‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 46 sur 61 · I.E MALADE · texte numérisé non relu

I.E MALADE

figure entre scsjnains, Jeanne le contemplait aux pâles reflets d'une lampe, cherchant à pénétrer la cause de sa maladie et de ce grand désespoir où elle l'avait vu la veille. Tout à coup le malade s'agite, se dresse sur son séant, ouvre les yeux, les promène autour de lui d'un air hagard, sans paraître distinguer les objets. La fièvre s'est portée au cerveau. Des sons inarticulés s'échappent de sa poitrine : il veut s'élancer hors du lit. Jeanne le saisit avec force entre ses bras.

c Oh ! laissez-moi, dit-il d'une voix douce et suppliante; Marillac... mon ami.... de grâce, écartez-vous! ce pilastre ne les dérobe-t-il pas assez à ma vue ! . . . Qu'elles sont belles, toutes ces . femmes ! Que leurs poses sont gracieuses ! Comme on respire ici un air embaumé!... et cette autre qui s'avance... oh! c'est la plus belle! C'est ma Louise, ma Louise, que j'aime tant ! ... Mais quel nom lui ont-ils donc donné? » Puis, avec un mouvement convulsif, s'appuyanl sur ses bras roidis, il abaisse soudainement sa tète. Ses yeux agrandis, allumés de fièvre, semblent curieusement examiner un objet vague qui se meut au-dessous de lui; enfin, poussant un cri déchirant : *

« Louise! s'écrie-t-il, Louise mariée!... la maîtresse du roi !... Elle, ma Louise! Non ! non ! jp blasphème, j'ai blasphémé! Oh! tuez-moi!... tuez-moi! » •

Après cet accès de délire, le malheureux retombe accablé sur son lit.

Bientôt il a recouvré sa raison : il se tourne vers Jeanne, vers Jeanne qui maintenant a pénétré le secret de son mal. 11 la trouve eu larmes, agenouillée près de lui; il la reconnaît. Elle essuie ses pleurs, et, lui pressant la main, souriant, essayant de donner à se„<* paroles l'accent de la persuasion :

« On vous a trompé, lui dit-elle; vous pouvez l'aimer, l'estimer encore, monsieur Lesueur. >>

Et en parlant ainsi, sa voix devenait saccadée et trem-

-,(Ki I NE MAITRESSE DE LOUIS XIII.

blanle. « Non, poursuivit la Brabançonne, elle n'est pas ee que vous croyez; elle n'est pas la maîtresse du roi; elle ne l'a jamais été ! » ,

Lesueur se recula sur sa couche, et, la regardant fixement :

« Qui a pu vous révéler ce que j'avais dans l'âme? lui ditil; je ne me suis confié à personne.

— C'est vous-même qui avez tout dit; votre secret, il vous a échappé durant le.... sommeil. Mais tant mieux que ce soit devant moi, car je puis vous rassurer. Ceux-là qui vous ont ainsi parlé ont fait un mensonge.

— Un mensonge! murmura-t-il avec un geste d'incrédulité.

— Oui, reprit Jeanne avec plus de force, un mensonge. Saint Dieu ! j'en suis sûre, moi ! Ne vous avais-je point prédit déjà toutes les afflictions que vous vous prépariez? A ce grand bal de la ville, lorsque vous paraissiez écouter à peine la pauvre Jeanne, là, derrière l'estrade des violons, ne vous avais-je point annoncé vos misères futures, tout aussi bien qu'un sorcier eût pu le faire? Je savais ce qu'on voulait d'elle, et je s*is de même ce qui en estr.dvenu!

— Et comment le saviez-vous, Jeanne ' comment le pouvez -vous savoir encore? »

La pauvre fille baissa les yeux d'un air de confusion; pour donner de l'autorité à son attestation, il lui eût fallu nommer la Chenaye; elle ne l'osa devant le jeune homme.

« Si je pouvais douter seulement ! s'écria le malade avec désespoir; mais c'est impossible ! Celui pour qui elle m'a renié, celui dont elle est la femme, il le sait bien aussi, lui, peut-être ! Jeanne, poursuivit-il d'une voix affaiblie, ne me parlez plus d'elle, si vous ne voulez me voir mourir, h

Devant celle profonde conviction, Jeanne sent t faiblir la sienne et se tut; mais un projet lui vint tout à coup* dans la pensée.

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