‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 45 sur 61 · LE MALADE · texte numérisé non relu

LE MALADE

son on maison, de boutique en boutique, pour chercher des secours, un médecin, des remèdes; car, en arrivant au logis, Lesueur, succombant à la douleur et à la fatigue, était tombé en faiblesse.

Aujourd'hui, Jeanne, presque aussi simple dans sa mise que du temps où elle se rendait chez l'artiste en qualité de modèle, s'y présente le cœur contristé.

Craignant pour son malade, avant d'ouvrir la porte, elle écoute, attentive, pleine d'anxiété, et ne sait comment s'expliquer certain bruit monotone et régulièrement répété qui vient de la chambre. Elle entre enfin et se trouve face à face avec la mère Cormier, qui, déjà sonhoussoir à la main, reprenant ses anciennes habitudes, époussetait les tableaux et les armures de son fim.

La bonne femme était accourue de Nanterre pour le soigner, laissant son centenaire et ses marmots sous la surveillance d'une commère, et à la garde de Dieu.

A la vue de la Brabançonne, interdite, le bras en l'air, elle jeta un regard interrogateur sur le jeune homme étendu alité dans un coin de l'atelier. Le voyant se soulever légèrement à l'approche de Jeanne et l'accueillir d'un regard de gratitude et d'intérêt, Madeleine Cormier reprit sa besogne, continua d épousseter et de ranger les meubles, évitant de se tourner, vers la nouvelle venue, qui dut se passer de sa révérence.

Cependant le médecin arriva : il examina le malade, fit uné longue ordonnance en latin, et sortit en hochant la tête d'un air significatif, qui jeta la consternation dans l'âme des deux pauvres temmes.

En effet, Lesueur, foudroyé par cetle révélation inattendue de la galerie d'Apollon, était en proie à une fièvre dévorante qui menaçait de gagner le cerveau. Le savant docteur avait recommandé qu'on ne le quittât pas d'un seul instant; et la mère Cormier se rappelant alors le proverbe : « Un peu d'aide fait grand bien, » sans adresser la parole à

Jeanne, d'un geste lui montra l'ordonnance, que celle-ci se hâta de porter chez l'Apothicaire.

La soirée et une parlie de la nuit se passèrent ainsi dans les soins continuels que toutes deux prirent de leur malade, mais sans échanger un mot. Seulement, quand Lesueur, plus fortement étreint par les accès de la fièvre, ou plutôt par un souvenir douloureux, poussait un sourd gémissement, l'une et l'autre y répondaient ensemble par un soupir; puis ensemble encore elles s'agenouillaient au pied du lit, et priaient Dieu avec la môme ardeur, d'accord du moins dans les vœux qu'elles adressaient au ciel.

Malgré la vieille et profonde antipathie que ressentait la mère Cormier pour la Brabançonne, une espèce de convention tacite avait fini par s'établir entre elles au sujet des soins qu'elles donnaient à l'artiste. C'était tour à tour que chacune lui présentait sa tasse de tisane ou siégeait à son chevet, pour étancher la sueur glacée qui lui coulait du front.

La nuit s'avançait. Aucune des deux n'avait encore quitté son poste. La bonne femme, que la fatigue et le sommeil gagnaient, commençait à reconnaître l'utilité de la présence de Jeanne. Elle chercha du coin de l'œil dans l'atelier une

place favorable pour y prendre quelque repos, tandis que l'autre, plus jeune, plus alerte, continuerait la veillée; et bientôt Madeleine Cormier, étendue sur un vieux fauteuil à l'antique, entre deux trophées d'armes, dormait paisiblement, quoique à grand bruit.

» Lesueur semblait avoir perdu jusqu'au sentiment de la douleur : immobile et les paupières abaissées, le sourire sur les lèvres, murmurant par intervalles quelques paroles où les mots de peinture et d'amour se trouvaient mêlés, on eût dit que le sommeil lui était aussi venu, et qu'un doux rêve le berçait.

Assise sur un petit tabouret, accoudée sur ses genoux, la

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