‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 47 sur 61 · I.\ PUCE l)R I.A SOKItONNK · texte numérisé non relu

I.\ PUCE l)R I.A SOKItONNK

E.A PLACE DE LA S Oit BONNE

A quelque temps de là, la foule des paroissiens assistait aux vêpres dans la petite église du Poe, village des environs de Saint-Germain en Laye. Les cierges allumés sur l'autel, la lampe qui brûlait au milieu du chœur, ne jetaient sur tous ces fronts inclinés et recueillis que des clartés douteuses, et l'œil distinguait à peine, dans l'ombre du porche, les arrivants, hommes ou femmes, tournant les piliers de la nef pour se diriger vers les chapelles latérales, plongées dans une entière obscurité.

La dernière de ces chapelles renfermait quelques pénitentes, dévotes de haut parage, qui, silencieuses et voilées, s'isolaient les unes des autres par une sainte médita • lion.

Un petit vieillard au front pensif, au teint bilieux, à la figure austère, parut en costume mi-laïque, mi-séculier, et prit possession du confessionnal, dont deux femmes en mantille et la tète couverte de longues coiffes occupaient déjà les côtés.

Quand le confesseur se fut bien établi sur sa banquette, se tournant en premier vers le petit guichet placé à sa gauche :

« Eh bien, ma fille? dit-il.

- Dieu sauve le roi ! répondit la pénitente.

— C'est bien, vous pouvez parler. Qu'avez- vous obtenu? '

— Kien, mon père; ma voix a été sans force, cette fois

r.08 ' UNE MAITRESSE DE LOUIS XIII.

comme les autres. Hier, j'ai fait ma dernièpe tentative d'après vos instructions. Il semblait d'humeur à m'écouter, et lui-même se prit d'abord à se railler du cardinal; mais, quand j'en vins à lui parler du ministre, il m'imposa silence d'une voix sévère, en disant :" a Sachez, madame, « que, malgré toute l'amitié que je vous porte, il serait dur « à vous de vous heurter contre lui; vous vous y briseriez « comme tant d'autres ont fait ; et ce n'est pas moi qui vous « viendrais en aide! » Ce sont là ses propres paroles, mon pére; je les ai soigneusement retenues.

— Il suffit, ma fille. Vous avez marché dans les voies de la justice et du bon droit; que cela rassure votre conscience. Dieu fera le reste ! »

Il ferma alors le petit guichet de ce côté et l'ouvrit de l'autre.

« Eh bien, dit-il encore en s'adressant à la seconde pénitente. Quoi de nouveau, ma fille?

— Dieu sauve le roi ! » répéta celle-ci. Puis elle poursuivit aussitôt : « Les capitaines des gardes Tilladet, Tréville, la Salle et Guitaut, se sont engagés grâce à la reine; MM. de Font railles et de Saint-lbal, de même.

— - On peut compter sur ceux-là, dit le père; il n'a pas tenu à eux que l'affaire ne se fit devant Corbie ! Mais sont-ils en route, ma fille?

— Oui, mon père; ils doivent séjourner ce soir à Noyon, où le cardiual arrivera demain.

— Maintenant, écoutez-moi, reprit le confesseur. Monseigneur le nonce a vu M. d'Orléans, dont les régiments sont aussi en route vers Hesdin. M. de Fontrailles a dû recevoir les ordres cachetés du prince, pour être remis aux officiers de ses régiments lorsque le moment sera venu- Dites à la reine de se rassurer; le sang ne sera point versé. Telle est l'intention formelle de monseigneur le nonce et de Monsieur. Même pour le salut d'un État, il n'est point permis d'attenter à la vie d'un homme revêtu du saint caractère de laprè-

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Irise. Mais il ne faut plus de retards; tout arrangement est désormais impossible. Je viens d'entendre la comtesse. Le roi est intraitable. Allez, ma fille, et que Dieu vous protège! »

Les autres pénitentes qui se tenaient dans la chapelle passèrent tour à tour au confessionnal pour y recevoir leurs instructions. Puis elles sortirent une à une, et le père le dernier, ne laissant plus derrière lui que quelques vieilles dévotes agenouillées sur les dalles du sanctuaire, et le bedeau faisant sa ronde en présidant à l'extinction des feux.

Un instant après, tout était silence et obscurité dans l'église comme dans le village du Pec, près Saint-Germain en Lave.

La première pénitente se nommait madame de Marillac; la seconde, mademoiselle d'Hautefort. Le prêtre élait le père Caussin, jésuite, ancien confesseur du roi, et qui avait naguère secondé les tentatives de mademoiselle de la Fayette pour renverser le cardinal.

Jamais conspiration n'avait mis llichelieu si près de sa perte que ce complot de prêtres et de femmes, conçu devant un miroir et tramé dans un confessionnal.

Hichelieu devait partir dans la nuit, escorté par sa compagnie de gardes, commandée par la Houdinière. C'est sur ce départ que les conjurés ont compté.

Enlever le cardinal au milieu de sa faible escorte, le transporter dans la forteresse de Sedan, sous la garde du duc de Bouillon et du comte de Soissons, ses ennemis, tel est leur but. Ce but. ils sont près de l'atteindre.

Et Louise se trouve agissante au milieu de cette vaste ( t terrible intrigue.! Pauvre jeune âme, formée pour une vie douce et paisible, et que tous ont pris plaisir à détourner sans cesse de sa route, à fausser, à torturer ! Us l'ont faite parjure, ambitieuse, pour la vendre, pour la jeter aux baisers du roi! Maintenant ils la font femme d'intrigues et de .

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comptais, et vont In livrer peut èlre ;ui couteau du cardinal.

Et cependant Louise ignore même l'existence de cette conspiration à laquelle elle prend part. Afin de sceller sa réconciliation avec Anne d'Autriche, et n'écoulant que le mouvement de sou cœur, elle a plaidé auprès du roi la cause d une épouse et d une mère; elle a élevé la voix conlre le ministre/non dans l'espoir* de le renverser, mais pour justifier ses nobles clients des accusations portées contre eux par le cardinal. Dans la crainte d'éveiller les soupçons, ses relations avec la reine n'ont élé qu'indirectes. Le pèreCaussiu s'est lait leur intermédiaire : il a donné les instructions, il a recueilli les résultats. Et lorsque Louise, au confessionnal, s'agenouillait devant lui sans croire se trouver là au milieu de conjurés, elle-même venait de donner le signal qui devait faire éclater la conspiration!

En quittant l'église, la comtesse avait secoué facilement toutes ces idées étrangères à sa nature, pour en revenir à sa méditation habituelle : elle comptait revoir Lesueur avant peu et remplir ses engagements envers lui.

Ce qui l avait retenue jusque-là, c'était le besoin d'une confidente dont la présence pût protéger sa démarche, et celte confidente, cette compagne, elle venait de la rencontrer enfin. Se réjouissant d'avance de la douce surprise qu'allait bientôt éprouver lé jeune peintre, Louise rentrait dans son appartement du château vieux, qu'elle avait quitté par une porte secrète, tandis qu'on la croyait reposant, quand une femme l'accoste à la descente de sa chaise.

« Vous êtes madame la comtesse de Marillac? » dit cette femme en s'avauçant brusquement au-devant de Louise, comme pour lui barrer le passage et la forcer de l'entendre.

Celle-ci, se troublant à la singulière accentuation d une ' voix qui lui est étrangère, et sans répondre, presse le pas

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