‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 48 sur 61 · PLACE DE LV SOKBONNE · texte numérisé non relu

PLACE DE LV SOKBONNE

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pour franchir le petit pont-levis du château; niais celle femme la suit, traverse avec elle les cours, les escaliers, les corridors. Saisie d'une espèce de terreur, la comtesse se retourne enfin.

h Que demandez-vous, madame? lui dit-elle.

— h h demande sa vie, son bonheur, son repos, que vous pouvez lui rendre d'un mol peut-être? »

Et le nom de Lesueur est murmuré par la suppliante.

A c«Mioin, lapoite secrète s'ouvre. Quand l'inconnue se trouve seule avec la comtesse, après un regard jeté autour d'elle, tombant tout à coup aux pieds de Louise :

« Par pitié! par grâce', madame, dites, dites! s'écria t-elle les mains jointes, en donnant tout à la fois à son accent l'autorité de l'audace qui exige, et la douce inflexion de la prière qui implore. Répondez comme vous répondriez à Dieu.... répondez...* il le faut! Êtes-vous la maîtresse du roi ?

— Quelle horreur I » Et la jeune comtesse cacha d'abord sa figure entre ses mains; puis, relevant ensuite s ni front rougi de honte et d'indignation : « Eh ! qui étes-vous, pour oser ici m'adresser une telle question?

— Atmoi bon dire qui je suis? Ce n'est pas de moi qu'il s'agit, madame, c'est de lui, de lui seul, répondit Jeanne toujours à genoux et la parole haletante. Vous ne savez donc pas qu'il a failli mourir en l'apprenant.... et qu'il en mourra s'il n'est désabusé? Saint Dieul vous ne l'avez pas veillé, vous, madame, vous n'avez pas été témoin de son mal et de sa grande désolation; vous n'avez pas vu ses pleurs, vous n'avez pas entendu ses cris Sans cela, que vous l'aimiez ou que vous ne l'aimiez pas, mensonge ou vérité, ne lut-ce que | ar pitié, vous seriez accourue lui dire : « Non, je ne suis point la maîtresse du roi,! » Mais il n'en est rien, nYsl'ce pas? Ces mots, vous pourrez les prononcer sans trouble et de pleine assurance. Eh bien, tant mieux! le remède en sera plus sûr. IVfais vous viendrez, il le faut;

vous viendrez le consoler, le rassurer, l'aimer, pour qu'il vive! »

Louise sanglotait. Au milieu de ces doux projets qu'elle formait de le revoir, apprendre que Lesueur a vu se briser l'illusion qui le soutenait encore, qu'il la sait mariée et la croit coupable; qu'il en souffre, qu'il en meurt! oh! n'y , avait-il point là de quoi donner à son âme, déjà exaltée, une dernière et puissante impulsion? Que lui font aujourd'hui les cabales de la cour, la tyrannie du cardinal, la faveur du roi, l'amitié même de la reine! Elle n'a plus devant les yeux qu'un seul objet ; c'est ce jeune homme, à peine hors de son lit de douleur, qui l'appelle et qui l'accuse.

« Ne saurai je point votre nom? dit-elle enfin à la Brabançonne. Mais votre ligure ne m'est pas inconnue.... il nie semble l'avoir vue déjà.... » Et elle fit un mouvement d'effroi; car son souvenir lui représenta tout à coup cette femme, cette courtisane violemment démasquée au bal de l'hôtel de ville. « Non, non, ce n'est pas vous, poursuivit Louise; ce serait vous faire honte que de le peuser ! »

Jeanne se releva alors, et lui faisant une révérence co uune pour prendre congé d'elle : « Jésus ! madame, oubliez la messagère, mais gardez souvenance du message, il mourra si vous^le venez à son aide. Voilà tout ce que j'avais à vous dire. Si ma présence vous est pénible.... oh! croyez-le, il ne m'a pas fallu peu de résolution pour que je vienne ainsi devant vous, bonté divine ! »

Elle se retirait : Louise la retint. Le nom de Lesueur prononcé rapprocha de nouveau ces deux Xemmes, et bientôt la noble comtesse et la pauvre courtisane, se ralliant sous un même désir énergique, écartèrent toute autre idée, pour ne plus songer qu'aux moyens de sauver leur malade.

Un matin, Lesueur, pâle encore, les traits amaigris, portant sur son jeune front une première ride récemment creusée par la douleur, parla perte de ses plus douces croyan-

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