte religieux qu'elle venait accomplir.

Debout et tournée vers la châsse de la bergère de Nanterre, elle éleva ses mains jointes, et, d'une voix ferme, qui trahissait une émotion secrète :

« Ici, moi, Anne d'Autriche, infante d'Espagne et reine de France, je remercie, dit-elle, Dieu d'abord, et ensuite ma sainte protectrice, Geneviève, la bienheureuse et la bien

honorée, de la faveur grande qu'ils m'ont faite en permettant que je devinsse mère d'un fils, mon orgueil, l'espoir et la consolation de la France, mon pays adoptif! En reconnaissance de ce bienfait que je leur dois, et pour leur témoigner en chrétienne ma vive gratitude, je pardonne de bouche et de cœur à mes plus cruels ennemis, à ceux-là même qui m'ont le plus vivement blessée dans mes affections. Four preuve de ma sincérité, ajouta.t-elle en se tournant vers Louise et la désignant du doigt, approchez, madame de Marillac, et recevez de moi publiquement ici ce baiser de paix et de pardon ! »

Un murmure d'étonnement circula dans l'assemblée. Louise, ébahie, frappée de stupeur, n'attachant encore qu'un sens douteux à cette terrible invitation, s'était approchée. Mais,, dès qu'elle eut reçu ce cruel baiser, et que la pensée lui revint, elle regagna, en chancelant, son siège, se couvrit les yeux de ses deux mains, et resta longtemps immobile et glacée.

Anne d'Autriche avait déjà franchi la porte de l'église; chacun s'empressait à sa suite, en remarquant les regards décolère que Louis XIII jetait autour de lui.

Mesdemoiselles d'Hautefort et de Chémeranlt, restées en dernier près de la comtesse, lui prodiguèrent leurs soins; mais, forcées de rejoindre le cortège, elles s'éloignèrent à leur tour, et bientôt Louise se trouva seule, seule à cette même place où tout à l'heure le baiser de la reine de France venait de s'imprimer sur son front comme un stigmate de honte!

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Lesueur, en quittant Paris, y avait laissé toutes ses espérances de gloire et d'amour. Désolé du prochain mariage de Louise, mais ne l'accusant pas, il essayait encore de trouver en son cœur une justification pour elle.

« Non, se disait il, je n'ajouterai pas à mes malheurs le plus grand de tous, celui de la croire fausse et perfide. Je l'aimais, je l'aime encore, je veux toujours l'aimer ! Et de quoi l'accuserais-je? Est-elle coupable des- illusions qui m'ont bercé ? La pression d'un bras, inspirée par la frayeur sans doute, et non par l'amour, un doux regard d'amitié, sont-ils donc des aveux? Dans cette église du couvent, sa main s'est levée après la mienne, lorsque, du plus profond de mon Ame, je lui jurais une adoration de toute la vie. Mais ce n'était là chez elle qu'un geste d'imitation; sa main, elle l'a bientôt laissée retomber, ne comprenant rien sans doute à mon transport, et sa pensée ne répondant plus à la mienne! Au milieu de ce bal, ai-je bien pu, sous son masque, deviner ses vraies émotions? Si ses yeux brillaient en me regardant, c'était de l'enivrement de la féte et du bruit et de l'éclat qui l'entouraient; si son cœur battait à mes paroles d'amour, si son front rougissait, si son cou se marbrait sous mon haleine, c'était de pudeur ! Non, Louise, je ne vous accuse pas ! Vous n'avez pu mentir à cetle angélique candeur écrite sur votre visage. In jour, vous m'auriez aimé, peut-être; mais une volc ilé plus forte que la

vôtre n'a pas laissé ce temps venir. Eh bien, à moi toutes les peines et tous les regrets! Soyez heureuse : ce me sera une douceur du moins de ne point cesser de vous estimer! »

Poussé parle besoin de s'éloigner de Paris, où, pour lui, toutes les joies eussent été une insulte à son tourment, où les cloches de toutes les églises n'auraient à ses oreilles sonné qu'un seul mariage, il gagna Lyon, puis Grenoble, et se retira dans un village, aux environs de cette dernière ville.

Là, il s'oubliait dans sa douleur, traçant à peine quelques rares esquisses, où toujours, comme dans ses rêves d'autrefois, les traits de Louise reparaissaient sous toutes les formes, loisqu'une rencontre fortuite mit fin à ce profond découragement. Il apprit l'état de gêne de sa mère nourrice, et le péril où elle était de voir vendre sa chaumière héréditaire. 11 comprit alors qu'il lui restait des devoirs à remplir, et se remit au travail.

Son beau-frère, Thomas Goulay, peintre aussi, le rejoignit à Grenoble, et ne contribua pas peu à ranimer en lui l'amour des arts, en lui apprenant que le nom d'Eustache Lesueur venait d'être inscrit parmi ceux des maîtres, à l'ancienne académie deSaint-Luc.

Lesueur retourna à Lyon. Il n'y était encore bruit que de sa Sainte Umile.M n'y put rester longtemps inconnu, et ne tarda pas à se voir entouré d'une société de peintres et de connaisseurs.

C'est dans cette ville, alors célèbre par son école de peinture, où l'admiration pour Raphaël semblait être devenue un culte, qu'il s'inspira de la manière de ce grand maître, et s'efforça d'atteindre à cette merveilleuse simplicité de trait et de composition qui, plus tard, lui valut le glorieux surnom de Raphaël français.

Là aussi il commença la première ébauche de son tableau de Saint Paul imposant les mains aux malades, qu'il des-

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tinait, comme remerciment, à l'acadéinie-de Saint-Luc. Ne s'occupant plus que de sujets religieux, et pénétré lui-môme d'un vif sentiment de piété, il essayait encore de l'exalter dans son âme, y croyant trouver un allégement à ses peines. Mais la vue d'une église, une Vierge sur l'autel, ne faisaient que le ramener a ses constants, à ses éternels souvenirs. Sans espérer d'être plus heureux, il voulut retourner à Paris, et, dés qu'il s'en rapprocha, ses angoisses redoublèrent.

11 y arrive enfin, et se rend à son ancien logement de la rue de la Harpe, à son atelier qu'il va revoir nu, dévasté. Ses tableaux qu'il aimait tant, ses armures, il ne les retrouvera pas, et le vide qu'ils laisseront doit augmenter encore la solitude autour de lui !

% De quel étonnement n'est-il pas frappé en y entrant ! Tout est en place, rien ne manque; on croirait qu'il n'en est jamais sorti, tellement l'arrangement de tous ces objets, le désordre apparent et habituel qui règne entre eux, attestent qu'une main étrangère n'a pu les disposer ainsi. Sa chaise à escabeau est là, devant son chevalet apprêté, sur lequel se trouve sa dernière ébauche. Ses bustes, ses toiles, ses cartons, ses étoffes bigarrées, ses trophées d'armes, ils y sont! propres, luisants, époussetés. Il semble que la mère Cormier vienne à l'instant de les passer en revue, son houssoir à la main, l/horloge même n'a pas cessé de marquer les heures : il est midi.

Lesueur croit rêver. Son voyage, et la cause qui le força de s'exiler de Paris, n'ont-ils donc été qu'un rêve affreux? Mais il regarde ses habits fatigués de la route, ses souliers poudreux, et l'illusion ne dure guère.

Cependant ses tableaux ont été mis en vente; ils ont été achetés, ainsi que ses armures : sa mère nourrice l'en a instruit par une lettre. Était-ce une tromperie, une surprise qu'elle lui ménageait à son retour? Est-elle donc revenue dans son ancien logis?

Il y descend, et n'y voit que des figures étrangères. A ses questions on ne répond que par des paroles vagues. La maison est si grande et a tant de locataires! L'allée est ouvert*' à tous venants. On a déménagé; on a emménagé; on n'a rien vu ; on ne sait rien !

Il court à Nanterre; la mère Cormier se pâme en le -voyant, et reste plus étonnée que lui-même au récit qu'il lui fait, car elle a touché le prix du marché.

« Tout a été vendu, dit-elle, vendu et livré; à preuve que voici l'argent qui m'en reste. Prends-le, mon fieu, prends vite; tu dois en avoir besoin. »

Tandis qu'il se débat avec elle à ce sujet, on frappe à la porte de la chaumière. Lesuenr ouvre, et c'est Louise qui se présente à lui! Louise qui sort de la chapelle de Sainte- Geneviève, encore tremblante, encore émue de cet affront public qui vient de l'atteindre.

t Pour la seconde fois, il doute, il rêve, il pense qu'une illusion l'abuse, qu'il est en proie au vertige.

L'émotion et la rougeur de Louise redoublent ; il lui semble qu'il va lire sur son front la cause de son trouble et de son saisissement. Elle recule, en se voilant le visage, et Lesuenr n'ose se rapprocher d'elle, dans la crainte de voir s'évanouir la douce vision.

Ainsi la première entrevue de ces deux amants, qui n'avaient plus de pensée que l'un pour l'autre, due au hasard seul, fut marquée d'abord par un double mouvement de contrainte et d'hésitation.

« C'est vous, monsieur Lesuenr! dit enfin la jeune femme, la voix oppressée, et appuyant ses deux moins sur son cœur pour en modérer les battements.

— Ils se connaissent! s'écria la mère Corbier, accourant aussitôt, levant ses petits bras, et regardant Louise d'un air d'admiration. Bonne Vierge ! revoilà bien cette belle fille miséricordieuse, le second lome de la Providence, et qui distribue des écus d'or aux pelils enfants, tout ainsi que I s

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